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Ci-dessous quelques textes, dont un communiqué d’élus du XXe en désaccord avec la maire, également élue. Elle est socialiste, eux sont d’Europe écologie ou du Parti de gauche.

Ils ne seraient pas d’accord au sujet de ceux qu’on appelle les biffins, ou marchands à la sauvette. Présents dans le XXe arrondissement depuis des temps immémoriaux – et sans aller si loin, je peux témoigner en avoir été dans ma lointaine jeunesse, en 1977-78 –, ils sont aujourd’hui persécutés, en particulier depuis l’élection de Madame Calandra à la mairie d’arrondissement. Dès lors, aussi bien Porte de Montreuil qu’à Belleville, s’est installé une sorte d’état de siège par éclipses, où alternent vendeurs et CRS.

Ne jetons pas la pierre à Calandra : c’est en accord avec les maires des arrondissements voisins, du 10e, du 11e et du 19e, qu’a été réclamée, et obtenue, une brigade spéciale de 25 policiers destinés à simplement empêcher la vente à la sauvette à Bellevile, au carrefour de ces quatre arrondissements.

C’était en janvier. Nous étaient expliqués alors les horaires et comment s’organiserait cette présence. Comme deux ou trois policiers suffisent généralement à faire s’évaporer le plus imposant marché de biffins en quelques minutes, on pouvait s’attendre à ce qu’une telle mobilisation soit particulièrement radicale. Il y avait lieu de s’inquiéter que cette brigade, n’ayant plus de biffins à chasser (qui se seraient rabattus sur n’importe quelle autre partie de la ville), devienne un danger permanent pour les sans-papiers.

Il n’en a rien été. Aussitôt cette brigade instituée, on a pu assister à… un spectaculaire gonflement de ce marché à la sauvette, envahissant le trottoir central du boulevard de Belleville avec une telle densité que cela en est devenu absurde pour les marchands eux-mêmes et leurs éventuels clients.

Hasardons ici une hypothèse : loin de se consacrer à sa mission infâme de chasseuse de pauvres, cette brigade se serait appliquée en fait à… les rabattre… Pourquoi ? Eh bien, pour amplifier le problème, pour le rendre criant !

Le phénomène est d’autant plus curieux qu’en mars était votée l’article 90 de la Loppsi, qui pénalise les marchands à la sauvette à hauteur de 3750 euros d’amende et 6 mois de prison, s’ils sont seuls, et… 15 000 euros d’amende et un an de prison, dès lors qu’ils sont en groupe (ce qui est toujours le cas).

Bien heureusement, ces dispositions seraient encore lettre-morte. Trop monstrueuses pour être appliquées ? Peut-être. Mais surtout, le Préfet Gaudin observe avec gourmandise la situation dégénérer, et y contribue autant que faire se peut, dans l’espoir de voir la gauche se déchirer… avant d’en appeler à lui !

Au passage, qui sait, cela pourrait alimenter un peu de vote d’extrême-droite… Ainsi serait comblé notre Préfet sarkozyste.

Au résultat, avec la meilleure volonté du monde, la gauche de la gauche, Verts et mélenchonistes, se rassemblent dans un mouvement dit de « soutien aux biffins » dont l’objectif proclamé est une « régulation » – de ce qui, par définition, est irrégulier... On en appelle aux travailleurs sociaux, on obtient de la région des budgets pour organiser des « carrés de biffins », sortes de réserves « légales » où les irréguliers seraient régulés, pris en charge, contrôlés, encadrés…

Un de ces « carrés » existe, porte de Clignancourt, avec cent places… pour un petit millier de marchands à la sauvette qui se retrouvent quotidiennement dans ce secteur. L’ambition serait de créer ainsi d’autres marchés « régulés » – une expérience semblable serait en cours à Toulouse. Cent places par-ci, cent places par-là. Ainsi, on protégerait certains de la barbarie sécuritaire. Et un ordre nouveau idéal se substituerait au désordre ancien...

Lorsqu’on hasarde ces remarques sur un trottoir de Belleville, on se fait interpeller avec véhémence : et vous, que proposez-vous ?

Répondons en deux mots : déjà chasser les flics de Belleville. Ils y sont en trop. Menace permanente pour ces autres irréguliers (souvent les mêmes) que sont les sans-papiers. Laisser vivre les marchands à la sauvette.

Il y aurait des problèmes de convivialité ? Certains s’installeraient devant l’entrée des maisons ou devant les commerces ? Bien sûr, cela n’a pas lieu d’être, et il suffit de s’expliquer entre humains pour que ces problèmes se règlent.

Le terre-plein de Belleville deviendrait un marché permanent, comme les abords du marché au puces de la Porte de Montreuil ? Soit.

Le trottoir serait sale ? Les services municipaux savent très bien comment le nettoyer après le marché. Des budgets comme ceux qu’on prévoit pour les « carrés de biffins » serait utilement consacrés à de telles fonctions d’utilité publique.

Il faudrait de l’assistance sociale pour ces plus pauvres des plus pauvres qui sont réduits à ce micro-commerce ? Oui, probablement, comme pour les pauvres en général, et plus particulièrement pour les plus pauvres des plus pauvres, bien sûr.

Leur nombre se multiplie avec la crise ? Eh oui. D’une part, on est de plus en plus nombreux à en être réduits aux dernières extrêmités, d’autre part, il y a de plus en plus de clients pour acheter au moins cher du moins cher, de même que nombreux sont ceux, avec logement et travail qui demandent le secours des soupes populaires et autres Restaus du cœur, simplement pour pouvoir payer leur loyer – et ne pas être expulsé, et ne pas se retrouver à la rue…

Il faudrait avant tout, dans une ville comme Paris, s’attaquer au problème des loyers. Une ville ne peut pas rester une ville, c’est-à-dire le lieu où tous se retrouvent, riches et pauvres, venus de près ou de loin, pour travailler ou pour s’amuser, si la moitié de ses richesses s’absorbent dans la pierre.

Les politiques municipales qui tendent simplement à l’enjolivement de la ville – considérant que c’est l’argument électoral le plus simple – sont juste un peu trop simples, et pas du tout de gauche, car elles militent ainsi à l’embourgeoisement de la ville – c’est-à-dire exterminer sa diversité.

Face à des politiques si violentes, il est normal que des désordres apparaissent. C’est d’auto-défense qu’il s’agit. Et ces désordres, pour être supportables, ne demandent qu’un peu de tolérance mutuelle, et du bon sens.

Un dernier argument : on nous dit que les commerçants seraient mécontents de cette concurrence sauvage… C’est sûrement vrai pour le « tout pour rien », ou « tout à un euro », qui trône sur le boulevard. Il n’est pas sûr pour autant que cela soit lui qui se plaigne. Au contraire. Quant aux autres, sérieusement, ils estiment que les marchands à la sauvette leurs font de l’ombre ? Ils auront oublié de se plaindre des grandes surfaces – sans parler des hyper-marchés, du Carrefour de la Porte de Montreuil et de je ne sais quoi encore. Ou plus simplement de leurs voisins. Le commerce, c’est la concurrence. Eux-mêmes, lorsqu’ils ont ouvert, n’ont-ils pas enlevé des clients à leurs voisins ?

Taper sur les plus faibles, considérer qu’ils doivent être encadrés, contrôlés, ou chassés… Ce n’est certes pas une voie pour quoi que ce soit sauf à se résigner au pire… le merveilleux monde sécuritaire qu’on nous promet, auquel il est toujours temps de dire non.

Paris s’éveille

tract d’appel aux biffins

Biffins et vendeurs à la sauvette venez à la réunion

le 24 mai à 19h à La Maison du Bas-Belleville

126 bvd de Belleville, 75020 Paris

NON à « Loppsi 2 » : Une nouvelle loi honteuse et inacceptable qui condamne tous vendeurs à la sauvette à 6 mois de prison et 3750 euros d’amende.

Pourtant la vente d’objets de récupération est écologique, sociale et économique.
Face à cette répression inacceptable il est temps de vous organiser pour la création d’espaces légaux pour les biffins.

Pour écouter les autres vendeurs, leurs demandes et souhaits (formation, travail,…)
Pour rencontrer les élus, pour qu’ils organisent d’autres marchés légaux avec vous.

Alors unissons-nous et créons le 1er marché sauvage organisé.

Pour cela des habitants et un collectif de soutien sont prêts à vous aider.

Communiqué de Presse

Europe Ecologie - Les Verts du 20e, Parti de Gauche 20e, et de leurs éluEs.

Comment vivre, ensemble, à Belleville ?

Mardi 10 mai, se tenait la réunion plénière du conseil de quartier Belleville, dans le 20e arrondissement. Une audience nombreuse, d’environ 200 personnes, s’est rassemblée pour interpeller la Maire du 20e arrondissement au sujet des marchés sauvages du boulevard de Belleville.

Face à l’exaspération légitime des habitants, des associations de riverains et des commerçants due aux nuisances qu’ils subissent depuis de longs mois, Mme Calandra, a dénoncé l’inaction de l’État et sa responsabilité dans la dégradation de la situation, tout en appelant à une manifestation réclamant des CRS en permanence sur le boulevard de Belleville (présence policière « de dissuasion » selon elle, qui permettrait de régler le problème du marché sauvage de Belleville, comme elle l’aurait réglé Porte de Montreuil).

À un biffin qui lui rappelait qu’ils étaient les descendants des anciens chiffonniers, Mme Calandra a rétorqué : « Les chiffonniers étaient le rebut de la société, rejetés par les bourgeois au delà des fortifications ; dans la zone ils vivaient sur des tas d’immondices avec leurs enfants, c’était monstrueux. » Et répondant à un membre du collectif de soutien aux biffins, elle lui a indiqué qu’il avait beau jeu de prétendre « recueillir la parole des Biffins » « Mais quel biffin, ici ? Il n’y a pas trois personnes qui parlent la même langue ! ». Reprenant à son compte l’exaspération d’une riveraine, Mme Calandra s’est écriée : « On est habitué à la solidarité c’est vrai, mais on n’est pas le paillasson sur lequel on peut s’essuyer les pieds. » Enfin, elle a prétendu qu’on ne pourra pas rendre de dignité aux vendeurs précaires qui tirent leurs revenus des objets usagés de nos grandes villes puisque « il n’y a aucune dignité dans la misère ».

Nous, Europe Ecologie - Les Verts du 20e et Parti de Gauche 20e sommes choqué/es par la teneur sécuritaire de ces propos et par ce qu’ils peuvent produire dans les consciences. Attiser le rejet de l’autre parce qu’il est plus pauvre est contraire aux valeurs républicaines de solidarité et de fraternité que doit porter la Gauche et notre municipalité.

Nous sommes en désaccord avec Madame la Maire dès lors qu’elle bloque toute possibilité de dialogue alors que ce sujet est suffisamment grave pour que nous y travaillions ensemble : riverains, associations, élus et biffins.

Nous ne nous satisfaisons pas d’un discours qui institutionnalise l’impuissance du politique, dont le rôle, de notre point de vue, est plus de chercher à résoudre les contradictions de la société que d’attiser les conflits et s’en remettre aux seules forces de police. La dérive sécuritaire qui s’empare d’une partie de la classe politique (lois de plus en plus répressives, criminalisation de la misère, loi LOPPSI 2 etc.) est une impasse dont les victimes seront à la fois les biffins et les riverains.

Nous voulons réaffirmer que ces travailleurs pauvres, installés pour le moment de façon illégale et sauvage, ont droit à plus de dignité dans l’exercice d’une activité qu’ils choisissent par nécessité de survie. Ces vendeurs-récupérateurs ne pourraient pas s’installer dans le 7e arrondissement, sur l’esplanade des Invalides, comme cela a été proposé, car les acheteurs à faibles revenus qui fréquentent ces marchés se trouvent dans les quartiers populaires.

La préfecture de police a tenté de mettre en place depuis un an une Brigade Spéciale de Terrain, avec le résultat et la faible efficacité que nous connaissons. Nous ne pouvons laisser croire que la présence de CRS (quand bien même nous les obtenions en grand nombre) réglerait le problème durablement. Au mieux, elle permettrait au quartier de souffler quelques mois. Les marchés de la misère existeraient encore, mais plus loin, dans un autre quartier et nous n’aurions rien réglé. Dans ces conditions, et quand les CRS devront quitter les lieux, que proposera Mme Calandra au quartier Belleville ou de la porte de Montreuil pour les prémunir d’un inéluctable retour des marchés sauvages. Nous considérons au contraire qu’il est de la responsabilité des élus d’organiser, de réguler, d’encadrer et d’accompagner ce qui se passe sur le territoire qu’ils ont en responsabilité.

Nous savons, pour y habiter aussi, à quel point la situation des habitants du quartier Belleville, comme ceux des Portes de Montreuil ou de Bagnolet est exaspérante et intolérable (monceaux de déchets abandonnés sur les trottoirs, difficultés à sortir du métro et à circuler...). Nous ne pouvons donc pas non plus cautionner le statu quo car tels qu’ils existent actuellement ces marchés laissent la violence et la loi du plus fort exercer leurs ravages.

Nous sommes convaincus que d’autres solutions sont possibles comme, par exemple, des espaces de vente pour les biffins, régulés et accompagnés d’un suivi social permettant une réinsertion. Que ce soit dans le 20e ou ailleurs, repartis dans Paris et en petite couronne, à titre expérimental et pas tous les jours au même endroit. Des financements ont été votés en ce sens au Conseil de Paris et au Conseil Régional d’Ile de France. Ces solutions ont fait leurs preuves à Toulouse, à Marseille ou dans le 18e arrondissement de Paris.

Nous appelons Mme Calandra à ouvrir dialogue et la concertation en associant tous les acteurs concernés parce qu’un sujet aussi douloureux et complexe mérite une réflexion et des actions apaisées.

EELV 20e et PG 20e

Les élu-e-s EELV 20e et PG 20e.

Une impensable pépite au fond de ces marchés

La virulence rapportée dans ce communiqué, fait penser à un loup enragé galvanisant sa meute. Elle trouve un étrange écho dans les événements de ce week-end. Car ce n’est peut-être pas le socialisme qui vient d’être décapité, c’est une certaine idée fausse, de l’homme, qui a couru trop longtemps, et qui tout à coup tombe le masque et pousse ses derniers râles. Revenons au contexte. C’est comme si de nos jours, entre l’énoncé de gauche « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde », et le martèlement du slogan en vogue « La France aux français », se présentait à nous un désert, un trou noir immense, inquiétant, aux allures d’infini. Il épuiserait tellement d’avance les esprits et les gens de responsabilité, qu’on se préparait à de nouvelles échéances symboliques, en se dispensant de la traversée de cette épouvantable étendue silencieuse, certains qu’un nouveau guide, une puissance humaine salvatrice allait nous débarrasser d’un périple trop douloureux. Un homme, un vrai, plutôt que ce chien fou et vulgaire à la tête de la meute actuelle. C’était le rêve secret de ses adeptes et de la future cour des miracles. Et ce guide, cet homme, quelle que soit le fin mot de l’histoire, n’est autre, comme chacun de nous tous, qu’une bête. En effet, l’histoire n’aura pas retenu la fin de la phrase célèbre socialiste, pourtant très digne : « Mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part... ».

Et ce n’est pas un hasard. Ces étrangers, ces miséreux, ces survivants qui vendent ce qu’ils peuvent sous nos fenêtres, ces marchés dits de la misère, c’est la nouvelle frontière. Nous les regardons s’installer comme des êtres d’une autre espèce. La saleté, l’étrangeté, la violence qu’ils inspirent, cette forme de troupeau indigne du civilisé, qu’ils exposent en place publique, ce serait la cause des colères exprimées lors de cette séance publique. Tout cela en vrac, ce serait la raison pour laquelle la foule des citoyens applaudit un chef de meute furieux et sans doute acculé à l’excès. N’est-ce pas plutôt, ou aussi, la vie qui se dégage de ces mondes, le resserrement des mailles humaines autour de la force des marchés de rue, la puissance des rassemblements de créatures en prise avec la réalité brute du vivant, qui terrorise les êtres froids que nous sommes devenus ? Car de la vie se dégage de ce sang chaud. C’est ce qui surprend le plus aux abord des marchés.

Les ignorer, les repousser ailleurs, leur envoyer la cavalerie, les ramener chez eux, c’est peut-être enfin avouer l’immense imposture de cet humanisme à la française. Un humanisme à géométrie variable, découlant d’une idée plus que partiellement fausse de l’homme, qui est née il y a bien longtemps déjà. Être homme et civilisé, ça ne servirait pas à se dire supérieur à un autre, mais peut-être à avoir le courage de survivre aux surprises et aux contre-pieds réguliers que nous délivre la conscience. À trop regarder l’autre, comme la bête que l’on ne serait pas, à trop rêver d’être des humains soustraits à une nature brute, brutale et salissante, on finit par dissoudre l’essence même de tout humanisme dans une intention morale appauvrie, qui est un cercueil. Savoir regarder le vivant pour ce qu’il est, y compris quand il est hirsute, l’aimer sincèrement, et construire à partir de cela, c’est bien autre chose. Rejouons une partie du film : un président bientôt en exercice, qui renifle un philosophe libertaire et lui dit en substance : « On se renifle le cul, nous on est de la même espèce. » Une maire en colère qui, haranguant la foule semble envoyer des jets de bave au visage sidéré de ses propres comparses. Un futur roi sautant comme une araignée affamée sur une modeste proie. Ceci est notre condition première. Ce n’est pas ce dont il faut se débarrasser, ce qu’il faut occulter, ce dont il faut faire mine de s’émouvoir. C’est ce dont il faut partir. Ce qu’il faut enfin comprendre. Et ce qu’il faut se garder de mépriser.

Curieusement, il est probable que cette cour des marchands de petites choses, postée sous les fenêtres des gens de bien, ces marchés dont nous nous préoccupons en ce moment, eh bien ce soit la nouvelle frontière. Savoir prendre notre part dans cette misère là, un exercice grandeur nature, une épreuve bien loin des théories, un des douze travaux d’Hercule peut-être, d’une société qui doit totalement se reconstruire sur des sensations et des conceptions vives et réelles. Car si les CRS viennent en ces lieux, avant qu’on ait tenté chacun de réfléchir à la part qui nous incombe dans l’accueil de ces survivants, c’est-à-dire de ces animaux qui vivent en chacun de nous-mêmes, c’est qu’il faudra repartir de bien plus loin, plus tard. Et supporter des coups de griffes et des morsures géantes, des balafres et des cicatrices qui nous marqueront pour longtemps.

Contre toute attente, il y a une pépite d’une valeur inestimable au fond de ces marchés. Inestimable car elle nous rappelle à notre condition. À une forme d’humanisme oubliée, celle qui repart de la nature telle qu’elle est, et non telle que nous voudrions qu’elle soit, tous mus par ces dégoûts de l’autre, qui sont trop virulents pour être sincères. Nous sommes tous à la fois et quelque part des animaux survivants, des recycleurs et des gens d’esprit. Le désert qui se situe entre le renoncement profond des principaux partis de gauche, à jouer la partition qui leur est due, et à l’autre bout, la grande mâchoire du nationalisme répulsif, est seulement l’occasion immanquable de nous reparler franchement. Alors il va falloir respirer un grand coup, secouer les mules que nous sommes, énerver les loups aventuriers, charger nos besaces de rigueur et de courage, et entreprendre de traverser ce désert. De comprendre la nature de ce qui sommeille entre ces formes patentes de renoncement, lorsqu’il faut vraiment entreprendre des choses difficiles. Ou alors, fermer les fenêtres, détourner le regard, alors que revient le bruit des bottes des gardiens de la paix, qui vient là pour nous débarrasser aussi de ce que nous sommes. Un quartier populaire aura toujours le sang chaud. Sinon, c’est un décor de cinéma.

La question n’est plus de savoir si nous pouvons le faire, mais comment, et surtout pourquoi. Ces drôles d’événements a priori sans rapport entre eux, nous disent peut-être, que nous avons besoin d’animaux assumés, courageux et inspirés à la tête, dans le ventre et à la marge de nos institutions. Pas d’humains débarrassés de leur propre nature. Car alors ce ne sont que des machines ou des bêtes trop malades. Peut-être faudra t-il un siècle ou plus pour nous détacher d’un concept d’homme civilisé, un peu trop rond, froid et d’une hypocrisie dégénérative aussi monstrueuse que la facétie chaleureuse de son inspiration initiale. Souhaitons que l’animal qui croupit aujourd’hui en prison finisse par se relever et dire : « Oui je suis une bête, je suis d’abord une bête, comme chacun d’entre-vous. » Et en parvenant à l’entendre, nous aurons fait un pas en avant. Après, des bêtes doivent juger des bêtes. Sinon, il n’y a pas d’homme.

Bref, chargeons les mules, on a du chemin.

[Source : soutiens-biffins]

Le marché sauvage a été le sujet principal du conseil de quartier de Belleville

Il y avait foule au conseil de quartier de Belleville mardi 10 mai 2011. Et pour une raison en particulier : la résurgence du marché sauvage du boulevard de Belleville.
Une centaine de personnes s’était retrouvée dans l’école élémentaire du 16, rue Julien Lacroix. La majorité voulant exprimer son exaspération face à la situation. Le sujet a d’ailleurs mis au second plan le reste de l’ordre du jour. Et pour cause, pendant près d’une heure et demi, de nombreux riverains ont pris la parole pour livrer leurs témoignages.

Frédérique Calandra, maire du 20e, a d’ailleurs donné le ton dès le début de la réunion. Première à prendre la parole, elle a montré sa fermeté, sous les applaudissements de la salle : « Je suis là pour l’intérêt général. La situation à Belleville est intolérable et ne peut plus durer. » Un discours qui a eu son petit effet, mais loin d’être suffisant pour les habitants qui l’ont fait savoir. « On veut des réponses, des solutions », a résumé l’un d’entre eux.

« Pas là pour vivre dans la merde »

Avant que la maire ne réponde, le micro a tourné dans la salle. « Nous sommes considérés comme des citoyens de seconde zone », « C’est un marché illégal avant d’être celui de la misère », « On court vers le ghetto », « Nous ne sommes pas là pour vivre dans la merde », « Pourquoi la police n’intervient pas ? », a-t-on notamment pu entendre.

Pour protester contre le préjudice économique, un commerçant a affirmé que lui et ses collègues sont prêts à « baisser les rideaux des magasins une journée entière et faire un quartier mort ». Peu d’opinions contraires ont été exprimées. Renaud Martin, le chef de cabinet de l’adjoint au maire de Paris chargé du développement durable, Denis Baupin, tout en affirmant partager ces revendications, a suggéré de « faire émerger la parole des biffins », afin que la situation se règle « durablement ».

Un biffin de Montmartre a aussi pris la parole pour se plaindre de « la répression qui engendre peur et stress ». Refusant d’être stigmatisé, il a ajouté que « les biffins cherchent les contacts, la camaraderie. Je parle des vrais biffins, des précaires. Ils sont indispensables à la chaîne de la consommation. » Il préconise de « créer des emplacements ». Si quelques applaudissements se sont fait entendre, ce sont surtout des huées qui ont ponctué son témoignage.

« Rapport de force démocratique »

Après avoir écouté les doléances, Frédérique Calandra a donné ses propositions. Rappelant qu’elle n’est pas « restée les bras croisés », mais que les élus parisiens n’ont pas le pouvoir de faire eux-même appel à la police, elle a affirmé demander des cars de CRS au préfet de police depuis deux ans.

Une présence qui se voudrait « dissuasive plus que répressive  », et qui a démontré dans d’autres quartiers son efficacité à déplacer le problème. Afin d’obtenir ces renforts policiers, la maire du 20e a proposé d’organiser une manifestation avec élus, riverains et commerçants, pour « créer un rapport de force démocratique ».

« Ce n’est pas digne de vivre de ce qu’on trouve dans les poubelles. Vous voulez institutionnaliser la misère, nous ne l’organiserons pas », a-t-elle lancé aux défenseurs d’un carré aux biffins. « Je suis exaspérée, il s’est créé une zone de non droit où tous les trafics s’installent [...]. Le temps est à l’organisation collective, au rapport de force et à la manifestation. » Cette proposition a visiblement plu à une bonne partie de l’assistance, prête à la suivre dans la rue.

Le sujet clos, une grande partie de l’assistance a alors quitté la salle sans attendre la présentation par Jacques Baudrier, adjoint à la maire du 20e à l’urbanisme, l’architecture et l’espace public, de l’état d’avancement de certains projets dans le quartier : création de places de crèches, un gymnase couvert entre la rue des Couronnes et la rue Julien Lacroix qui sera livré en 2014… Des informations qui n’ont visiblement pas passionné les habitants, plus occupés à continuer de débattre à l’extérieur de la salle sur la question du marché à la sauvette.

[Source : le 75020.fr]