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Les Tunisiens de Bolivar

La Mairie de Paris a non seulement demandé illégalement l’expulsion des tunisiens sans-papiers occupant son bâtiment du 51, avenue Simon Bolivar, dans le 19e, mais porté plainte contre ses occupants. Soumise à d’abondantes critiques, elle aurait finalement retiré sa plainte.

La question politique reste entière : Paris a-t-elle une municipalité de gauche, ou bien plutôt une mairie qui met en œuvre des politiques systématiquement anti-populaires – et doit par moments tenter de donner le change pour que ça ne se voie pas trop ?

Les démocrates tunisiens, pourchassés partout en France, n’auront ainsi pas trouver d’abri dans la ville de Bertrand Delanoë. On attend la suite. Embarqués, maltraités dans certains commissariats, frappés de multiples « arrêtés préfectoraux de reconduite aux frontières », qu’adviendra-t-il de ces sans-papiers ?

Les communes de gauche, comme Paris, seront-elles solidaires de la politique de l’Europe forteresse ? Ou bien faudra-t-il un soulèvement citoyen pour mettre un terme au racisme institutionnel, repris à tous les étages de l’administration vichysoise française ?

De toute évidence, ces sans-papiers ont raison : la France aussi a besoin d’une révolution démocratique.

Paris s’éveille

Arrestation des sans papiers occupant le 51 avenue Simon Bolivar : de qui la Ville de Paris est-elle “l’amie ?

Après avoir manifesté dimanche à l’occasion du Premier mai, 150 sans-papiers Tunisiens ont occupé, en compagnie de manifestants solidaires, dont des participants à la coordination des intermittents et précaires, un bâtiment vide appartenant à la Ville de Paris, 51 avenue Simon Bolivar dans le 19e.

Beaucoup d’entre eux venant de Lampedusa, dormaient dehors depuis des semaines, pourchassés quotidiennement par la police, qui organise régulièrement des rafles là où ils se retrouvent ou circulent (à Paris Porte de la Villette, aux 4 chemins, à Stalingrad ou métro Couronnes, tout comme à Nice, Marseille et dans différentes villes de France). Depuis plusieurs jours, à la porte de la Villette où beaucoup de tunisiens ont pris l’habitude de se retrouver, la dénonciation par la Ville de Paris de la politique gouvernementale à l’encontre des sans-papiers tunisiens s’était traduite par l’octroi de subventions à des associations chargées de dispenser des nuitées d’hôtels ou des denrées alimentaires, sans que l’errance, l’isolement et la vulnérabilité quotidienne y soient fondamentalement remis en cause.

En investissant le 51 avenue Simon Bolivar, une partie d’entre eux trouvaient un lieu où dormir, se retrouver et continuer à s’organiser collectivement face à la situation qui leur est faite. Lors de cette occupation, rapidement renforcée par l’arrivée périodique de nouveaux sans-papiers jusqu’alors isolés, se mettait progressivement en place l’approvisionnement, l’organisation des espaces, des réunions et des assemblées, la rédaction d’un premier communiqué le 2 mai, puis d’un second le lendemain, tout cela dans des conditions très précaires… Les principales revendications exprimées : « un lieu pour vivre et s’organiser » et « des papiers pour circuler et vivre librement ».

Le lundi matin, l’occupation est soumise à un blocus policier, blocus levé lorsqu’une négociation s’amorce avec la Ville de Paris, interpellée par cette présence dans ces locaux dont elle est propriétaire. La mairie propose tout d’abord 80 places en centre d’hébergement et 50 chambres d’hôtels pour une durée d’un mois. Puis, quelques heures après, modifie sa proposition : 40 places dans un centre d’hébergement (car Emmaüs ne voulait pas accueillir davantage de sans papiers Tunisiens) et 55 autres places dispersées. Ces deux propositions, quantitativement très insuffisantes, ont été étudiées avec attention par les sans papiers présents, mais ceux-ci ne souhaitaient pas perdre ce qu’ils venaient d’obtenir, une forme d’existence collective. Ils ne voulaient pas être séparés. Ils revendiquaient l’obtention d’un lieu pour tous, et ont donc refusé ces lits. Le lendemain la mairie proposa puis 100 place dans un même centre d’hébergement.

Vu le nombre de personnes qu’elle ne prenait pas en compte et sachant que ce centre était fermé de 9 à 17h, ce qui les condamnait à une dangereuse errance diurne à partir du VIIIe arrondissement et à des nuits encasernée, c’est après bien des hésitations et de longs débats que cette proposition a après été acceptée par les sans-papiers en lutte. Les menaces d’intervention policière exprimées par la ville de Paris et les « coups de pression policière » qui venaient leur donner consistance, furent pour beaucoup dans cette acceptation.

Mais, une fois adoptée, cette proposition engendra parmi les sans-papiers des heurts prévisibles, divisés qu’ils étaient alors par la nécessité de devoir constituer une liste qui excluait nombre d’entre eux. Beaucoup de sans-papiers considéraient qu’il fallait à la fois accepter ces 100 places et continuer la lutte en restant mobilisés au 51 avenue Simon Bolivar, plutôt que se trouver à nouveau isolés les uns des autres et à la rue.

Lorsque vers 20h arriva l’heure du départ au foyer d’hébergement de l’association Aurore du 8e arrondissement, celui-ci du s’effectuer par groupe de 25, en métro. Le premier de ces groupes à sortir dans ce but, constatant la présence de policiers sur le trajet, s’arrêta à 30 mètres de l’immeuble occupé pour exiger que la Ville s’engage à reloger le reste des occupants et à ce qu’il n’y ait pas d’intervention policière à leur encontre.

Le représentant de la Ville refusant de fournir une telle assurance, l’ensemble des occupants refusa de quitter les lieux, et seule une poignée de sans-papiers accepta de monter dans le bus finalement affrété par la mairie. Après les divisions de l’après-midi, l’arrivée d’un camion de pompiers venu descendre des occupants montés sur le toit poussa l’ensemble de ces derniers, cette fois déterminés et joyeux, à sortir manifester dans la rue en scandant « Papiers, liberté ! ».

Le lendemain, sans aucun avertissement préalable de la mairie, l’intervention des forces de l’ordre pour évacuer les occupants du lieu s’est effectuée à grands renforts de moyens (hélicoptère, gardes mobiles et autres effectifs policiers en grand nombre, et présence du ministre de l’intérieur Claude Guéant non loin de là).

Qui a fait arrêter plus d’une centaine de sans-papiers et a porté plainte contre eux aux motifs de « dégradation de locaux » et d’« occupation illégale » ? Qui donc est responsable des incarcérations en centre de rétention, des expulsions qui risquent d’intervenir à leur encontre, des arrêtés préfectoraux de reconduite à la frontière (APRF) qui leur sont notifiés, des « visas Schengen » probablement déchirés par des policiers comme ils le font lors d’autres arrestations, qui donc si ce n’est la mairie ?

« Cette intervention s’est faite à la demande de la Ville », comme le revendique explicitement son communiqué du 4 mai. Mais dans le même temps, la Ville pour tenter de se dédouaner ose l’imputer aux militants solidaires présents, dont certains se sont eux aussi retrouvés placés en garde-à-vue sans que l’on sache encore si ils seront poursuivis.

En appeler à une attitude digne vis-à-vis des sans papiers, se réclamer d’une « gauche humaine » et agir ainsi est l’indice d’une profonde duplicité.

Nous exigeons que la Ville retire la plainte posée à l’encontre des occupants de Simon Bolivar et demandons aux organisations, associations et collectifs soutenant les sans-papiers de prendre position.

Face à l’escalade de la xénophobie d’État, la solidarité concrète avec tous les sans-papiers Tunisiens est une nécessité. Ceux qui ont réussi à s’échapper et ceux qui se sont retrouvés depuis ont besoin de notre appui.

Exigeons ensemble la libération de tous les arrêtés du 4 mai, l’annulation de toutes les reconduites à la frontière et des APRF, ainsi que l’attribution de titres de séjour pour les sans-papiers.

5 mai 2011

La police évacue le 51 avenue Simon Bolivar occupé par des sans-papiers Tunisiens et Libyens

Résumé évolutif du déroulé de l’occupation, de sa fin et de ses suites, communiqués des occupants, liens et autres infos.

Peu avant d’occuper le 51 avenue Simon Bolivar, les sans-papiers Tunisiens et Libyens ont commencé à s’organiser collectivement en prenant part à la manif’ du 1er mai avec une banderole. Ni police ni charité, un lieu pour s’organiser !

Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, avait qualifié la réaction de l’État face aux migrants tunisiens de « minable » ; il a l’occasion de mettre ses actes en adéquation avec ces déclarations à propos des sans papiers tunisiens et aussi plus généralement : « Selon moi le bon candidat doit répondre à trois exigences : avoir un projet et une personnalité qui représentent un potentiel de changement vraiment à gauche, porter très haut le sens de la dignité, de l’Histoire, avoir le potentiel de rassemblement de la gauche, de toute la gauche, des écologistes, et des Français ».
(3 mai 2011).

Lundi 2 mai, la police a mis l’immeuble sous blocus. Les occupants appellent à venir sur place de suite.

13h30 : Des négociations sont en cours avec la Ville de Paris... Première victoire : le blocus policier est en train d’être levé.

Rassemblement de solidarité à 18h 19h. La Ville a proposé d’abord 40 chambres d’hôtel et des hébergements Emmaüs, puis 95 nuitées en 3 lieux ; après en avoir débattu, l’assemblée des occupants, considérant que cela ne permettait d’héberger ni les présents, ni les tunisiens à la rue, a refusé et maintient ses revendications. Les occupants restent dans les lieux.

Mardi 3 mai

La Ville a proposé ce matin de loger 100 sans papiers tunisiens dans un immeuble géré par l’association Aurore, une association qui s’est vu confier un grand nombre de marchés municipaux. L’assemblée des occupants discute actuellement de cette proposition.

15H Les occupants acceptent la proposition de la Ville soulignent, lors de la délégation, qu’une centaine de sans-papiers présents restent sans autre logement que le 51 avenue Simon Bolivar et appellent à un rassemblement de solidarité à 18h.

23h Malgré un dispositif policier sur les trajets possibles, les occupants ont été rejoints par d’autres sans-papiers venu de Porte de la Villette.

L’absence de réponse de la Ville pour les personnes non hébergées a fait qu’aucun occupant n’est finalement allé au foyer Aurore.

De plus, ce foyer est fermé la journée, les hébergés auraient du errer dans le 8e où il est situé, avec les risques que cela suppose.

Mercredi 4 mai : rassemblement de solidarité à 18h

Besoin de monde, nourriture, lait, jus de fruits, tabac, couvertures, duvets, matelas, vêtements et sous-vêtements pour homme, médicaments de base, serpillères, pelles, balais, seaux, sacs poubelle,

13h50 : La police est en train d’essayer d’évacuer les occupants, besoin de soutien sur place de suite !

Peu après : Avec de très gros moyens policiers : Gardes mobiles, hélicoptère, et Claude Guéant himself signalé au commissariat du 19e.

Les militants restés dehors ont pu contenir les gardes mobiles pendant un temps, mais ils ont quand même pu entrer en défonçant la porte.

Maintenant, les Tunisiens sont extraits du bâtiment, et mis dans des paniers à salade… on ne connaît pas leur nombre.

Des sans-papiers ont réussi à fuir.

Un bref récit illustré de l’opération policière : Le savoir-faire français

À 15h, 20 manifestants sont interpellés.

Une partie au moins des sans-papiers arrêtés sont au commissariat de la rue de Clignancourt

16H : Les sans-papiers arrêtés sont répartis dans les commissariait suivants :

80, avenue Daumesnil, 12e.

79, rue Clignancourt, 18e : 01 5341 5000

3, rue Eric Satie, 19e : 01 5556 5800

3, rue des Gâtines, 20e : 01 4462 4800

Appel à se rendre devant ces commissariats ou pour ceux et celles qui ne peuvent pas, à harceler par téléphone pour demander la libération de tout le monde !

Les 20 « Français » arrêtés sont passage Charles Dallerey, 11e

16h30 Rassemblement en cours aux commissariats Dallerey, Gambetta, Clignancourt

Prévenir tout sans-papiers qui sortirait de faire leur recours contre les APRF (arrêté préfectoral de retour à la frontière) dans les 48h, délai légal. De nombreuses tentatives d’expulsions échouent juridiquement, à Marseille (où il y eu de grosses rafles) et ailleurs.

AFP (À Fond, le Pipo...), 17h :

« L’évacuation »s’est faite à la demande de la Ville : ce lieu est reconnu comme dangereux et n’est nullement conçu pour servir d’hébergement« , a confirmé la mairie de Paris propriétaire de cet immeuble insalubre, situé à proximité directe du parc des Buttes Chaumont. »

En fait d’insalubrité il s’agit dune norme nouvelle de 2008 qui classe la peinture utilisée dans ce local -qui fut durant des années celui de la Direction de l’architecture, plutôt bien placée en matière de construction- comme « inflammable ».

En fait d’hébergement d’urgence, la Ville attribue les marchés à l’association Aurore, présidée par des membres du conseil d’administration de Vinci (foyer caserne, fermé le jour).

« La mairie de Paris a précisé qu’avant l’évacuation, »des élus et des représentants de la ville ont tenté de convaincre les ressortissants tunisiens présents de quitter le lieu pour rejoindre les hébergements« financés par la Ville. »

Elle [la V.P] a appelé l’État à « mettre en place un dispositif adapté à ces circonstances exceptionnelles, notamment en proposant une aide au retour revalorisée ». Cette aide au retour est de 300 euros, quand bien même elle atteindrait les 2000€, réclamés par certaines associations, ce n’est pas tout à fait pour une telle pécadille qu’on risque sa peau, la prison, etc., spécialement lorsque l’on vient, par exemple de la région de Sidi Bouzid, épicentre du soulèvement tunisien qui accueille actuellement des centaines de milliers de réfugiés Libyens pendant que l’Otan bombarde cette dernière et que l’on a manifesté ici en affichant :

« Nous avons fait une révolution démocratique, » et « nous venous vous aider à faire pareil » !

18h30 : à Clignancourt, une partie de sans papiers arrêtés a été transférée on ne sait où...

Un rassemblement est en cours devant le commissariat Gambetta

La préfecture annonce 138 interpellations, dont on ne sait combien de sans papiers.

1er communiqué des occupants du 51 avenue Simon Bolivar (2 mai)

Le Collectif des Tunisiens de Lampedusa à Paris occupe depuis ce 1er mai à minuit l’immeuble appartenant à la mairie de Paris se situant au 51 avenue Simon Bolivar à Paris 19e.

La mairie de Paris a plusieurs fois exprimé son soutien aux tunisiens récemment arrivés à Paris.

Nous vivons dehors, passons de 24 à 36 heures sans fermer l’œil, nous avons peur, nous avons froid, nous avons faim et manquons de tout les besoins fondamentaux de la vie quotidienne. Malgré ces conditions difficiles nous restons dignes.

Le Collectif des Tunisiens de Lampedusa à Paris demande pour nous tous au maire de Paris un lieu pour vivre ensemble et nous organiser.

Nous resterons ici même tant qu’une solution satisfaisante ne nous sera pas proposée.

Des papiers pour circuler et vivre librement !

Nous appelons tous ceux qui veulent nous soutenir à se rassembler devant le 51 avenue Simon Bolivar dès ce matin du lundi 2 mai, 6h.

Contact : collectifexclulampedusa@yahoo.fr

Union syndicale Solidaires :

Les opérations de police de M.Guéant contre les migrants tunisiens, égyptiens et libyens sont inacceptables et indignes. Les droits de l’homme et le droit d’asile sont bafoués par ce gouvernement. Ce dernier n’a de cesse de mener une politique anti immigré-es et de coller à l’idéologie nauséabonde du Front National.

Les peuples arabes en lutte pour la démocratie et la liberté méritent respect et dignité, et sont en droit d’attendre notre solidarité lorsqu’ils viennent en Europe.

L’union syndicale Solidaires, avec les associations de migrants, mettra tout en œuvre pour apporter aide et soutien à toute personne victime des rafles du gouvernement Sarkozy.

[Source : CIP-IDF]