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Au 83e jour de grève de la faim, en rejetant sa demande de grâce, le Grand Conseil du Valais a voté, par 113 voix contre 14, la mise à mort de Bernard Rappaz.

Prétendant appliquer la loi dans toute sa rigueur, cette assemblée d’élus aura balayé la notion de protection des personnes, et les dispositions légales qui stipulent de libérer quiconque ne serait en état médical de poursuivre l’exécution de sa peine.

Condamné pour des motifs politiques à une lourde peine de 5 ans et huit mois de prison ferme, Bernard Rappaz refuse cette condamnation. Le fait qu’il soit un symbole du combat pour la légalisation du cannabis dans son pays aura manifestement motivé le refus de sa grâce par l’assemblée valaisane, de même qu’elle a motivé l’arrêt de justice lui imposant une sanction aussi lourde que pour... l’assassin du banquier Stern !

Bernard Rappaz est victime surtout du revirement législatif en Suisse, où s’était ouvert pendant quelques années un climat de tolérance, dans le contexte duquel il distribuait tout-à-fait légalement, et ouvertement, du cannabis à nombre de points de ventes également légaux – parmi lesquelles nombre de pharmacies.

Lorsque cette époque de tolérance s’est terminée, a été reproché à Bernard Rappaz son activité dans cette situation « grise » d’une semi-légalisation.

L’hallucinante majorité de 113 voix contre 14 pour refuser la grâce à un homme qui risque fort de mourir s’il n’est rapidement libéré, s’explique en particulier par la surenchère justicialiste de tous les partis, de droite comme de gauche. Seules 14 consciences intègres auront refusé de hurler à la mort avec les loups.

Le scandale d’une assemblée politique osant voter la mort d’un citoyen coupable surtout d’engagements philosophiques divergents du consensus réactionnaire est un cas extrêmement rare dans l’histoire des institutions démocratiques. Faut-il remonter à la condamnation de Socrate pour trouver un précédent d’une telle barbarie ? Les représentants du peuple valaisan auront poussé l’indignité jusqu’à débattre de la vie d’un homme à huis clos.

Il est à craindre que Bernard Rappaz, par ailleurs ruiné, chassé de sa ferme, ayant vu se décomposer son ambition de réformer le statut du cannabis dans son pays, ne soit prêt aujourd’hui à mourir en martyr de la cause qu’il a défendu toute sa vie.

Ses amis appellent à un jeûne de solidarité mondial – pour ne pas laisser mourir Bernard Rappaz.


Voir en ligne : Libérez Rappaz !

Bernard Rappaz n’a pas trouvé grâce auprès des députés valaisans. Le Grand Conseil valaisan a balayé jeudi la requête du chanvrier. Une nouvelle échappatoire disparaît pour le gréviste de la faim qui a désormais dépassé les 80 jours consécutifs de jeûne. Il est toujours hospitalisé à Genève où les médecins refusent de l’alimenter de force.

La demande de grâce de Bernard Rappaz a été rejetée jeudi après-midi par 113 voix contre 14 après un débat à huis-clos. Cette décision était attendue, la grève de la faim de Bernard Rappaz étant très mal perçue dans le canton et assimilée à un chantage par les Valaisans.

Le groupe UDC a proposé de ne pas entrer en matière sur la demande de grâce. Il n’était pas question, pour lui, « de se soumettre aux conditions qu’un condamné de droit commun entend imposer aux élus du peuple », a communiqué jeudi l’UDC du Valais romand. « Bernard Rappaz a démontré toute son arrogance en conduisant une grève de la faim - ou prétendue telle - jusqu’à décision sur sa requête de grâce. La pression (on pourrait même parler de chantage) est manifeste et surtout inacceptable ». Visiblement, le reste des députés a suivi.

Débats nourris

Les débats ont été nourris mais sereins, a indiqué Jean-François Copt lors d’une brève conférence de presse organisée à l’issue des débats à huis clos. Le président du Grand Conseil s’est refusé à tout commentaire sur les positions défendues par les députés, soulignant simplement que « chacun a voté en son âme et conscience ».

Durant les débats, l’ambiance était plutôt électrique devant le bâtiment abritant le Grand Conseil valaisan à Sion. De très nombreux journalistes et photographes étaient sur place, battant la semelle sous une pluie fine. Des policiers en civil et en uniforme surveillaient les alentours. Ils ne laissaient rentrer personne dans le bâtiment tant que la séance n’était pas terminée. Sur le parvis, des partisans de Bernard Rappaz avaient installé un squelette et une petite banderole : « Justice assassine / Politique complice ».

Condamné en 2006

Condamné en 2006 à une peine de 5 ans et 8 mois de réclusion pour trafic de chanvre et pour des délits économiques, l’agriculteur de Saxon (VS) juge sa peine trop lourde. Il a entamé une grève de la faim à son entrée en prison en mars dernier. Hospitalisé à Genève, puis à Berne, le chanvrier a par la suite pu regagner provisoirement sa ferme de Saxon, suite à une décision de la conseillère d’État valaisanne Esther Waeber-Kalbermatten.

Bernard Rappaz attendait comme une dernière chance la décision du Grand Conseil valaisan, après s’être vu débouter à plusieurs reprises par la justice valaisanne et par le Tribunal fédéral.

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L’avocat de Bernard Rappaz, Aba Neemann, est très déçu de la décision du Grand Conseil valaisan. Il affirme que son client continuera sa grève de la faim. « C’est un coup dur pour lui », a déclaré l’avocat du chanvrier. Démoralisé, Bernard Rappaz met ses derniers espoirs dans les démarches à venir de son avocat, qui compte demander une nouvelle interruption de peine. Le Conseil fédéral, contacté par Aba Neemann,a répondu qu’il n’interviendra pas. De son côté, Esther Waeber-Kalbermatten, la cheffe du service valaisan de la sécurité, « attend maintenant qu’il mette un terme à sa grève de la faim ».


[Source : tsr.info]


Site de soutien à Bernard : http://supportrappaz.org