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Pour mettre en place la politique des
quotas, Brice Hortefeux prévoit rien
de moins que de “retoucher” l’article
premier de la Constitution –
celui qui proclame l’égalité des races
devant la loi !

Ce vendredi 22 février serait-il à marquer
d’une pierre blanche ?

Libération,
quotidien du matin, reprend en couverture
notre dénonciation de l’amendement
Lefebvre, lorsque nous avions qualifié
sa circulaire d’application de “circulaire-
piège” [voir QSP n°20].

Libé titre en
une ce jour : « Immigration choisie : le
piège ». Mieux encore, métamorphosé
pour un jour en “quotidien des sanspapiers”,
ce journal consacre ses quatre
premières pages au sujet. Avec, en page
2, un éditorial, signé Didier Pourquery,
qui mérite un coup de chapeau.

Titré « Régularisez ! », ça commence
bien. Mais tout est à reprendre dans cet
édito qui donne envie de se lever le
matin : « Soyons clairs : il faut régulariser
les immigrés clandestins qui sont
aujourd’hui employés en France et y
vivent, seuls ou en famille, comme des
citoyens ordinaires. »

Mieux encore :
« Tout autre système – quotas d’expulsion,
immigration choisie hypocrite, ruses
pour attraper des sans-papiers venant se
faire régulariser, reconduites à la frontière
brutales – ressortit de méthodes indignes
d’une grande démocratie. »

« Alors oui, au risque d’être accusé d’angélisme,
il faut régulariser, largement et
généreusement, les immigrés qui travaillent
en France. Et regarder les choses en face,
ne serait-ce que pour de cyniques raisons
économiques tenant à l’efficacité des entreprises
françaises : nous avons besoin d’immigrés,
et pas seulement dans le BTP. »

« Un immigré ayant trouvé une place dans
le circuit économique de notre pays doit
pouvoir y rester. Surtout s’il paye des charges
et des taxes. Surtout si ses enfants fréquentent
nos écoles. »

« Il faut renverser le raisonnement qui
prévaut ces derniers temps en matière
d’immigration. Penser aux conditions dans
lesquelles on peut garder ici ces sanspapiers
plutôt que d’imaginer toutes les
raisons de les expulser. Penser que la
France est liée par des accords internationaux
en matière de regroupement familial
et favoriser l’intégration harmonieuse
d’immigrés, plutôt que d’imaginer tous les
moyens de briser des familles en renvoyant
certains de leurs membres dans leur pays d’origine. Ne menons plus de combat d’arrière-
garde dans un monde “globalisé”.

Oui, nous avons besoin d’eux.
Accueillons-les. »

Tout est bon dans cet éditorial. Il n’y a
rien à jeter. On l’aurait accepté, tel
quel, au Quotidien des Sans-Papiers.
Regrettons simplement une question de
timing. Cet amendement Lefebvre, on
en parle – au moins dans le QSP, depuis
le 24 septembre.

La dénonciation de sa
circulaire d’appréciation, on pouvait la
faire il y a un bon mois – et Droits
devant !! manifestait déjà alors à ce sujet.
S’il nous revenait de souffler à ce grand
quotidien du matin ses sujets d’indignation,
on pourrait suggérer que la nouvelle
“du jour” serait plutôt celle que
l’on trouve en un discret encadré qui ne
dit pas grand chose, à côté de ce brillant
éditorial, sous un titre presqu’anodin
« Une commission des quotas ».

On
apprend là qu’une « commission sur le
cadre constitutionnel de la nouvelle politique
d’immigration » qui est « censée réfléchir
notamment à l’instauration de quotas
de travailleurs étrangers par métier et par
région du monde », « commence doucettement
ses travaux ».

Est précisé qu’elle
devait rendre sa copie fin mai, mais
qu’elle prévoit un délai d’un mois supplémentaire
– histoire de noyer le scandale
dans les grands départs en vacances,
fin juin. Les membres de cette commission
devrait voyager pour se faire
une opinion, et « auditionner des associations
de défense des sans-papiers et des personnes
qualifiées ».

On n’en saura pas
plus pour aujourd’hui. Or, c’est bien de
la Commission Mazeaud qu’il s’agit.
Annoncée le 7 février, cette commission
a été instituée par arrêté le 30 janvier.
Présidée par Pierre Mazeaud,
ancien Président du Conseil constitutionnel,
elle comporte même des personnalités
réputées à gauche, tels l’ancien
secrétaire d’État à l’intégration,
Koffi Yamgnane ou le démographe
Hervé Le Bras. Dans sa lettre de mission,
Brice Hortefeux aura pris toutes
les précautions.

S’il s’agit bien de réfléchir au « cadre
juridique nécessaire à la définition de quotas
d’immigration en France », le ministre
des rafles précise « qu’en tout état de
cause le gouvernement exclut que soit
défini un quota limitant le nombre des
demandeurs d’asile et des réfugiés politiques
 ».

Il semble que ça aille mieux en
le disant, au pays où le droit d’asile est
refusé quotidiennenment à tous.

Plus sérieusement, il s’agit de permettre
« d’une part… la fixation du nombre
annuel des migrants admis à entrer et
séjourner en France”. Et, surtout, « la
définition de quotas permettrait à la
France… de choisir les différentes composantes de l’immigration, avec… la possibilité
de décliner [ces quotas]… selon les grandes
régions de provenance des flux migratoires ».

En un mot, la France prétendrait ainsi se
doter d’un outil juridique pour écarter les
noirs, les arabes ou les asiatiques, au gré des
fantaisies racistes de l’État !

Mielleux, le ministre du racisme ose ensuite
préciser que « ces orientations… doivent être
notamment étudiées au regard de la protection
de la vie familiale, de la liberté du mariage et du
principe d’égalité ».

Les papas expulsés ou les amoureux au ban
public apprécieront de constater combien
on pense à eux à la tête de l’État raciste.
Mais le principal de cette lettre annexée à
l’arrêté du 30 janvier, c’est bien ce dernier
mot : « le principe d’égalité ». C’est tout le
problème de la dite commission Mazeaud.

On doit au Monde d’avoir rappelé à cette
occasion que « lorsqu’il était ministre de l’intérieur,
M. Sarkozy avait déjà souhaité instituer
des quotas. Mais il s’était heurté aux réticences
de Matignon. Face au risque d’une
censure du Conseil constitutionnel, il avait
renoncé à inscrire cet objectif dans sa loi de
juillet 2006. »

« L’instauration de quotas par origine géographique
se heurte en effet à de sérieux obstacles
constitutionnels, notamment à l’article 1 de la
Constitution, qui proclame le principe d’égalité
devant la loi sans distinction d’origine, de
race et de religion. »

C’est bien de cela qu’il s’agit.

Rien de
moins que de “retoucher” l’article premier
de la Constitution – celui qui proclame
l’égalité des races devant la loi !

Au passage la commission Mazeaud est également
chargée de “réfléchir” à la création
d’un « juridiction spécialisée » pour l’immigration
qui remplacerait les actuels 35bis et tribunaux
administratifs.

C’est que le
Président s’ennerve de ces procédures insuffisamment
expéditives qui nuisent à la
« bonne exécution des mesures d’éloignement ».
Voilà donc que le projet raciste tombe le
masque. Il veut des juridictions d’exceptions
pour pouvoir déporter à sa guise.

Et il
souhaiterait réguler les “flux migratoires”,
selon les “grandes régions de provenance”.
On a déjà vu la première de ces applications
avec les circulaires découlant de
l’amendement Lefebvre. Il y en a deux.

Une pour les “ressortissants de l’Union
européenne”, largement ouverte à tous les
corps de métiers – en particulier pour le
bâtiment. L’autre pour les “ressortissants
des pays non membres de l’UE” est au
contraire extraordinairement restrictive –
réservées aux professions les plus qualifiées.

C’est ça l’immigration choisie : les
blancs sont éventuellement bienvenus.

Les autres non. Et pour pouvoir mettre en
oeuvre cette politique raciste dans les
grandes largeurs, il nous faut maintenant
une constitution raciste...


QSP