L’information au jour le jour sur le quotidien des sans-papiers.

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Elle s’appelle Stéphanie, il s’appelle
Mamadou. Elle va avoir 22 ans, il en
a 32 « et 2 mois », tient-il à préciser.
Elle est blanche, il est noir. Une
Française et un Malien qui se diront
oui demain. Un couple sûrement pas
prédestiné, d’ailleurs Stéphanie ironise
 : « On avait tout pour être ensemble
 ! »

Ils se sont rencontrés fin 2005, sur
leur lieu de travail, où Mamadou a été
embauché en tant qu’agent de sécurité
tandis que Stéphanie tenait la
caisse, à temps partiel. Il lui promet
un café une fois le ramadan terminé.

Oublié le café, ce sera finalement elle
qui le relancera. Une semaine plus
tard, il lui apprend qu’il est sans
papiers depuis son arrivée en France,
fin 1999. Stéphanie n’en a que faire :
les sans-papiers, elle n’y est pas vraiment
sensibilisée. Mamadou vit
comme tout le monde, travaille, sort,
elle n’a donc pas tout de suite
conscience des difficultés.

Deux ans plus tard, beaucoup de choses
ont changé. Le jeune couple a
emménagé dans un appartement à
Evry. Ils ont décidé de se marier, et la
cérémonie se tiendra donc samedi, à
« l’arrivée du printemps », comme le
souhaitait la jeune fille. Mamadou
travaille depuis environ deux ans à la
Grande Armée, restaurant réputé de
l’ouest parisien, en tant que cuisinier,
toujours sans papiers.

La circulaire du 7 janvier 2008, qui
permet aux employeurs de demander
la régularisation de leurs employés
sous certaines conditions, a poussé
Mamadou et plusieurs de ses collègues
à entamer une grève de la faim, dans
le but d’obtenir un titre de séjour.

« Une semaine de grève est plus dure que
huit ans de clandestinité », avoue
Mamadou. Les employés de la Grande
Armée étaient soutenus par l’association
Droits Devant ! ! et des membres de “la
Cégette” » (la CGT), s’amuse-t-il à
dire.

Le 18 février, la nouvelle tombe : les
grévistes obtiennent gain de cause.
Fatigués mais soulagés, ils rentrent
chez eux pour quelques jours de repos,
et le travail reprend, régulièrement.
Stéphanie, que l’initiative de son
compagnon inquiétait, est aux anges.
Mamadou, quant à lui, a du mal à réaliser,
il a encore les vieux réflexes de
sans-papiers.

C’est donc un couple serein qui va
s’unir, faisant au passage « taire les
mauvaises langues » qui pensaient que
leur union n’était qu’une histoire de
papiers. Les préparatifs de la fête peuvent
réellement commencer. La mairie
d’Evry les accueillera. L’oncle de
Mamadou, le frère, la soeur et la meilleure
amie de Stéphanie témoigneront.

En revanche pas de cérémonie
religieuse. Le couple a déjà passé cette
étape le 22 juillet, pour respecter les
croyances de Mamadou. Cent neuf
personnes, entre famille et amis, sont
invitées – « cinquante-cinq pour moi,
cinquante-quatre pour lui », précise
Stéphanie en souriant. À chaque
table, un nom de fleur, et pour les
mariés, la rose évidemment.

La pression monte à la veille du grand
jour. Stéphanie a beaucoup de choses
à penser, la décoration de la salle, les
cartons de table, le rendez-vous chez
le coiffeur. S’ajoute à toute cette agitation
la révision de ses examens. En
effet, la future mariée est étudiante,
elle finit sa licence pluridisciplinaire
en vue de préparer l’IUFM, pour
devenir institutrice. Mardi, lorsqu’elle
reprendra les cours, un examen l’attendra,
pas question de chômer !

Quant à Mamadou, il est formel :
« Pas de stress avant jeudi ! »
Le voyage de noces n’est pas encore
organisé. Les deux amoureux rêvent
de l’île Maurice. Ils pensent aussi à
l’Egypte, ce voyage que la famille de
Stéphanie avait voulu leur offrir alors
que Mamadou ne pouvait pas encore
se déplacer à l’étranger. Et bien sûr le
Mali, pour un retour aux sources, et
où ils se verraient bien se marier une
seconde fois, « histoire de rentabiliser le
prix de la robe de mariée ! » plaisante la
jeune femme. Ils expliquent aussi que
pour eux « la fête sera double », un
mariage et une régularisation en
même temps, ça n’arrive qu’une fois
dans la vie.

Un couple symbole ? Pas vraiment,
d’après eux. Leur mariage, ils le voient
à la fois comme un nouveau départ et
comme la continuité de leur histoire
car, ils tiennent à le préciser, lorsque
Mamadou était encore sans papiers,
ils menaient une vie normale. Certes,
les voyages ne se faisaient pas à
l’étranger, mais ils ont visité
« Menton, Cannes, Monaco, Lens,
Valenciennes… », énumère fièrement
Mamadou. Leur quotidien était assez
banal, sur le rythme du métro, boulot,
dodo. Ils sortaient et ne se cachaient
pas.

Dans l’avenir, Mamadou compte rester
à la Grande Armée et espère une
promotion, tandis que Stéphanie se
voit institutrice d’ici trois ans.

[Source : Libération]