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Jolis discours au Conseil de Paris, en défense des « biffins ». Danielle Simonnet, animatrice du comité de soutien au biffins de Belleville, et Denis Baupin, figure de proue des Verts parisiens, sont tour à tour montés à la tribune pour dénoncer la scandaleuse politique de Frédérique Calandra, la mairesse socialiste du XXe.

En voilà une qui n’a pas gagné un deuxième mandat en tout cas.

Dommage que Danielle Simonnet méconnaisse les termes exacts de l’article 90 de la Loppsi qui prévoient 3750 euros d’amende et six mois de prison ferme lorsque la vente à la sauvette est le fait d’une personne seule non « agressive », et dans la cas où les marchands à la sauvette sont plusieurs, ou seul mais « agressif », 15 000 euros d’amende et un an de prison ferme. Accordons-lui que cette gamme de pénalités est si inconcevable qu’on a du mal à l’admettre et à l’intégrer, mais nul besoin de désinformer à ce propos. Aussi inconcevable qu’elle soit, la LOPPSI est bien comme ça : monstrueuse.

D’autant plus dommage que c’est à un élu parisien, Philippe Goujon, député UMP du 15e qu’on doit l’amendement à l’origine de cet article de la LOPPSI – ce qui mériterait d’être rappelé et dénoncé à chaque fois qu’on évoque cet aspect de la loi. En s’engageant sur le terrain de la guerre aux pauvres, il n’est pas sûr que la droite ait engrangé un thème de campagne très profitable. Même les dames catholiques du 16e pourraient être choquées…

De fait, l’article 51 de la LOPPSI dit ceci :

« Chapitre VI

« De la violation des dispositions réglementant les professions exercées dans les lieux publics

« Art. 446-1.-La vente à la sauvette est le fait, sans autorisation ou déclaration régulière, d’offrir, de mettre en vente ou d’exposer en vue de la vente des biens ou d’exercer toute autre profession dans les lieux publics en violation des dispositions réglementaires sur la police de ces lieux.

« La vente à la sauvette est punie de six mois d’emprisonnement et de 3 750 € d’amende.

« Art. 446-2.-Lorsque la vente à la sauvette est accompagnée de voies de fait ou de menaces ou lorsqu’elle est commise en réunion, la peine est portée à un an d’emprisonnement et à 15 000 € d’amende.

« Art. 446-3.-Les personnes physiques coupables des délits prévus au présent chapitre encourent également les peines complémentaires suivantes :

« 1° La confiscation de la chose qui a servi ou était destinée à commettre l’infraction ou de la chose qui en est le produit ;

« 2° La destruction de la chose qui a servi ou était destinée à commettre l’infraction ou de la chose qui en est le produit.

« Art. 446-4.-Les personnes morales déclarées responsables pénalement, dans les conditions prévues par l’article 121-2, des infractions définies au présent chapitre encourent, outre l’amende suivant les modalités prévues par l’article 131-38, les peines prévues par l’article 131-39.

« L’interdiction mentionnée au 2° de l’article 131-39 porte sur l’activité dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de laquelle l’infraction a été commise. »

II. ― Au 5° de l’article 398-1 du code de procédure pénale, après la référence : « 433-10, premier alinéa, », sont insérées les références : « 446-1,446-2 ».

Séance du Conseil de Paris des 16 et 17 mai 2011

Danielle SIMONNET
Conseillère de Paris du groupe communiste et des élu-e-s du Parti de Gauche

Intervention sur les Biffins

Mes chers collègues, nous ne pouvons limiter nos actions en faveur de la régulation des marchés de la misère, de leur accompagnement social à l’unique carré des biffins de la Porte de St Ouen.

D’abord parce que la répression de la revente d’objets usagers à Belleville, à la Porte de Montreuil et à la Porte de Vanves, provoque un tel afflux à la Porte de St Ouen qu’elle met en péril un projet qui marche. J’invite les élu-e-s sceptiques à rencontrer les travailleurs sociaux de l’association Aurore, les biffins militants de l’association « Sauve qui peut » du 18e. C’est très instructif. Discutez également avec les policiers là-bas présents : Ils vous diront comme ils me l’ont dit, que la création de nouveaux espaces autorisés à Paris pour la biffe est nécessaire et urgent.

Ensuite, parce qu’il est urgent de sortir du statut quo à Belleville comme à la Porte de Montreuil. Oui, la situation est devenue invivable pour les riverains et les commerçants. Le nombre de revendeurs et d’acheteurs est devenu très conséquent, même s’il ne sert à rien non plus de grossir les chiffres. Oui, ce nombre va encore augmenter du fait de l’aggravation de la crise. Bien sur vous retrouvez peu de biffins revendiquant la tradition historique que les commémoration de la commune de Paris feraient bien de se rappeler au bon souvenir. Oui, dans ces marchés on découvre des retraités aux trop faibles pensions, des travailleurs si précaires qu’ils ont besoin de compléter leurs revenus, comme d’autres font les vides grenier de façon plus épisodiques. Et puis il y a également des sans papiers, des roms, qui se retrouvent discriminés sur le marché du travail.

La situation est devenue invivable car la répression comme unique solution proposée par la Préfecture de police et saluée hélas par les 4 maires socialistes de Belleville ne résoud rien. Reconnaissez-le. C’est un échec total. La brigade spécialisée fait bien des interventions, confisquant les maigres objets proposés à la vente par certains. Elle fait fuir la foule d’acheteurs et revendeurs pour une heure au plus. Mais dès que possible ces derniers reviennent et se réinstallent. Avec toutes les tensions, la dégradation de la propreté sur la voie publique que cela engendre.

Alors la maire du 20e, devant l’exaspération légitime d’une partie des habitants a cru bon d’en rajouter. D’inciter la population à partir en manif devant la préfecture pour revendiquer cette fois ci des CRS en grand nombre. A-t-on conscience de l’impact d’un tel discours si méprisant des plus pauvres que soi, de cette incitation au rejet, de cet encouragement à revendiquer toujours plus de répressions ? Réclamerait-elle plus de rapidité de la part du gouvernement des décrets d’application de la loi LOPPSI 2 qui prévoit de condamner à 3750 euros d’amendes avec prison avec sursis [NDLR, correctif : il s’agit de six mois fermes ; et un an de prison ferme également lorsque la vente à la sauvette est commise « en réunion », et 15 000 euros d’amende dans ce cas…] à l’encontre des biffins ?

Bien sûr, elle a eu dans ce conseil de quartier que l’on m’a raconté un écho très favorable des présents. Mais sur quoi jouons nous ainsi ? La peur du déclassement des classes populaires qui face à l’aggravation de la crise ont peur de se retrouver demain dans des situations plus dégradées et précaires encore ! Le mécanisme réactionnaire exploité par la droite et l’extrême droite pour encourager le racisme, la peur de l’autre et le souhait de mesures autoritaires et liberticides jouent justement sur ces mêmes ressorts ! Sortons de cet engrenage ou ceux qui les encouragent porteront la responsabilité de la montée du vote FN dans ces quartiers !

Mais surtout, parce que cette fuite en avant sécuritaire ne donnera rien. C’est ce statut quo qu’il faut changer. En se mettant enfin à travailler et à réfléchir avec tout le monde aux solutions alternatives qui existent. J’avais demandé en 5e commission qu’une réunion sur les carrés des biffins soit organisée. Elle avait été programmée puis annulée du fait d’une réunion entre les maires d’arrondissement et des associations triées sur le volet. Pourquoi ? Pourquoi également les élu(e)s du 20e ne partageant pas les options de la maire se sont ils vu refusés leurs demandes de prises de parole lors de ce sinistre conseil de quartier ?

Nous pouvons et nous devons créer des espaces régulés, de petites tailles mais en plusieurs endroits afin de limiter les dégradations de l’espace public provoquées par l’inorganisation et l’afflux trop nombreux et concentré. Nous devons utiliser les moyens débloqués par la Ville et la Région pour des expérimentations différenciées et permettant à un vrai travail social sur chaque catégorie concernée. Il est de la responsabilité des élus d’organiser, de réguler, d’encadrer et d’accompagner ce qui se passe sur le territoire qu’ils ont en responsabilité.

C’est bien parce que nous sommes responsables et que nous savons, pour y habiter aussi, à quel point la situation des habitants de ces quartiers est exaspérante et intolérable (monceaux de déchets abandonnés sur les trottoirs, difficultés à sortir du métro et à circuler...). Nous ne pouvons donc pas cautionner le statu quo car tels qu’ils existent actuellement ces marchés laissent la violence et la loi du plus fort exercer leurs ravages. C’est le sens de la participation à ce vœu du groupe communiste et des élu-e-s du Parti de Gauche. C’est le sens du travail du collectif de soutien aux biffins qui s’est créé et qui regroupe des biffins, des habitant-e-s, des conseiller-e-s de quartier, des partis comme le PG, le PC, EELV et le NPA mais aussi des chercheurs, des travailleurs sociaux et des associations.

Monsieur le Maire de Paris, je suis persuadée que vous ne pouvez pas partager les propos choquants tenus par la maire du 20e. je sais que vous approuvez l’expérience du 18e et que vous y tenez. Il est urgent que vous convainquiez les maires de Belleville de sortir de cet aveuglement de la situation. Que ce statut quo s’arrête et qu’on mobilise l’ensemble des acteurs concernés et toutes les composantes de la majorité, des différents territoires concernés, y compris des villes limitrophes pour se mettre enfin à travailler aux solutions concrètes.

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Intervention de Denis Baupin

Sur les marchés des biffins

Le 16 mai 2011

Monsieur le Président,

Je voudrais à mon tour exprimer ma forte préoccupation en ce qui concerne la situation des marchés de biffins dans l’est parisien.

Comme c’était prévisible, et comme nous en avions averti à de nombreuses reprises, ici en conseil de Paris, comme au conseil d’arrondissement du 20e, rien de bon ne peut résulter de la stratégie du pourrissement.

Jour après jour, semaine après semaine, on ne peut que comprendre l’exaspération des riverains devant l’inaction des pouvoirs publics. Aux nuisances engendrées au quotidien vient s’ajouter le sentiment, au mieux, d’une impuissance du politique, au pire, d’une volonté délibérée de laisser monter l’exaspération pour mieux l’instrumentaliser.

Face à la montée de la misère, qui peut croire qu’il suffirait d’appliquer des réponses simplistes ? Cette misère ne cesse de monter dans notre propre pays, non seulement à cause des politiques injustes et de casse sociale du gouvernement, mais aussi parce que nous avons trop longtemps laissé perdurer cette misère dans le reste du monde et que notre égoïsme de pays riche nous revient aujourd’hui en boomerang.

Face à cela, il y a deux politiques possibles. La première est d’opposer les uns aux autres, de faire monter les populations les plus fragiles les unes contre les autres. C’est ce qu’a fait un ministre la semaine passée, en stigmatisant les personnes qui en sont réduites à dépendre du RSA. Et à ce moment-là, toute la gauche s’est élevée contre ses déclarations scandaleuses.

Eh bien, c’est la même chose en ce qui concerne les biffins. Eux aussi, ont droit au respect qu’on doit à tout être humain, ils n’ont pas à être stigmatisés, ils n’ont pas à être humiliés, même si, pour l’instant, ils en sont réduits à survivre sur ces marchés de la misère.

Que penserait-on d’un élu qui déclarerait publiquement aux personnes concernées que « ce n’est pas digne de vivre de ce qu’on trouve dans les poubelles », qu’« il n’y a aucune dignité dans la misère », ou encore que les « chiffonniers sont le rebut de la société » ? J’imagine que toute la gauche s’élèverait immédiatement face à cette humiliation publique de personnes qui n’ont en rien choisi d’être réduites à la misère.

Pourtant, rien de tel ne s’est produit. Peut-être parce que ces propos n’ont pas eu le même écho que ceux du ministre. Peut-être aussi parce que l’élue qui les a prononcés est maire d’arrondissement, maire du 20e arrondissement, lors du dernier conseil de quartier à Belleville.

Franchement, quand on m’a rapporté ces propos, j’ai eu du mal à y croire. Nous avions été élus ensemble sur les mêmes listes, porteuses de valeurs de solidarité. Et je me souviens que la maire de notre arrondissement s’est longtemps engagée dans une ONG de solidarité internationale présidée par Danièle Mitterrand, à laquelle elle se réfère souvent en conseil d’arrondissement. Malheureusement tous les récits de cette réunion concordent, et le site d’information 75020.fr les a publié pour une bonne part ce matin.

Mon malaise en est d’autant plus grand que, si j’en crois toujours, et les propos rapportés et ce site d’information, la maire de l’arrondissement aurait aussi proposé de prendre la tête d’une manifestation, non pas pour réclamer justice et solidarité, mais pour réclamer plus des renforts policiers pour lutter contre la misère !

En sommes nous vraiment arrivés là ? Est-ce vraiment tout ce que nous pouvons proposer nous, politiques, qui plus est municipalité de gauche, nous qui dénonçons la dérive sécuritaire de ce gouvernement, nous qui avons dénoncé la criminalisation de la misère dans la loi Loppsi 2, nous qui à juste titre vantons les moyens que nous mettons dans la politique sociale et de solidarité de Paris, n’avons-nous rien d’autre à proposer face aux marchés de la misère que des réponses démagogiques, répressives et policières ?

Ce n’est pas ce que nous pensons, nous élus écologistes, et nombre d’autres élus de gauche de notre arrondissement. Nous ne nous leurrons pas sur la difficulté de l’exercice. Nous ne doutons pas qu’il soit difficile de gérer la misère, plus difficile en tous cas que de la nier ou de tenter de la repousser ailleurs. Mais nous ne manquons pas d’outils, d’exemples plus ou moins probants de dispositifs qui certes ne résolvent pas à eux toutes seuls tous les problèmes, mais permettent d’ouvrir la voie vers un mieux, vers une meilleure organisation. Et il n’y a pas besoin d’aller chercher très loin, puisque sur Paris même, dans le 18e notamment, ce type d’expérimentation a été lancé.

Pour cela, le premier pas, c’est d’accepter de reconnaître le droit des principaux intéressés à s’exprimer, c’est d’accepter qu’émerge la parole des biffins, afin qu’il puisse y avoir des interlocuteurs. C’est ce que tente de faire un collectif sur place, essayant de contribuer à l’apaisement et à la médiation. Et plutôt que de saper ce type d’initiative, il serait largement préférable de permettre son développement.

Je l’ai déjà dit ici : nous ne prétendons pas que nous avons réponse à tout, nous ne prétendons pas que toute solution valable ici réussira là. Mais si nous n’essayons pas, si nous nous contentons de la politique de l’autruche, nous sommes sûrs de ne pas y arriver.

Je redis ma conviction, notre conviction, qui est celle que face à la montée de la misère nous avons à inventer, à permettre de nouvelles formes d’économie solidaire, de nouvelles formes d’économie informelle, qui soient non seulement capables de prendre en compte la misère des vendeurs, mais aussi, on l’oublie trop souvent, des acheteurs, encore bien plus nombreux.

Il en va de notre responsabilité. Si nous ne le faisons pas, alors qui le fera ?

[Source : soutien-biffins]