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La démocratie doit s’incarner dans ceux qui la font vivre et non pas seulement dans ceux qui se destine à l’incarner. Les jeux d’appareil des partis politiques sont préjudiciables à la démocratie, car ils laissent supposer que celle-ci peut être dirigée par une minorité. Or la recherche de l’éthique doit prévaloir sur les tactiques électorales au risque bien réel d’associer les pratiques des politiques à un certain opportunisme. Cet opportunisme politique, parce qu’il peut apparaître comme immoral, rend crédible, à son insu, le discours de l’extrême droite du « tous pourris ! ». De fait, il est intéressant de constater que le barrage républicain s’est effondré à Brignoles au même moment où EELV se déchirait dans les méandres de « la firme » et où le PC et le PG fragilisaient le front de gauche sur la base d’accords électoraux locaux.

Il existe une sorte de défiance envers « les représentants du peuple » qui traduit l’essoufflement d’une démocratie partisane. Les enjeux autour du non-cumul des mandats démontrent d’ailleurs la possibilité par une minorité de « barons locaux » de réussir à obtenir des passe-droits. L’affrontement public entre Anne Hidalgo et Daniel Vaillant afin d’imposer leur candidat comme tête de liste pour la Mairie du XVIIIe arrondissement de Paris révèle également l’absence de pouvoir réel des adhérents des partis.

Deux élections internes du parti socialiste, dans le XVIIe à Paris et à Villiers-le-Bel, montrent à quel point les logiques des baronnies fragilisent le renouveau politique. Dans le XVIIe arrondissement de Paris, Annick Lepetit, pourtant déjà Députée, a manœuvré au sein de la section locale du PS pour évincer Julien Boucher de toute position éligible au Conseil de Paris alors qu’à Villiers le Bel, Jean-Louis Marsac, actuel Maire, refuse de céder sa place à Ali Soumaré. Il obtiendra ainsi 51 voix et Ali Soumaré, 48 voix, dans une ville de plus de 20 000 habitants. On comprend donc l’extrême fragilité des partis à incarner une représentativité politique : 51 personnes peuvent influer sur l’élection d’un maire censé représenter 20 000 habitants. Quant à Paris, « des adhérents de conforts » sont venus faire barrage aux militants de la section soutenant Julien Boucher pour l’évincer.

Les logiques cooptatives (« le fait du prince ») sont actuellement au centre du mécanisme partisan, quel que soit le parti. Il suffit de lire les articles sur le remplacement de Pascal Durand par Emmanuelle Cosse pour en être malheureusement convaincu. Il ne faut pas sous-estimer la crise de confiance naissante entre les électeurs et les représentants du peuple. La défiance envers les hommes politiques peut certes s’exprimer à travers l’abstentionnisme, mais, plus gravement, à travers un vote pour le Front National.

La démocratie incarnée par les partis politiques vit peut-être ses dernières heures, si les pratiques des partis traditionnels, à l’heure d’internet, ne se renouvellent pas.

A l’heure des pratiques collaboratives, où des millions de citoyens apprennent à écrire en commun dans des wikis et où se développent chaque jour de nouveaux modes de coopération décentralisée numérique, l’organisation verticale des partis n’a plus aucune légitimité, si ce n’est maintenir au pouvoir les derniers apparatchiks en place.

Il n’est alors plus surprenant de constater qu’un faible nombre d’adhérents peut influer sur le choix d’un maire et, au final, la facilité qu’il y a de parachuter des professionnels de la politique dans des territoires favorables à leurs idées ou à leur personnalité médiatique.

C’est pour cela qu’il faut être vigilant au vote du Front National car il se déploie sur tous ceux qui n’arrivent plus à concilier les évolutions d’un Etat-Nation dans une société en transformation.

L’incapacité des partis à mener des politiques collaboratives, innovantes dans la représentativité, renforce à contrario le Front National qui est le plus légitime pour glorifier le modèle d’une société passée.

C’est en tant qu’électeur de gauche que j’ai suivi dernièrement l’actualité de tous ces partis avec lesquels je milite ...

C’est parce que je suis engagé à gauche que je me permets d’alerter ceux-ci, car derrière les accords ou les jeux d’alliance, je sens monter dans nombre de mes amiEs du dégoût pour ne pas dire de la rage.

Notre démocratie est précieuse, elle nous fédère. C’est pourquoi nous devons tout faire pour la préserver et, en bons républicains, de mettre fin à toutes les féodalités existantes à l’intérieur des partis dans lesquels nous militons.

Jérémie Nestel