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Depuis sa création, le nouveau service d’espionnage français, la DCRI, fait beaucoup parler de lui. L’interrogatoire de son ancien directeur, Mr Squarcini, a même fuité dans la presse. Le Monde titre « les ratés de l’affaire Merah » mais on ne nous y méprendra pas.
Le « Squale », évincé par le nouveau président pour sa trop proche connivence avec l’ancien, peine à convaincre lorsqu’il évoque les raisons de la suspension de la surveillance de ce djihadiste. Ce dernier entretenait pourtant d’étroites relations avec le service de renseignement qui savait que ce dernier revenait d’un entraînement au Pakistan, et qui a ensuite fréquenté, comme son frère, les milieux extrémistes toulousains.
On voudrait nous faire croire encore que la décision a été prise pour des raisons budgétaires ou par manque de personnel... cela aura au moins servi la cause sécuritaire pendant la campagne électorale et continue encore aujourd’hui.
Les proches des victimes de la tuerie risquent de ne pas apprécier, à juste titre.

On se souviendra des débuts de la DCRI qui s’était beaucoup focalisée sur les « anarcho-autonomes » comme la bande de Tarnac, qui a été arbitrairement maintenue en détention pour... terrorisme.
Dans leur empressement à coffrer la bande, les services avaient « oublié » de relever qu’Yldune Levy, la compagne de Julien Coupat, a retiré de l’argent à un distributeur de billets à Paris, alors que des agents assuraient les avoir vus au même moment saboter une voie de chemin de fer, loin de là.
Plusieurs membres de la bande de Tarnac ont passé des mois « préventivement » derrière les barreaux alors qu’un groupe anti-nucléaire allemand a revendiqué le sabotage.

Après cette accumulation d’erreurs humaines, « on » voudrait nous faire croire que la vidéo-surveillance - pardon la vidéo-protection, avec son lot de logiciels de reconnaissance automatisés - aidera à nous prémunir du terrorisme.
Ainsi, un nouveau tour de vis est prévu pour surveiller les réseaux sociaux, là où les terroristes recruteraient, nous disent les services de renseignement.

Évidement, le projet de INDECT prévoit de légaliser cette surveillance et c’est le contribuable qui paiera le développement de ces systèmes automatisés, destinés à le surveiller !

Paris s’éveille

Merah : l’incroyable raté des services secrets

Il y a une certaine jouissance chez Mohamed Merah, alors cerné par le RAID ce mercredi 21 mars, à pointer les ratés de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), pourtant sur ses traces depuis des mois. « Sur ce coup-là, moi je pense que vous vous êtes complètement loupés, parce que j’ai pu faire trois attaques, j’ai tué plus de sept personnes et en [ai] blessé plusieurs. »
Depuis l’assaut du RAID, à Toulouse, et la mort du tueur, la question de savoir si le renseignement français a failli dans le suivi du jeune homme, fiché depuis 2006 et réellement suivi depuis 2011, est centrale. Les notes de la DCRI auxquelles Le Monde a eu accès démontrent que les services, qui savaient tout du profil « inquiétant » de Merah, ont inexplicablement arrêté de le surveiller fin 2011.

Cet échec est au cœur de l’audition de Bernard Squarcini, l’ex-patron de la DCRI, le 25 septembre. Interrogé par le juge Christophe Teissier, chargé de l’enquête sur les assassinats, il explique que Merah ne correspondait pas au profil classique des djihadistes : « Sur plus d’une trentaine de Français djihadistes partis de France vers la zone pakistano-afghane, Mohamed Merah n’a jamais attiré l’attention des services par son comportement radical : pas de signe extérieur de radicalisme religieux, pas de lien avec la mouvance islamiste toulousaine lors des retours de ces voyages. »

Les notes déclassifiées de la DCRI prouvent pourtant que le jeune délinquant était suivi depuis 2006 « dans le cadre de la surveillance de la mouvance salafiste toulousaine ». Cette surveillance se renforce considérablement début 2011, lorsque la DCRI apprend que Merah a été contrôlé six semaines auparavant par la police afghane à Kandahar, « ville considérée comme un bastion taliban ».

Dès mars 2011, un policier de la DCRI décrit le comportement « inquiétant » de Mohamed Merah : « Il vit cloîtré dans son appartement (...), fait preuve d’une grande méfiance lors de ses rares sorties. » Ce comportement « paranoïaque » ne fera qu’aller crescendo et sera abondamment détaillé dans les écrits de la DCRI.

La note du 26 avril 2011 est particulièrement éloquente. Les policiers sont remontés à la période qui précède son grand voyage en Asie et au Moyen-Orient. En juin 2010, il « demandait régulièrement aux personnes qu’il fréquentait l’autorisation de faire chez eux la prière. A la même époque, il a fait preuve d’un comportement particulièrement violent à l’égard [d’une mère et sa fille] leur reprochant d’avoir manqué de respect à un musulman. Merah s’est révélé être adepte de chants glorifiant l’extermination des ’mécréants occidentaux’. » Il regarde « des courts métrages (...) mettant en scène l’assassinat de soldats américains par des terroristes ».

Sur une photo, il brandit un couteau devant un Coran. Mohamed Merah est-il alors si éloigné des « cas de figure connus », comme l’affirme l’ex-patron du renseignement ? Car, contrairement à ce qu’assure Bernard Squarcini, Mohamed Merah renoue avec les salafistes toulousains au printemps 2011, mais aussi avec son frère Abdelkader et un autre homme, assidus aux « cours de religion programmés en soirée à la Reynerie », un quartier de Toulouse.

Fin avril, « l’élu d’Allah », comme il se proclame, reçoit la visite d’un membre supposé de Forsane Alizza (« les cavaliers de la fierté »), un groupuscule islamiste qui appelle « à l’application de la charia en France » et qui a été interdit depuis. A la même époque, il se rapproche de deux militants « partis récemment en Mauritanie ». Au dossier, figure également une longue liste de ses contacts « en lien avec la mouvance islamiste en Grande-Bretagne ».

La « prudence extrême » dont fait preuve Mohamed Merah interpelle aussi les policiers. En plus de rester « de longues heures enfermé chez lui, toutes fenêtres fermées », l’homme privilégie les cabines téléphoniques, n’a ni téléphone portable ni abonnement à Internet. Il se comporte « comme quelqu’un qui se savait surveillé pour des faits pouvant le mettre en danger », en conclut un enquêteur avant l’été.

STRATÉGIE DE RUSE

Les policiers décident alors de le convoquer pour un entretien, « à titre préventif », explique M. Squarcini. Mais lorsqu’ils cherchent à le joindre début octobre, Mohamed Merah a disparu. Dans le quartier, on le croit en Algérie. Merah se trouve en fait depuis le mois d’août au Pakistan. Il y suivra un entraînement djihadiste.

Comment Mohamed Merah, si surveillé, a-t-il pu échapper à la vigilance des services ? Devant le juge, Bernard Squarcini se défend en parlant de l’« absence de vie militante » de Merah, de « son comportement de véritable takfir, [ces hommes] qui affichent un mode de vie occidental tout en dissimulant leurs pensées extrémistes ».

Cette stratégie de ruse est pourtant connue des services de renseignement. La police new-yorkaise la documente dès 2007 dans une étude intitulée « Radicalization in the West : The Homegrown Threat » (« Radicalisation en Occident : la menace intérieure »). « Etant donné les risques de plus en plus élevés liés [aux activités djihadistes], les individus chercheront à cacher leurs actes de plus en plus tôt », expliquent les Américains. Les extrémistes « agissent de manière autonome [et] peuvent se radicaliser rapidement (...). La plupart ont peu ou pas de liens avec des groupes connus. »

Bien sûr, la DCRI ne peut pas suivre tout le monde. C’est la défense de M. Squarcini. Les personnes « présentant un profil pouvant déboucher sur une action violente ou ayant un relationnel avec une mouvance radicale sont de plus en plus nombreuses. (...) Il y en a plusieurs centaines », justifie-t-il. Il n’empêche : pourquoi, alors que le comportement de ce jeune des quartiers est jugé « inquiétant », « ambivalent », la DCRI arrête-t-elle subitement sa surveillance en novembre 2011 ? Le juge Teissier s’étonne de cette « rupture ». Est-ce une erreur d’appréciation ? Un manque de moyens ? Ou un changement de stratégie après la rencontre des policiers avec « leur objectif » le 14 novembre ?

Le rendez-vous a lieu dans les locaux du renseignement intérieur de Toulouse. Mohamed Merah, affaibli par une hépatite A, arrive « très fatigué ». Au bout de vingt minutes, il demande à s’allonger. Les policiers n’y voient pas d’inconvénient. C’est donc couché sur une table, gêné par la lumière, que pendant deux heures et demie, il raconte en détail son séjour à Damas, ses deux escapades en Turquie, comment il s’est fait refouler à la frontière iranienne, ses trois jours au Liban puis à Jérusalem, sa rencontre à Douchanbé (Tadjikistan) avec deux militaires français chargés de la réfection de l’aéroport, le contact « très chaleureux » avec les officiers américains de Kandahar avec lesquels il a échangé coordonnées et adresses Facebook.

Sur son dernier séjour au Pakistan où il dit s’être rendu « dans un but touristique » et pour rencontrer la sœur d’une amie pakistanaise de Toulouse « qui cherche à marier ses filles », Mohamed Merah se montre beaucoup plus évasif.

Avant l’entretien, les policiers ont vérifié ses connexions à sa messagerie mail. Mohamed Merah a pour habitude de la consulter tous les jours lorsqu’il est en voyage. Au Pakistan, il ne s’est pas connecté pendant deux longues périodes, l’une de dix jours, l’autre de quinze. Un temps prolongé pendant lequel il disparaît des écrans radar. Mais alors qu’il décrivait une heure plus tôt, avec moult détails, les hôtels et les auberges où il s’est arrêté à Beyrouth, Damas et Jérusalem, il ne dit rien des lieux où il s’est rendu pendant ces deux périodes. C’est « son état de santé » qui l’empêche de se concentrer, justifie-t-il. Aujourd’hui, les policiers savent qu’il se trouvait alors dans les zones tribales.

« VÉRIFICATION TECHNIQUE »

Un rapport a été rédigé à l’issue de l’entretien du 14 novembre. Il s’agit du dernier écrit de la DCRI sur Merah « figurant à la procédure ». Au grand étonnement du juge : « Plus aucun rapport n’a été effectué sur Mohamed Merah ou sa famille. Pourtant, c’est peu ou prou à compter de cette époque que Mohamed Merah va commencer des préparatifs pour ces actes futurs. » Certes, mais il fallait attendre « les réponses des services étrangers » et les retours de « vérification technique », répond Bernard Squarcini. Or, jure-t-il, aucun de ces éléments n’est parvenu avant les assassinats du mois de mars. Quatre mois plus tard.

Les conclusions de cette note laissent également le juge Teissier perplexe. « Cette rencontre n’a pas permis de faire le lien entre Mohamed Merah et un éventuel réseau djihadiste, assurent les policiers de la DCRI, à rebours de toutes les notes précédentes. Mohamed Merah est apparu comme quelqu’un d’assez malin et ouvert qui pourrait présenter un intérêt pour notre thématique en raison de son profil voyageur. Néanmoins, le comportement et la fiabilité de Merah nécessitent d’abord une évaluation. » En clair, le recrutement de Mohamed Merah comme informateur de la DCRI est envisagé. « Cette évaluation a-t-elle été faite ? » demande le juge. « Je suis incapable de vous répondre », rétorque l’ex-patron des services du renseignement.

« Merah était-il une source ? » interroge sans détour le juge Teissier. « Non. Absolument, non », balaie Bernard Squarcini. Si l’entretien du 14 novembre « avait été positif, une proposition aurait été faite à la centrale de recrutement (...) et aurait été rédigée sur un compte rendu bien plus spécifique et bien plus protégé », explique-t-il. Mohamed Merah a-t-il pu « bénéficier à un moment quelconque, de l’aide positive ou passive » de la DCRI ou d’un autre servicede renseignement, insiste le juge. Bernard Squarcini se montre plus prudent : « Jamais à ma connaissance et compte tenu des éléments en ma possession. »

Six ans de surveillance

2006 :
20 octobre : Mohamed Merah est fiché par les services de renseignement dans le cadre de la surveillance de la mouvance salafiste toulousaine.

2010 :
Juillet à octobre : voyages en Syrie (juillet-août), en Turquie (août), au Liban (5-7 septembre), en Israël (4 jours début septembre), en Jordanie (une journée) et en Egypte (un mois et demi).

29 octobre : trois semaines au Tadjikistan. Le 13 novembre, il prend un vol pour l’Afghanistan.

22 novembre : contrôle à Kandahar par la police afghane.

5 décembre : retour en France.

2011 :
10 janvier : la DCRI réactive sa veille. « La présence de Mohamed Merah (...) à Kandahar (...) connu pour être une zone de transit abritant des cellules djihadistes, doit nous interpeller. » 21 avril 2011 Merah reçoit la visite d’un membre supposé du groupuscule islamiste Forsane Alizza.

26 avril : une note de la DCRI présente Merah comme un « personnage ambivalent ».

Juillet-août : Merah entretient des liens réguliers avec deux piliers de la mouvance salafiste radicale de Toulouse et les membres du groupe d’Artigat (filière irakienne). Il est en contact avec des islamistes en Grande-Bretagne.

19 août-19 octobre 2011 : voyage au Pakistan. La DCRI cherche à le joindre. Merah rappelle et explique être là pour « une fille ».

14 novembre : entretien avec les policiers de la DCRI.

2012 :
11 mars : assassinat d’un parachutiste à Toulouse.

15 mars : assassinat de deux militaires à Montauban.

19 mars : l’attaque de l’école juive Ozar Hatorah, à Toulouse, fait quatre morts.

22 mars : mort de Merah, lors de l’assaut du RAID, à 11 h 30.

[Source : Le Monde du 19/10/2012]

Facebook, le réseau social des terroristes

L’Office des Nations Unis contre la drogue et le crime demande aux États de légiférer rapidement pour lutter contre le cyberterrorisme présent sur les réseaux sociaux tels que Facebook.

Recruter des terroristes via Facebook, Twitter ou Youtube, c’est possible et de plus en plus fréquent. Voilà la conclusion du rapport de l’Office des Nations Unis contre la drogue et le crime. « L’utilisation d’Internet par les terroristes est un phénomène se développant très rapidement, et qui nécessite une réponse coordonnée et pro-active de la part des États membres des Nations Unis », s’inquiète Yuri Fedotov, directeur exécutif de l’Office des Nations Unis.

Le rapport, présenté lundi à Vienne, alerte les États sur l’utilisation d’Internet et des réseaux sociaux par les groupes terroristes pour « recruter, financer, propager, entraîner et inciter des internautes à commettre des actes terroristes ». Toujours selon le rapport des Nations Unis, Internet permettrait aux groupes terroristes de dépasser les frontières nationales, amplifiant ainsi le potentiel impact d’une action terroriste.

Prévenir le cyberterrorisme

« Les réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter jouent un rôle de plus en plus important dans le recrutement de nouveaux agents terroristes », s’inquiète Hans-Georg Maassen, un expert anti-terroriste allemand. « Les terroristes peuvent ainsi développer des liens sans se soucier des frontières. »

Les Nations Unis demandent aux États membres de ratifier des lois afin de prévenir le cyberterrorisme et « stimuler la collaboration transfrontalière entre les services répressifs ». Dans ce sens, le Sénat américain avait demandé en avril dernier à Facebook, Google et Apple de soutenir un projet de loi sur la cybersécurité. Ce-dernier appelait à la création d’un Conseil national de la cybersécurité chargé d’évaluer les vulnérabilités du système et instaurait un mécanisme volontaire de détection des attaques susceptibles de porter atteinte à la sûreté des Etats-Unis. Le projet, qui avait besoin du vote favorable de 60 sénateurs sur 100 n’en a obtenu que 52 en juillet dernier.

Le 12 octobre dernier, le secrétaire d’État américain à la Défense, Leon Panetta sonnait l’alarme en déclarant que le Pentagone et les services de renseignement américains avaient constaté une forte augmentation des cybermenaces qui pouvaient se transformer en attaques aussi dévastatrices que le « 11 septembre » si elles n’étaient pas stoppées.

[Source : Les Echos]