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Dix ans après la mort de Semira Adamu, étouffée lors de son expulsion dans
un avion de la Sabena, deux affaires relancent, en Belgique, la polémique sur
le traitement des sans-papiers lors de leur expulsion par avion.

Le 1er mai, Ebenizer Folefack Sontsa demandeur d’asile camerounais de 32 ans,
s’est suicidé après avoir été violenté par des policiers belges lors d’une tentative
d’expulsion Via un avion de Brussels airline. Me Alexis Deswae, avocat du
jeune homme, rapporte qu’au cours de l’expulsion, un policier avait notamment
placé son genou contre le cou de son client. Il précise que des traces de
violences étaient apparentes sur le cou de monsieur Sontsa.
Un passager, Ngajui Fosso, qui a entendu les cris de l’homme qu’on allait expulser
a alors expliqué à l’hôtesse qu’il ne « pouvait pas voyager dans ces conditions ».

D’autres passagers ont eux aussi protesté contre les policiers qui tentaient
d’étouffer les cris du récalcitrant à la déportation. Quelques minutes plus tard,
M. Fosso et deux autres passagers ont été emmenés par des policiers et conduits
dans une cellule de l’aéroport. M. Fosso n’a été libéré qu’une dizaine d’heures plus tard après, affirme-t-il, avoir été délesté du film qu’il
aurait pris. Il est interdit de vol par la compagnie aérienne
pendant six mois.

Ramené au centre fermé de Merksplas en Belgique,
M. Sontsa a été placé en cellule d’isolement. Il s’est suicidé
durant une pause, à l’aide de draps.

L’avocat de M. Sontsa accuse les autorités d’être responsables
de la mort du jeune Africain. « La première tentative
d’expulsion est considérée comme une invitation à partir et il ne
devrait pas y avoir usage de la force »
, a commenté Me Alexis
Deswaef. Une seconde tentative d’expulsion était prévue
pour lundi. « M. Folefack n’a pas supporté la perspective d’une
seconde tentative d’expulsion et a mis fin à ses jours »

M. Sontsa était arrivé en Belgique en 2005. Il avait introduit
une demande d’asile qui avait été refusée. Selon son
avocat, il aurait pu être régularisé sur base du critère de
l’ancrage durable ou d’un contrat de travail.

UN NOUVEAU TÉMOIGNAGE ACCABLE LE COMPORTEMENT DES POLICIERS ET DE LA COMPAGNIE BRUSSELS AIRLINES

Le Collectif contre les Discriminations et les Violences
dans les Avions (CVDA) est né à la suite de plusieurs
plaintes déposées contre SN BRUSSELS AIRLINES qui est
accusée de complicité dans les violences faites aux
Africains dans ses avions, en soutien à la politique inhumaine
d’immigration adoptée par les gouvernements belges
successifs.

Les nombreux témoignage reçu par le CDVA démontrent
que les brutalités policières et les discriminations à ne sont
pas des actes isolés. L’un d’entre eux est particulièrement
édifiant émane d’une adjointe au Maire de Chevilly Larue
(France) qui a été violemment agressée avec son époux
dans un vol de la compagnie SN Brussels Airlines, alors
qu’ils s’opposaient au rapatriement forcé et dans des conditions
inhumaines d’un Congolais vers son pays la RDC.

Hermine RIGAUD

Adjointe au Maire

Chargée de l’action sociale et des solidarités

94550 CHEVILLY LARUE

France

J’atteste que les faits suivants se sont déroulés le 16 mai 2008
dans le vol n° SN 353 Y de la compagnie Bruxelles Airlines.

Lors d’un arrêt de transit à Bruxelles, pour un vol en partance
pour Yaoundé au Cameroun, en arrivant à mon siège, j’ai
constaté qu’il y avait un individu maintenu fortement par trois
autres individus. Cette personne portait une cagoule et une
ceinture qui avait des menottes intégrées. Elle était couchée sur
trois ou quatre sièges et les autres personnes la maintenaient
couchée afin qu’elle ne bouge pas. On entendait des hurlements
de bête, et la personne se plaignait de ne pas respirer. Cette
situation était insoutenable et j’ai été saisie par la cruauté de la
scène et tenté d’intervenir oralement. J’ai demandé aux individus
de desserrer l’étreinte et leur ai dit que je trouvais anormal
qu’une personne soit traitée de façon aussi inhumaine.

Les individus m’ont alors expliqué qu’ils étaient de la police
Belge et qu’ils escortaient un sans-papier. Qu’ils étaient obligés
de le maintenir car cela faisait quatre fois que cet individu
faisait du cinéma. Ils ont ajouté qu’ils lui avaient donné 250
euros qu’il avait refusé et qu’ils devaient absolument l’expulser.
Je leur ai indiqué qu’ils avaient le droit d’appliquer la loi mais
que la convention de Génève sur les prisonniers interdisait des
mesures de coercition sur les personnes. Qu’en vertu du droit
international, ils ne pouvaient pas utiliser la force et qu’ils leur
appartenait de trouver des solutions humaines pour pratiquer
l’expulsion sans pour autant perturber la sécurité de l’avion et
étouffer l’individu en l’empêchant de crier.

Les enfants présents dans l’appareil hurlaient tous de peur à
cause des cris de l’individu. Un monsieur a dit aux policiers
que sa petite fille était complètement terrorisée. Tous les voyageurs
ont commencé à protester. J’ai alors demandé aux policiers
d’avertir le commandant de bord et qu’il vienne constater
que les conditions de sécurité pour les passagers n’étaient pas
réunies. Tous les passagers demandaient le débarquement de la
personne maintenue couchée afin que l’on puisse décoller il
était inadmissible de décoller avec une personne maintenue
couchée et que trois policiers tentaient de faire taire.

Mon mari et plusieurs autres passagers ont souhaité que le
commandant de bord vienne constater la situation. Mon mari
ancien policier à la retraite a souhaité voir les conditions de
maintien de l’individu. Un policier l’a discrètement conduit à
l’arrière de l’appareil et sorti sur une petite passerelle en dehors
de l’avion. Un passager m’a informé que mon mari avait été
conduit à l’extérieur de l’avion. Ne le voyant pas revenir, j’ai
voulu savoir où il était. Un policier m’a interdit d’approcher
mon époux. Je lui ai dit qu’il n’avait pas le droit de retenir mon
mari et qu’il ne pouvait pas m’interdire de le voir puisqu’il
n’était sur le coup d’aucune décision.

J’ai aperçu mon mari sur la plateforme, j’ai alors essayé de le
rejoindre c’est alors que le policier a fait une clé et je me suis
retrouvée par terre et le policier sur moi. Il me maintenait
sérieusement immobilisée. Il appuyait son bras sur mon coup
de façon à me couper la respiration.

J’essayais de respirer tant bien que mal et je voyais la haine de
ce policier dans ses yeux. J’ai réalisé qu’il pouvait aller très
loin. Je suis bien restée allongée et lui sur moi pendant au
moins cinq minutes. Je me suis aperçue que je saignais, j’ai
demandé à avoir des soins, le collègue du policier m’a dit que
je n’en aurai pas. Je leur ai dit qu’ils agissaient illégalement, le
policier qui était sur moi m’a dit que c’était lui la loi et qu’il faisait
ce qu’il voulait. Il pouvait me débarquer, me mettre en
garde à vue ou m’expulser. Je lui ai répondu qu’étant française,
je ne voyais pas où il allait m’expulser puisque j’étais
dans l’espace européen.

Après quelques menaces physiques et verbales, notamment de
me faire payer le retard de l’avion, de me mettre en prison, le
policier m’a relâché. Plusieurs témoins m’ont donné leurs
adresses afin de se porter témoin.

Le commandant de bord n’est venu à aucun moment et en
arrivant à Yaoundé lorsque j’ai dit aux hôtesses qu’elles
devaient avoir honte de travailler en cautionnant de tels actes,
elles m’ont remis une interdiction de voler dans les lignes de
Bruxelles Air Lines et j’ai dû acheter un autre billet afin de
revenir en France.