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Expulsion illégale à Montreuil. Samedi et dimanche, une série d’attaques successives sur le squat la « MQP », par des sbires avec barres de fer, et tout l’attirail – jusqu’à un pavé, sur la figure d’un occupant – aura abouti à l’expulsion sans aucun titre de deux maisons occupées et habitées y compris par une famille avec bébé.

Et tout ça, la police présente !

Ci-dessous deux compte-rendus, l’un de samedi, l’autre de dimanche.

S’il devait y avoir des suites judiciaires – et ça serait la moindre des choses –, il faut bien sûr que les hommes de mains soient mis en examen pour leurs actes de violence, et que leurs commanditaires – y compris présents sur les lieux, si on comprend bien – en répondent également. Mais, de toute évidence, un deuxième volet concernant la complicité de la police et des autorités municipales de Montreuil mériterait tout autant d’être examinée.

Le fait que le deuxième compte-rendu soit l’œuvre d’un ancien adjoint au maire, s’il laisse songeur, n’indique pas moins que ces deux jours de violences n’ont pas pu passer inaperçus, ni des autorités municipales ni de la police, ni même des autorités préfectorales.

Un juge de référé devrait, pour commencer, ordonner dans l’urgence la réintégration des personnes ainsi indûment expulsées, et même la remise en l’état de ce qui a été saccagé, et ce aux frais de ceux qui ont pu se prétendre propriétaires et ont en tout cas manifestement eu la responsabilité de l’opération.

D’autres procédures, y compris pénales, sont certes à envisager de même.

Mais, au fond, la responsabilité politique engagée doit répondre devant les électeurs.

Tout le problème de Montreuil réside dans le flou artistique entretenu à tous les niveaux de l’administration municipale – et ce dès le règne du précédent maire, le communiste Jean-Pierre Brard. Sous ce flou, une constante, reprise sans détour par l’écologiste Dominique Voynet : « communiste » ou « écologiste », il ne s’agit que de faire de l’immobilier. La surface de la commune est grande – et il y en a, des affaires à faire, sur des terrains petits, moyens ou grands.

Et pour ça, tous les moyens sont bons. Des roms ou des squatteurs gênent ? Tous les moyens sont bons. Tous les moyens, qui vont de l’usage de vigiles ou de miliciens les plus brutaux jusqu’à la patiente et infinie diplomatie associative, telle que toute la ville se retrouve dans ses mailles, y compris des roms et des squatteurs, suffisamment pour qu’aucun front politique cohérent puisse jamais apparaître.

Du grand art pour de petits intérêts.

Mais, encore une fois, dans une affaire comme celle de l’expulsion de ce week-end, il faudrait d’abord que justice se fasse. L’ancien adjoint de mairie, récemment démissionnaire, auteur du compte-rendu ci-dessous semble bien se proposer pour témoigner – et dit même avoir relevé les numéros des plaques de voitures des agresseurs.

C’est donc à la police et à le justice de faire le travail. Et à la police des polices. Aux victimes de porter plaintes. Au procureur de poursuivre. Aux témoins de témoigner et aux agresseurs de répondre. À la justice de se faire.Et au peuple de Montreuil de demander des comptes.

Paris s’éveille

L’État de droit bafoué à Montreuil

Aujourd’hui, dimanche 24 juillet, s’est déroulé à Montreuil une scène hallucinante. Il était 13h-13h30, au 74, rue des Caillots.

Cette adresse est un des lieux squattés par de jeunes militants politiques, précaires et chômeurs. Il s’agit d’une parcelle toute en longueur, avec deux petites maisons. Le propriétaire était une personne âgée, hospitalisée. Ce squat existe depuis un certain temps, l’un des jeunes occupants disposant de preuves de cette occupation. Ce bien a été revendu, suite apparemment à la mise sous tutelle du propriétaire. Et c’est là que les choses se compliquent.

Soyons précis. En cas de squat, la loi est claire. Soit les occupants sont chassés du lieu avant qu’ils n’aient occupés avec preuve le bien au moins 48 heures, soit il faut s’adresser à un juge, et agir dans le cadre de la loi, qui en France protège la propriété privée. C’est long, pas simple, mais ce sont les démarches légales dans un État de droit.

Eh bien, dans ce cas d’espèces, le propriétaire se moque des lois. Pire encore, il reçoit le soutien implicite de la police pour perpétrer ce qui constitue une agression caractérisée et commettre des voies de fait sur des personnes.

Ce monsieur, après deux visites très musclées hier samedi, et ce dimanche matin, est réapparu sur place, escorté d’une bonne douzaine de personnes, toutes armées de barres de fer, manches de pioche, masses, pied de biche. Et là, la violence a été immédiate, totale et injustifiable. Plusieurs occupants ont été gazés, blessés à la tête, dans les côtes. Les lieux ont été saccagés, le compteur d’électricité arraché. Des menaces de mort ont été proférées... Les voisins étaient choqués, par ce qu’ils voyaient.

La police, arrivée dans les 20 minutes après le début de l’attaque, s’est bornée à protéger ce groupe ultra-violent d’assaillants, omettant même de les désarmer et d’aller voir ce qu’ils réajustaient parfois sous leurs maillots à leur ceinture. Ils ont ainsi pu finir d’arracher le grillage, le compteur électrique, proférer menaces et insultes... Les policiers ont ramené ces gens à leurs véhicules, ont protégé leur départ, et sont repartis à d’autres occupations... Hallucinant, je n’avais jamais assisté à une telle violence, ni à un tel déni de la notion d’ordre public.

Mais qui sont ces assaillants ? L’un d’eux a exhibé un titre de propriété, qui indique quand même que le bien est libre de droit, c’est-à-dire sans occupants... Cette personne s’appelle Hafid Hafed, habite Montreuil (le quartier de la Boissière), et agirait au titre d’une société à actions simplifiées (forme peu habituelle...) dénommée IAD France. Il en serait le directeur de la branche de Seine-Saint-Denis. Un autre personnage de cette entreprise, non présent cet après-midi (ou alors sous une capuche et derrière des lunettes noires) mais s’étant présenté lors d’une des deux visites pas plus courtoises précédentes, se nomme Mehdi Ibanez. Il serait agent commercial. Qui sont ces gens, qui agissent avec une telle violence, en toute impunité, devant les forces de l’ordre ? Pour qui travaille et roule cette société au statut si étonnant pour travailler dans l’immobilier ? D’où viennent leurs fonds ?

Autre élément étonnant. Durant les 20 minutes d’ultra-violence, ils ont claironné qu’ils connaissaient Brard, l’ancien maire. Info ou intox ? Tentative de manipulation, de brouillage ? En tout cas, aucun membre de la municipalité n’était présent, le maire-adjoint de permanence n’était pas présent, la direction de la tranquillité publique pas présente, d’habitude là avant... Encore plus sidérant, aucune autorité visible dans les effectifs de police, pas un capitaine, pas le commissaire de permanence...

Les papiers des agresseurs n’ont pas été contrôlés, ils n’ont pas été fouillés, les numéros des 4 véhicules n’ont pas été relevés. Je tiens à apporter ma contribution au maintien de l’ordre : j’ai relevé les 4 numéros, j’ai bien identifié tous les visages...

J’ai essayé d’appeler des élus, la mairie... Rien, pas une réponse.

Pour finir, les agresseurs sont partis rapidement, escortés par la police. Ils avaient, disaient-ils, deux autres lieux à traiter... Je ne sais pas si c’est à Montreuil.

Dorénavant, le mot « milice » s’écrit au pluriel à Montreuil. Mais l’affaire ne va pas en rester là. Parce que l’État de droit, c’est la seule chose qui nous sépare de la barbarie. Et aujourd’hui, les barbares ont fait la démonstration à Montreuil que tout peut basculer très vite.

La suite ?... Vous la lirez ici, le plus vite possible. Tous ceux d’entre vous disposant de photos, de vidéos peuvent me contacter, j’ai alerté sur place l’AFP et Le Parisien.

et le récit des événements de la veille, samedi

Indymedia Paris, le 24 juillet 2011

Hier, Samedi 23 Juillet, le squat dit « la MQP » a été pris d’assaut par une troupe d’hommes commandés par un type se disant le nouveau propriétaire. N’étaient alors présents dans la maison qu’un couple et leur fils d’un an. Les assaillants ont pénétré dans les lieux, y détruisant le maximum de mobilier (vitres, portes, meubles, cuisine, compteur EDF…).

De nombreuses personnes ont naturellement accouru sur place, ce qui eut pour effet de faire partir les assaillants. Mais pour un temps seulement, car depuis hier ils reviennent régulièrement et les attaques se font de plus en plus violentes. Il n’y a aucun dialogue possible.

Pour exemple, un rendez vous était fixé aujourd’hui, dimanche 24 Juillet, entre les habitants et le soi-disant propriétaire : les habitants qui s’y sont rendus se sont fait frapper. Après quoi la petite armée est revenue devant la maison, l’attaquant sans discontinuer pendant une demi-heure sous le regard complaisant des policiers. Résultat de cette dernière attaque : un camarade a reçu un pavé dans le visage : il est à l’hôpital et a très certainement le nez cassé ; une employée de la mairie venue sur place à titre personnel s’est faite gazer et porte plainte.

Notons qu’en repartant, le convoi automobile des assaillants était escorté par les flics, ce qui renforce l’hypothèse d’un coup monté en collusion avec des responsables montreuillois.

Il n’y avait et il n’y a toujours pas de procédure pouvant justifier l’expulsion de la MQP. De plus, l’homme qui se dit propriétaire n’a montré aucun titre de propriété jusqu’à présent. Ce dernier travaille en fait pour I@D (Immobilier @ Domicile) , un gros groupe immobilier. I@D se présente comme une agence virtuelle. Leur argent cependant n’est pas virtuel, et les hommes qui les accompagnent ont été vus recevant des billets pour leurs bons services.

Leur chef et patron menace verbalement d’autres squats de Montreuil. Des nouvelles suivront bientôt.