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DANS LA PRESSE

Le fantôme de Marie-Antoinette au centre de rétention...

Publié le 18 novembre 2007

On trouve de plus en plus « le quotidien des sans-papiers » dans l’ensemble de la presse quotidienne. Le 9 novembre, c’était dans Le Monde, un article de Catherine Simon, sur les centres de rétention.

« Le long de la Seine, les touristes en route pour la Sainte-Chapelle croisent, sans y prendre garde, les fourgons de police et les voitures banalisées  » – qui conduisent, entre autres, les sans-papiers au centre de rétention –, remarque la journaliste pour commencer.

Elle relate l’histoire d’une jeune maman paraguayenne, incarcérée dans ce centre de rétention qui jouxte le Palais de Justice, voisin de la Préfecture de Police où elle s’était rendue volontairement, répondant à une convocation pour régulariser sa situation.

Convocation-piège.

Catherine Simon rappelle que les dits “CRA” « n’existaient pas, ou presque, au début des années 1980. On en comptait alors sept ou huit – dont le fameux centre d’Arenc, près de Marseille, utilisé clandestinement par la police et dont la découverte avait causé scandale, en 1975. Il y en a aujourd’hui vingt-sept. » Vingt-sept antichambres de l’expulsion-déportation.

« La durée maximale de la rétention est passée, en 2003, de douze à trentedeux jours », rappelle Le Monde.

« Aux vingt-sept centres de rétention, il faut ajouter aujourd’hui une centaine de locaux de rétention administrative (LRA), qui ont besoin, pour être créés, non pas d’un arrêté interministériel (c’est le cas pour les CRA), mais d’un “simple arrêté préfectoral” », comme l’explique la Cimade. « Une pièce sans fenêtre dans le coin d’un commissariat peut faire l’affaire. Les “retenus” y restent souvent bien au-delà des quarante- huit heures légales. » La Cour des comptes souligne que ce « régime ambigu ne peut qu’encourager la multiplication des locaux de rétention administrative à caractère permanent et provoquer des risques d’abus ».

« Le nombre des “retenus” a, lui aussi, connu une extension foudroyante  : de deux cents à trois cents places en CRA au milieu des années 1980, on est passé à quelque huit cents places en 2003, pour arriver à plus de deux mille places à l’automne 2007 – le double en quatre ans. »

« L’augmentation des “retenus” est sans aucun rapport avec le nombre des sans-papiers. Simplement, on veut faire du chiffre », remarque le secrétaire général de la Cimade, Laurent Giovannoni. « Sur quelque 30 000 “retenus” chaque année », « environ 15 000 sont finalement expulsés ».

La journaliste aura rendu visite à la maman « retenue ». « À l’intérieur, cela sent le musée, le Moyen Age, le labyrinthe. Sous les hautes voûtes de pierre, plongées dans la pénombre, le fantôme de Marie-Antoinette – emprisonnée ici, à la Conciergerie, comme le furent Charlotte Corday et, plus tard, Robespierre – semble flotter dans l’air », témoigne-t-elle. « Posées au milieu du large passage voûté qui conduit au “quartier des femmes”, quelques cabines vitrées font office de parloir. On est prié de poser ses affaires – préalablement fouillées – par terre, à l’entrée de la cabine, sous le regard des policiers. »

La jeune maman s’inquiète pour sa fille, « un bébé de un an, dont elle est séparée ». Elle reste en contact avec son mari, lui aussi sans papiers, par téléphone portable. Il ne peut pas la visiter, au risque de se faire prendre à son tour.

« L’homme se cache dans Paris, avec leur fille. Laquelle supporte mal l’absence de sa mère. » La jeune maman allaitait son bébé. « Dès qu’on lui donne le biberon, elle vomit. Il faudrait un tire-lait, mais il n’y en a pas », explique-t-elle. En France depuis trois ans, « elle a été aide-soignante, employée d’hôtel, fille au pair, femme de ménage... » et aura toujours payé ses impôts, son loyer...

La jeune paraguayenne aura finalement été libérée. « Depuis sa sortie, elle se cache, avec son mari et son bébé, pour éviter les contrôles.

Elle a repris son travail de femme de ménage. “La peur au ventre.” »

C’est ça, le quotidien des sans-papiers.

QSP

[Source : Le Monde]

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