Le journal de Baudelique occupé n°1

« NOUS QUITTONS BAUDELIQUE LE 7 AOÛT DE NOUS-MÊMES » (CSP75)


Mis en ligne par: Michel Sitbon
Publié le: 5 août 2010

SOMMAIRE• page 2-3, Un an à Baudelique. Et maintenant ? • page 4, CSP75 : La voix des délégués • page 5, CSP75, Déclaration : Nous quittons Baudelique. • page 5, Voix de femmes• page 6, La leçon du passé. • page 6, Le « dérivatif » Raymond Chauveau. • page 7, Voix de soutiens• page 8-9, Qui sont les dissidents ? • page 10, LA PAROLE AUX COLLECTIFS DU « MINISTÈRE DE LA RÉGULARISATION » : Quitter Baudelique ? La Csp 75 ne nous a pas consulté. • page 11, Où va la Csp 75 ? • page 12, Après le « Paris-Nice » des sans-papiers, pourquoi pas le « Tour de France » ou le « Paris-Dakar » des sans-papiers ?

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C’est un cycle de luttes qui se clôt avec cet acte de la CSP75. Un cycle qui avait commencé le 2 mai 2008 avec l’occupation de la Bourse du travail de Paris, et qui aura duré en tout deux ans et trois mois.

En soulignant le caractère volontaire de cette décision, la CSP75 semble vouloir donner le signal d’un changement. Comme pour dire : il est temps de passer à autre chose. Un temps d’arrêt pour tourner la page.

Mais il ressort aussi autre chose des articles réunis dans ce journal, et de leurs non-dits tout autant que de leurs dits. Un réel désir de faire une pause, comme une halte au cours d’une longue mar- che. De prendre du repos pour soigner les blessures, qui sont nombreuses, aux pieds des mar- cheurs. Ceci n’est pas qu’une métaphore. Il suffit de voir combien le thème de la marche (la mar- che Paris-Nice des sans-papiers) traverse tout au long, quoiqu’un peu timidement évoqué, ce jour- nal, pour finalement éclore en toute dernière page.

Enfin et surtout, tirer la leçon du départ du Boulevard du Temple, il y a plus d’un an. C’est-à-dire : attendons voir ce qu’il en sera des promesses de la préfecture. Promesses identiques à celles, non tenues, d’il y a un an : 300 convocations aux fins de régularisation. Car voilà, s’agissant de sans- papiers, aujourd’hui en France, ce mot, régularisation, n’est pas qu’un mot, c’est un drame humain, et ce n’est qu’en complément qu’il définit aussi une démarche administrative. Ce mot est comme un monstre fabuleux, un mur, mais fait de chair et de sang, et en haut duquel se perche cet être mons- trueux qui se nourrit de leur substance d’êtres humains, l’idée fixe de la régularisation.

Ce que savent trop bien les cerveaux de la préfecture, quand, loin de reconnaître un quelconque droit, ils font leur habituel marchandage : partez, et en échange l’on vous promet la possibilité d’un octroi d’un certain nombre (très insuffisant) de régularisations.

Comme ils tranchent à même la chair vive, ils connaissent d’avance ce qu’ils vont obtenir : la divi- sion, et l’affaiblissement de la lutte. Car, d’une part, des sans-papiers dans une attente de tous les jours depuis de longues années, humainement, ne sont pas à même de résister au mirage de la régularisation ; et, d’autre part, ceux qui savent qu’ils ne rentreront pas dans « les critères »ne sont pas prêts à quitter l’occupation.

Cette division a été hier le lot du Boulevard du Temple. Et elle l’est, selon toute apparence, aujourd’hui de Baudelique. Ainsi la préfecture fait planer son chantage sur tout le mouvement, et prend en otage, face à lui, ses représentants les plus capables, en butte à toute sorte d’accusations.

Mais cette fois-ci, en réponse à l’œuvre de division, l’espoir pourrait être en sens inverse. Les col- lectifs de sans-papiers rassemblés au sein du « ministère de la régularisation »ont tenu, dimanche 1er août, une réunion dans laquelle ils ont su dépasser leurs divisions, réaffirmer, en ce moment, leur volonté d’action commune, et composer un appel pour un départ unitaire et pacifique. Est-on en train de voir ainsi se dessiner un début de dépassement de la parcellisation du mouvement ?