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Occupante de la Bourse du travail, Madame M. vient de Côte d’Ivoire. Elle vit en France depuis 2003.

Les Français chez nous ils sont dans les quartiers huppés. Ils ont des belles maisons, des voitures… Mais il n’y en a pas beaucoup qui apprennent la langue, hein ! Nous on a été colonisés, tout le monde connaît un peu de français.
On peut toujours discuter, mais on reviendra toujours au mot : papiers.
On n’a plus de force.

Si je dis que je suis sans-papiers, je ne sais pas comment les gens vont réagir.

Malgré ce que je vis ici, j’ai une certaine moralité. C’est pas facile de dire : « Je veux travailler mais je n’ai pas de papiers. » C’est la crainte : je ne sais jamais comment réagira la personne.

J’ai travaillé. J’ai gardé des enfants. Mes patrons étaient très contents de moi.
On a fait connaissance et c’est parti. J’ai travaillé chez eux de 8h30 à19h30 tous les jours pendant deux ans. Je touchais 1400 euros de paie. Mais la personne qui touchait mon salaire ne me remettait jamais la totalité. C’était une femme en situation régulière avec une carte de dix ans. Elle me donnait 500 ou 600 euros. Jusqu’à ce que je me dise : « Je n’en peux plus. » J’ai arrêté de voir cette femme, elle m’a crée trop d’ennuis.

J’ai arrêté. J’ai eu du mal à les quitter. Le jour où je leur ai dit que je voulais arrêter, ouh là là !!!

Ma patronne m’a dit : « Pourquoi voulez-vous me lâcher ? Les enfants vous adorent, vous êtes leur première maman, puisque je ne suis jamais là. Je ne sais même pas comment mes enfants mangent. Je vous paie le billet d’avion si vous voulez aller en vacances au pays. Je vous fais confiance. » J’ai dû jeûner toute la journée pour avoir le courage de lui dire que j’arrêtais de travailler chez elle.
Ils ne trouvaient pas quelqu’un d’autre. Elle m’a dit : « Puisque vous voulez partir, je vous fais une référence en béton… »

J’aurais voulu lui dire mais je n’ai pas pu.

J’ai pu encadrer les enfants parce que j’étais institutrice en Côte-d’Ivoire. Ils sont pourris gâtés. J’étais instit donc j’ai aidé les enfants. Même à l’école ils me l’ont dit : « On sent qu’ils sont repris. »

Quand le temps aura passé, je lui expliquerai. Ils m’ont fait un album de photos. Quand la petite m’a appelée, j’y suis allée. C’était dur. C’est le cœur serré que j’ai dû lâcher mon boulot.

Là je ne fais rien, faute de papiers. Depuis mi-janvier, je dors au 115.

Je suis là depuis le début mais je ne dors pas là en permanence, parce qu’il fait très froid.

J’ai travaillé, mais ça c’est pas bien passé, j’ai du décroché, en ce moment j’ai rien du tout. Je lutte avec les camarades en espérant avoir les papiers et travailler dans de meilleures conditions

- Dans quel secteur travailliez-vous ?

Aide à domicile, garde d’enfants. Je travaille avec les papiers d’une amie, mais là aussi il y a de l’exploitation dans tous les domaines, j’ai jamais eu le fruit de mes efforts, j’ai du raccrocher j’ai laissé tomber. Et aussi parce que je me sens pas bien.

- Et quand vous dites qu’il y a de l’exploitation, vous voulez dire que vous étiez vous étiez mal payée ?

- J’étais bien payée par l’employeur, mais je ne recevais pas mon argent étant donné que je n’avais pas de papiers. La personne elle prend, et je ne reçois rien en retour. Vous comprenez un peu ? sur 1200 euros, elle vous donne 300 euros, et le 20 du mois elle vous donne 100 euros. Qu’est ce que vous allez vous plaindre ?

Elle garde mon argent. Si tu ne perçois pas tout, c’est difficile. Donc j’ai essayé un an deux ans, trois ans, j’ai craqué j’ai raccroché.

Et le boulot il est pénible. Les enfants le ménage, les accompagnements scolaires. C’était très difficile pour moi.

À qui tu vas te plaindre ? Pourquoi parce que tu n’as pas de papiers, tu es livré quoi. L’employeur, les camarades, tout est difficile. Moi je vous le dis, je pète les plombs. Je préfère ne plus rien faire, attendre que dieu fasse le reste. Sinon je ne comprends pas. Je ne sais pas ce qu’il y a à faire.

Être dans la lutte, ça me rassure un peu, parce que j’étais très stressée au départ. Quand on entend tout, les arrestations là, c’est très difficile. Moi j’ai eu un souci de santé, c’est pour ça que je suis venue en France. Mais je ne savais même pas qu’il y avait un souci de papiers pour pouvoir se soigner et tout. Certes on arrive à se soigner mais le quotidien est difficile.

Non, jamais. J’ai mon frère ici, mais peut-être il n’a jamais voulu ns dire la réalité. Mais les gens ne racontent pas. Je comprends maintenant que je suis ici, même si tu racontes certaines choses au pays, on ne te croira pas. Toi tu es là-bas, pourquoi tu veux que je reste ?

Jamais entendu parler. J’ai plusieurs années de service dans l’administration, si j’avais su je ne serais jamais venue. Et puis je n’étais pas venue pour rester. J’étais institutrice. J’ai eu des soucis, des soucis... J’attends une intervention chirurgicale, j’en ai déjà subi six ! C’est pour ça que je suis là.

- Vous préféreriez rentrer ?

Oui, mais avec un peu de moyens, quand même. Certes tu es resté, tu as fait tant d’années, tu as perdu ton poste là-bas, et ici t’as plus rien. Donc j’ai pas le choix. Vs comprenez ? Après six ans, t’as pas travaillé, et puis tu rentres chez toi. Dans quelles conditions. Tu as tout bradé pour arriver.

- Comment faites-vous pour vous loger ?
Depuis le début du piquet de grève je dors ici. Mais avec les grands froids, et j’ai un souci de santé. Ici on ne peut pas prendre de douche, c’est très compliqué pour les femmes, il y a pas de salle de bains, l’eau est gelée, donc j’ai appelé le 115, je me débrouille comme ça. Le soir je dors à l’hôpital, je mange dans les associations de femmes.

- Un sans-papiers pour moi, c’est un moins que rien, parce je ne sais même plus dans quelle fourchette le situer. T’as pas de papiers, tu vaux rien, on te montre t’es un clandestin, t’es n’importe quoi à la télé. Mais je me dis celui qui est arrivé ici, c’est pour avoir un avenir meilleur, qui s’est battu pour arriver ici. Nous dans nos pays, on respire, on vit, mais dans quelles conditions ? On dit qu’on donne de l’argent dans les pays sous développé, mais cet argent, le peuple n’a pas les retombées. C’est les dirigeants, ça rentre dans les caisses de l’Etat, , c’est les détournements. Derrière chaque individu qui se trouve ici y a plusieurs familles qui mangent avec ce qu’on peut envoyer. Mais on n’a pas de papiers. Deux ans, trois ans, dix-neuf ans, et on te dis : tu rentres chez toi. Tu rentres comment ? C’est le déshonneur, c’est… je ne sais pas. On parle d’humanisme, c’est aussi aider qqn à avoir les papiers et pouvoir vivre dignement. C’est ce qu’on souhaite.

- L’image des sans-papiers dans les médias ça me traumatise, moi. J’ai jamais vu ça dans mon pays avant d’arriver ici, sinon je ne serai pas arrivée. Voilà.

Je suis venue deux fois en France avant de rester ici, j’ai vu des gens qu’on expulsait, mais je ne savais même pas pourquoi. J’ai vu j’étais choquée, des gens cherchaient à filmer, des gens st allés se plaindre à l’aéroport, mais je ne savais pas ce que ça représentait., et pourquoi on les faisait partir, parce que le mot, je ne l’avais jamais compris. C’est quand j’ai résidé ici que j’ai compris ca. Voilà.

- Est ce que vs trouvez qu’on explique bien la situation des sans-papiers dans les médias ?

- Non, on n’explique pas bien. Si on expliquait bien ; il y a des gens, des soutiens des humanitaires, ils seraient de notre coté. Même peut-être le gouvernement ou certaines personnes qui tiennent compte que c’est des cris d’alarme, que c’est la misère qui pousse les gens à être là. Certes, ils disent qu’ils peuvent pas porter toute la misère du monde, ms on ne leur demander pas de porter toute la mis du monde. Mais aider ces gens à pouvoir vivre, à pouvoir avoir un peu. Mais sinon ce qu’ils emmènent là bas c’est pas pour nous.

Mais l’image qu’on a à la télé, c’est pas bien. On n’explique pas aux Français les conditions dans lesquelles on vit. Sinon je pense qu’ils seraient de notre coté. Ils ignorent beaucoup de choses quand même parce que c’est des gens bien. Moi je peux comprendre que le 115 pt prendre qqn quil connaît pas, il mange il dort au chand. En même temps, ils peuvent tendre la main de toutes les façons.

- Vous pensez à quoi quand vous entendez « France, pays des droits de l’homme » ?

- Ben, c’est pour ça je suis un peu perdue, je ne comprends pas. ,Si c’est vraiment les droits de l’homme, ils doivent pouvoir comprendre et pouvoir nous aider aussi. J’ai vu la France à la télé, je n’ai jamais pensé résider là. Je suis venue par souci de santé. J’ai fait des demandes de papiers, une fois, deux fois chaque fois j’ai été rejetée. Tous les dossiers que je montre, on me dit : tu peux être soignée chez toi. Si je pouvais le faire ; je serais restée là-bas. Non seulement je n’ai pas la possibilité, mais je suis déjà là. Qu’est ce qu’il faut faire pour ces personnes ? On ne parle pas de ceux qui ne sont pas rentrés. Ils parlent de sécuriser les frontières. S’ils s’y prennent bien, les gens ne rentreront pas.

Mais ceux qui sont là, comment est-ce qu’ils vont régler notre cas ? Ce sont des personnes, ce sont des hommes comme tous et toutes.

Le Français, il se sent bien chez lui. Vous allez en vacances chez nous, parce ça vous plait de sortir de chez vous pour aller voir autre chose. Vous avez le choix. Mais nous on n’a pas le choix. C’est la misère qui nous attire vers là. Mais quelqu’un qui vient où il se sent bien, on lui dit : je t’attache et je t’expulse.

Qu’est ce qu’on appelle droits de l’homme dans ce cas ? Dans mon pays, on n’a jamais montré un français comme un clandestin. Jamais. Quel que soit qui se passe, on ne parle jamais de papiers. Il y a eu la guerre, il y a eu des soucis, mais ça n’a rien à voir. Moi quand on parle de droits de l’homme, j’aimerais un peu de générosité, d’humanisme, envers les sans-papiers.