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“Gardarem lo Larzac”. Il y a près de quarante ans, ce slogan accompagna le combat non violent des paysans du plateau sud-aveyronnais contre l’extension d’un camp militaire. Au terme de plus de dix années de manifestations et avec l’arrivée de Mitterrand au pouvoir, ils remportèrent leur lutte. Aujourd’hui, c’est une autre bataille qui pourrait être menée sur le causse. En effet, écologistes et agriculteurs (souvent les mêmes...) sont en alerte. Récemment, la compagnie pétrolière américaine Schuepbach a obtenu la permission de creuser la roche du Larzac pour y capter le gaz de schiste, ressource alternative aux énergies conventionnelles. Entretien avec José Bové, figure de proue d’une résistance qui s’organise...

Le 20/01/2011.

• Pourquoi, alors que les permis d’exploration que vous dénoncez datent de mars et d’avril dernier, réagissez-vous seulement maintenant ?

On a voulu comprendre, aller au bout de la réflexion, écologique, environnementale, politique. Et on s’aperçoit que ces permis délivrés sans aucune concertation ne profitent qu’aux compagnies pétrolières. Même si au final elles n’exploitaient pas, le simple fait d’avoir obtenu ces permis a fait monter leurs actions !

• Mais la France, comme d’autres pays qui ont une lourde note énergétique, a besoin de trouver d’autres réponses en matière d’énergie...

Cela, nous pouvons l’entendre. Mais il faut poser un vrai débat qui engage les 20, 30 ou 40 prochaines années. Et pas procéder en catimini sur du très court terme comme cela vient d’être fait. Les permis ont été accordés par Borloo sans débat. Les élus des territoires concernés, de tous bords, n’ont pas été consultés. Pour moi, c’est l’enterrement en grande pompe du Grenelle de l’environnement...

• Aux États-Unis et au Canada, il y a 10 ans que l’exploitation de gaz de schiste fonctionne. Pourquoi est-ce que ça ne marcherait pas ici ?

Aux États-Unis, ils ont commencé par des forages dans le désert. Maintenant qu’ils se rapprochent des villes, ça gronde. La commune de Pittsburgh, en Pennsylvanie, vient d’ailleurs de prendre un arrêté anti-gaz de schiste. Dans la vallée du Saint-Laurent, au Québec, les problèmes liés à la pollution des nappes phréatiques sont considérables (lire ci-dessous).

• Quels sont les risques écologiques ?

Schématiquement, dans le cas de gaz conventionnels, on creuse verticalement jusqu’à atteindre le gisement et ensuite on pompe. C’est assez simple. Pour le gaz de schiste, très diffus dans la roche, on procède par hydrofracturation. Il faut creuser verticalement entre 2 000 et 4 000 mètres sous terre puis horizontalement lorsque que l’on atteint la roche. Sous très forte pression, de gigantesques quantités d’eau et des produits chimiques sont envoyés pour faire éclater le schiste. Ce qui peut avoir d’énormes conséquences pour les milieux aquatiques, la chaîne alimentaire et la santé humaine. De plus, par ce procédé, on ne récupère qu’une faible partie du gaz, que certains chiffrent à 20 %.

• Vous évoquez également des nuisances environnementales...

Il faut un puits tous les 200 mètres. Et en admettant que le gaz soit extrait, des infrastructures colossales sont nécessaires pour le transporter, en particulier des routes d’une quinzaine de mètres de large pour la circulation incessante des camions.

• Comment s’organise la résistance ici, sur le plateau ?

Une prise de conscience a lieu. La mobilisation est en marche. Schuepbach energy a eu tort de choisir le Larzac. Ils étudient encore sur plan, mais s’ils venaient, je pense qu’ils seraient “reçus”. La lutte, ici, on connaît. Au niveau national, une pétition circule et les médias s’emparent du sujet. Sur les territoires concernés, les réunions d’information se multiplient. À Sainte-Eulalie-de- Cernon, une délibération du conseil municipal pointe les incompatibilités d’exploration avec la vie sur le plateau et demande un moratoire. Il est indispensable. Tout doit être mis à plat et une concertation très large doit être réalisée. Chacun doit se réapproprier le débat.

[Source : Midi libre]