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Les maux dont souffrent les paysanneries des pays d’Afrique noire sont dans l’ensemble connus, ayant fait l’objet d’études souvent approfondies. Mais ces études restent la plupart du temps dans les tiroirs, volontairement ignorées ou contrées par les autorités responsables des États. Au Mali, la population rurale est estimée aujourd’hui à près de 70% de la population totale [66,7% en 2010, d’après le rapport 2012 de la Banque mondiale : population rurale = population totale – population urbaine]. C’est dire à quel point c’est là le problème social majeur du Mali.
En septembre 2011, l’Oakland Institute, institut indépendant de Californie, a publié en français [www.oaklandinstitute.org], suite à un travail de terrain fouillé et documenté en collaboration avec la Coordination nationale des organisations paysannes [www.cnop-mali.org] et d’autres associations maliennes, un « Rapport Mali » sur l’accaparement de terres par l’État et des investisseurs internationaux. Le diagnostic est sans appel. La publication de quelques extraits [légèrement adaptés] suffira, mieux qu’un long exposé, à donner une idée assez précise de l’état des choses.
« Les investisseurs étrangers constituent la majorité des grands investisseurs agricoles au Mali. Fin 2010, les contrats concernaient globalement 819 567 hectares, ils ont été signés dans les deux ou trois dernières années. La plupart des cessions de terres à grande échelle ont convergé vers le grand delta fluvial de l’ON [office du Niger], dans le domaine de l’État, où les droits coutumiers et informels de la population vivant sur ces terres ne sont pas protégés par la loi, et ne sont pas reconnus par l’administration. En 2009, le gouvernement a créé le poste de Secrétaire d’État en charge du développement de l’ON. Depuis lors, les transactions foncières ont été négociées à huis clos. L’accord Malibya [100 000 hectares] aurait été directement négocié par les Chefs d’État malien et libyen [feu Kadhafi]. Aucune étude d’impact environnemental et social n’a été diffusée. En novembre 2010, les organisations paysannes et des associations de la société civile ont tenu le « Forum des paysans de Kolongotomo sur l’accaparement des terres au Mali ». Les autorités n’ont tenu aucun compte de leurs critiques. Le gouvernement justifie ces cessions foncières à grande échelle par la nécessité de « moderniser » l’agriculture et d’augmenter son « efficacité ». Cependant, la promotion des technologies de la « révolution verte » fragilise l’efficacité prouvée de l’agriculture paysanne agroécologique et de différentes techniques d’agriculture durable, crée une concurrence déloyale avec la petite agriculture qui nourrit le peuple malien, menace la souveraineté alimentaire et semencière et tend à aggraver les dispari-tés sociales et les problèmes alimentaires. Les programmes d’ajustement structurel depuis les années 1980 au Mali ont mis l’accent sur les réformes politiques pour favoriser la libéralisation économique et les investissements étrangers. Au cours de la dernière décennie, de nouvelles structures locales, mises en place et soutenues par la Banque Mondiale, ont renforcé ce processus. Les droits fonciers des communautés locales ont été ignorés par les récentes transactions foncières, qui ont conduit à des violations des droits humains fondamentaux des personnes concernées. Les ambiguïtés des cadres juridiques concernant les droits des petits exploitants et les obligations des investisseurs posent de grands risques pour les populations locales vivant sur les terres cédées. La confusion entourant la « disponibilité » de terre et l’affirmation que plus de deux millions et demi d’hectares de terres cultivables sont à la disposition des investisseurs posent de graves problèmes dans un pays en proie à la faim et à la désertification galopante. Une grande partie des contrats fonciers [plus de 40%] sera consacrée à la production d’agro-carburants, privant ainsi les acteurs de la production alimentaire de terres et d’eaux. L’absence d’obligations légales pour la réalisation d’évaluations d’impact environnemental ou social avant le début de toute opération d’investissement, pose de grands risques à la biodiversité traditionnelle de l’ON et à la survie des populations qui dépendent des eaux du fleuve Niger au Mali ainsi que dans le reste de l’Afrique de l’Ouest. La recherche effectuée montre comment la Banque Mondiale a organisé l’environnement économique, fiscal, et juridique du Mali de manière à favoriser l’acquisition de vastes étendues de terres fertiles par une poignée d’intérêts privés au lieu d’apporter des solutions à la pauvreté et à la faim généralisées dans le pays. »
La radiographie est on ne pourrait plus claire. En revanche, les remèdes contre le mal font cruellement défaut. «  Les organisations de la société civile », rappelle le rapport, demandent « un accès équitable des femmes et des jeunes à la terre ». Après le forum de Kolongotomo, une « Convergence malienne contre les accaparements de terres » a vu le jour, son travail d’information auprès des paysans a fait que « trois villages [de l’ON] se sont engagés sur la voie juridique pour faire valoir leurs droits avec un cabinet d’avocat » [Convergence..., +223 66 76 11 26], ce qui a fait éclipser quelques investisseurs. C’est très bien. Mais pour faire face au désastre public dans nos campagnes, il faut davantage : se donner les instruments pratiques et intellectuels pour agir et penser autrement, à contre-courant, et cesser avant tout de quémander nos droits sur nos terres aux maffias étatiques et capitalistes. Ce sont nos droits sacrés, dont dépend la survie de nos familles, de nos villages, pas leurs concessions !
Les dramatiques événements récents ont stoppé le processus de réforme constitutionnelle. Pour créer un rapport de force favorable à un vaste mouvement paysan national, il faut imposer au nouveau pouvoir deux revendications :
- la dénonciation de tous accords fonciers, cessions, concessions, etc., passés sous l’ancien régime depuis 50 ans
- l’inscription dans la constitution de la propriété commune inaliénable des villages sur leurs terres coutumières.