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Cela fait plusieurs jours que les défenseurs des sans-papiers tirent la sonnette d’alarme. Selon la Cimade et l’Association malienne des expulsés (AME), le gouvernement français exercerait des « pressions considérables et sans précédent pour que le Mali signe avec Brice Hortefeux, ministre français de l’immigration, (un) accord bilatéral de gestion concertée des flux migratoires ». En substance, les termes de cet accord sont les suivants : la France entrouvrirait son marché du travail au Mali, celui-ci acceptant en retour qu’elle lui réexpédie ses ressortissants en situation irrégulière. Cette signature interviendrait en marge de la Conférence interministérielle euro-africaine sur la migration et le développement qui se tiendra à Paris mardi 25 novembre. « Elle mettrait fin à deux années de résistance du gouvernement malien », rappellent les deux associations.

Vendredi, Brice Hortefeux faisait preuve, lors d’un échange avec Libération, d’un optimisme prudent. Compte tenu de l’importance numérique de la communauté malienne en France – 120 000 personnes dont les deux tiers en situation irrégulière – la signature d’un tel accord serait pour lui un « symbole fort », à la veille d’un possible remaniement qui le verrait, peut-être, quitter le ministère de l’Immigration. Faire plier le Mali lui permettrait également de parachever symboliquement la mise au pas de l’Afrique, de tels accords ayant déjà été signés avec les principaux pays africains d’émigration : Sénégal, Gabon, Bénin, République démocratique du Congo, Togo.

Sauf qu’on ne voit pas très bien l’intérêt des Maliens dans cette affaire. Côté des négociateurs maliens, on affirmait d’ailleurs, lundi 24 novembre, que rien n’était fait. Pour ce pays, cet accord aurait des conséquences non négligeables. La communauté malienne expatriée compte 4 millions de personnes, soit 1/3 de la population totale du pays, dont 3,5 millions en Afrique et 500 000 à travers le monde. En Europe, les Maliens seraient 200 000 dont un peu plus de la moitié en France. Selon la Banque africaine de développement, cette diaspora injecterait chaque année plus de 180 millions d’euros dans l’économie du Mali. Et encore ne s’agit-il que de l’argent passant par le circuit officiel.

Pour le Mali, l’aide des expatriés est donc vitale. Le point central de la négociation entre Paris et Bamako est un accord de réadmission facilitant l’expulsion par la France des Maliens en situation irrégulière.

D’après la Cimade et l’AME, « cet accord (pourrait) rendre également possible le renvoi au Mali de ressortissants d’États tiers, principalement d’Afrique, ayant transité par ce pays avant d’atteindre l’Europe ». Bamako souhaiterait que la clause de réadmission ne figure pas dans l’accord final, ce que Paris refuse. À défaut, le Mali tente d’obtenir la régularisation de ses ressortissants présents en France. Sans succès non plus pour l’instant.

Si le gouvernement malien cède, il risque de devoir rendre des comptes à une opinion publique très remontée. « Au moment où la Libye, expulse collectivement 420 maliens, combien le seront de France si l’État malien signe les accords de gestion concertée des flux migratoires ? » interrogent les deux associations.

[Source : http://immigration.blogs.liberation.fr/coroller/2008/11/le-mali-ne-veut.html?xtor=RSS-450]