L’information au jour le jour sur le quotidien des sans-papiers.

Nous suivre :



Media :
 
Articles :

On trouve de plus en plus « le quotidien
des sans-papiers » dans l’ensemble
de la presse quotidienne. Le
9 novembre, c’était dans Le Monde,
un article de Catherine Simon, sur
les centres de rétention.

« Le long de la Seine, les touristes en
route pour la Sainte-Chapelle croisent,
sans y prendre garde, les fourgons
de police et les voitures banalisées
 » – qui conduisent, entre autres,
les sans-papiers au centre de rétention –,
remarque la journaliste pour commencer.

Elle relate l’histoire d’une jeune maman
paraguayenne, incarcérée dans ce centre
de rétention qui jouxte le Palais de
Justice, voisin de la Préfecture de Police
où elle s’était rendue volontairement,
répondant à une convocation pour régulariser
sa situation.

Convocation-piège.

Catherine Simon rappelle que les dits
“CRA” « n’existaient pas, ou presque,
au début des années 1980. On en
comptait alors sept ou huit – dont le
fameux centre d’Arenc, près de
Marseille, utilisé clandestinement par
la police et dont la découverte avait
causé scandale, en 1975. Il y en a
aujourd’hui vingt-sept. » Vingt-sept
antichambres de l’expulsion-déportation.

« La durée maximale de la rétention
est passée, en 2003, de douze à trentedeux
jours », rappelle Le Monde.

« Aux vingt-sept centres de rétention,
il faut ajouter aujourd’hui une
centaine de locaux de rétention
administrative (LRA), qui ont
besoin, pour être créés, non pas d’un
arrêté interministériel (c’est le cas
pour les CRA), mais d’un “simple
arrêté préfectoral” », comme l’explique
la Cimade. « Une pièce sans
fenêtre dans le coin d’un commissariat
peut faire l’affaire. Les “retenus” y
restent souvent bien au-delà des quarante-
huit heures légales. » La Cour
des comptes souligne que ce « régime
ambigu ne peut qu’encourager la multiplication
des locaux de rétention
administrative à caractère permanent
et provoquer des risques d’abus ».

« Le nombre des “retenus” a, lui
aussi, connu une extension foudroyante
 : de deux cents à trois cents
places en CRA au milieu des années
1980, on est passé à quelque huit
cents places en 2003, pour arriver à
plus de deux mille places à l’automne
2007 – le double en quatre ans. »

« L’augmentation des “retenus” est
sans aucun rapport avec le nombre
des sans-papiers. Simplement, on
veut faire du chiffre », remarque le
secrétaire général de la Cimade, Laurent
Giovannoni. « Sur quelque 30 000
“retenus” chaque année », « environ
15 000 sont finalement expulsés ».

La journaliste aura rendu visite à la
maman « retenue ». « À l’intérieur,
cela sent le musée, le Moyen Age, le
labyrinthe. Sous les hautes voûtes de
pierre, plongées dans la pénombre, le
fantôme de Marie-Antoinette –
emprisonnée ici, à la Conciergerie,
comme le furent Charlotte Corday et,
plus tard, Robespierre – semble flotter
dans l’air », témoigne-t-elle. « Posées
au milieu du large passage voûté qui
conduit au “quartier des femmes”,
quelques cabines vitrées font office de
parloir. On est prié de poser ses affaires
– préalablement fouillées – par
terre, à l’entrée de la cabine, sous le
regard des policiers. »

La jeune maman s’inquiète pour sa fille,
« un bébé de un an, dont elle est
séparée ». Elle reste en contact avec
son mari, lui aussi sans papiers, par téléphone
portable. Il ne peut pas la visiter,
au risque de se faire prendre à son tour.

« L’homme se cache dans Paris, avec
leur fille. Laquelle supporte mal l’absence
de sa mère. » La jeune maman
allaitait son bébé. « Dès qu’on lui
donne le biberon, elle vomit. Il faudrait
un tire-lait, mais il n’y en a
pas », explique-t-elle. En France depuis
trois ans, « elle a été aide-soignante,
employée d’hôtel, fille au pair, femme
de ménage... » et aura toujours payé
ses impôts, son loyer...

La jeune paraguayenne aura finalement
été libérée. « Depuis sa sortie, elle se
cache, avec son mari et son bébé,
pour éviter les contrôles.

Elle a repris
son travail de femme de ménage. “La
peur au ventre.” »

C’est ça, le quotidien
des sans-papiers.

QSP

[Source : Le Monde]