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La Mairie de Paris devrait évidemment reloger la Coordination des intermittents et précaires, qui assure, entre autres des permanences juridiques pour les « précaires » qui relèvent du service public. Sans la CIP combien de dossiers n’auraient pas été débloqués dans les CAF – et resteraient embourbés dans des situations tragiques ?

Depuis de nombreux mois, la Mairie a proposé un « relogement » très provisoire et ne convenant pas du tout. Donc le débat continue. Ce pourquoi des militants de la CIP étaient curieux d’assister à une réunion, théoriquement publique, du Conseil municipal. ils en ont été empêchés.

Au passage, on apprend le montant du budget annuel de la Ville de Paris : huit milliards d’euros ! De l’ordre de 50 milliards de francs. L’équivalent du trou du Crédit Lyonnais (pour ceux qui se souviennent, l’énorme scandale de la décennie précédente) chaque année... C’est beau. Et combien de gens à la rue dans cette jolie ville si prospère ?

Un jour les responsables de telles politiques devront répondre de leurs actes.

La queue au portillon, un exercice de démocratie locale

Ce lundi 13 décembre au matin à 9 heures précises, sept (7) participants à la Coordination des intermittents et précaires d’Île-de-France se sont présentés à l’entrée des visiteurs de l’Hôtel de Ville pour assister à la séance du Conseil de Paris préparatoire au vote du budget municipal annuel d’une ville dont la fierté tient aujourd’hui à l’évaluation exceptionnelle que les agences de notation financière lui attribuent : AAA.

Capitale ?

Oui ! Oui ! Capital LVMH CAC 40 incorporated

Parce que nous tentons de vivre et de nous organiser collectivement dans une ville qui semble toujours davantage donner priorité aux opérations de prestige et de gentrification (on a beaucoup commenté le gouffre financier qu’a été la promotion du 104, bien moins l’opération de nettoyage social du 19e arrondissement qu’autorise ce fructueux investissement), il nous semblait bien naturel d’aller assister au débat (public) qui allait décider de l’affectation de tout ou partie des 8 (huit) milliards d’euros de masse budgétaire de notre belle métropole.

Nous comptions au passage alerter une nouvelle fois les élus et les journalistes présents sur le blocage de la « négociation » sur le relogement de la Coordination qui, comme tout le monde ne le sait que trop, est non seulement expulsable à tout moment mais passible d’astreintes faramineuses (70 000 euros à ce jour) suite à une décision de justice en « faveur » de la Mairie de Paris. Deux (2) d’entre nous se sont à cet effet postées devant l’entrée du personnel de l’Hôtel de Ville et ont distribué aux marquis et aux coursiers, aux chargés de mission et aux réparateurs de lavabos, le communiqué que nous reproduisons ci-dessous.

Crime

À 9h20, nous attendions toujours dans le froid que la réconfortante chaleur de la démocratie sinon directe du moins locale nous enveloppe de ses bienfaits. Un homme en bleu nous expliqua d’abord en termes vagues que le Conseil de Paris rendait pour l’heure hommage à des élus et des contribuables disparus et qu’on envisagerait de laisser pénétrer la foule sur la gigantesque tribune des spectateurs (19 places) une fois le recueillement consommé. Il est vrai qu’on ne dit pas assez souvent combien il est malséant de rendre des hommages en public, nous donc avons sagement attendu la fin privée de la minute de silence privée du Conseil de Paris à ses anciens membres et administrés.

Passé ce stade (nous pouvions suivre l’évolution muette de la séance sur l’écran plasma suspendu au dessus du portillon antiterroriste de l’entrée, au rythme des passages des camionnettes de livraison) un homme en vert a autorisé cinq (5) d’entre nous à pénétrer les lieux. Malheureusement, cet élan victorieux ne devait pas les amener beaucoup plus loin que le portillon dont il a été fait mention plus haut. Car le premier de nos camarades dans l’ordre de passage à la fouille recelait dans son sac douze (12) tracts, probablement destinés à être diffusés lors de la manifestation prévue à 14h30 au palais Royal, ou peut-être à finir à la pause dans la poche d’un journaliste nicotinomane.

C’en était trop. Car douze (12) tracts, voyez-vous, sont déjà une arme par destination. Douze tracts s’ils sont jetés avec force d’une tribune de dix-neuf places peuvent causer des dommages irréversibles au crâne de certains élus en exercice. Douze tracts sont un danger potentiel pour la démocratie. C’est pourquoi il convenait d’urgence d’interdire toute tribune aux dix-neuf spectateurs potentiels, alors qu’avait lieu le débat annuel du budget de la ville la plus riche de France.

À tout château, il faut une herse

On vint donc nous annoncer vers 9h40 que personne ne rentrerait et que la délibération publique se ferait entre soi. Nous sommes bien évidemment invités à podcaster la séance après le vote, car la démocratie locale sait conjuguer son souci de transparence et l’usage des outils de son temps.

Mais pendant que Chiristophe Girard est sur Facebook, la Coordination des Intermittents et précaires d’Ile de France est toujours expulsable et passible d’astreintes pharaoniques. Et malgré les engagements répétés de la Mairie, aucune proposition digne de ce nom ne lui a encore été faite pour le relogement des activités qu’elle abrite.

Les temps sont peu hospitaliers, et nous avons toujours besoin de lieux pour habiter le monde. Nous serons, munis d’au moins quinze (15) tracts chacun, présents au compte rendu de mandat de Bertrand Delanoé qui se tiendra ce mercredi à 18h au Gymnase Littré, 87 rue de Vaugirard dans le 6e.

• Le communiqué distribué sur place :

Monsieur Delanoë, expulser ou reloger la coordination des intermittents et précaires, il faut désormais choisir.

En ce jour de débat sur le Budget de la ville la plus riche de ce pays (8 milliards d’euros par an), nous venons porter à la connaissance des Parisiens, de leurs élus et de la presse un problème qui, avec d’autres, démontre que 10 ans de mandature Delanoë n’ont guère amélioré la politique locale. Tant que les loyers ne seront pas encadrés, tant que l’action sociale locale ne connaîtra pas d’autres innovations que celles destinées à alimenter la com’ municipale (à l’instar de l’allocation Paris logement, dont l’accès est si contingenté que de nombreux RSAstes ne peuvent y prétendre...), tant que la Ville se permettra d’organiser l’expulsion des mal logés comme elle vient de le faire avec les sans domicile de Vincennes dont certains ont même été arrêtés puis expulsés du territoire, tant que la politique culturelle oscillera entre de coûteuses opérations de prestige (le 104) et la labellisation tapageuse de créations à peine rémunérées (Nuit blanche), aucun progrès réel ne pourra être revendiqué par la majorité municipale.

Mais nous voulons ici évoquer plus en détail des faits qui nous touchent encore plus particulièrement.

Le Tribunal d’Instance du 19e a ordonné en septembre l’expulsion de la Coordination des Intermittents et Précaires des locaux qui lui ont été concédés par la Ville au 14-16 quai de la Charente et l’a condamnée à de lourdes astreintes financières (plus de 70 000 euros à ce jour). Ce jugement intervient alors que, contrairement aux engagements publics du Maire de Paris, aucune solution acceptable de relogement n’a été proposée à ce jour.
Si, lors du Conseil de Paris du 16 novembre, un voeu de relogement transitoire a bien été voté, il s’avère que les locaux en question ne seraient disponibles qu’après une phase de travaux et pour une période des plus brèves. Des responsables municipaux avaient pourtant évoqué un relogement pérenne...

Plus que d’une réelle solution de relogement, il s’agit, en ce qui nous concerne, d’un leurre destiné à faire croire que le Maire tient ses engagements alors que, jusqu’ici, il n’en est rien. On le reconnaît d’ailleurs à demi-mot au cabinet de Christophe Girard, maire adjoint à la culture, où il est admis que « cette proposition ne constitue pas une solution viable ».

Pour obtenir un relogement qui permette de poursuivre et développer les activités de la coordination, des pourparlers avec la mairie ont pourtant lieu depuis plus de deux ans. Nous avons rédigé un cahier des charges et proposé des lieux, propriétés de la Ville et en attente de projets. L’ensemble de ces propositions a été refusé. Deux ans après, la plupart des locaux concernés restent vacants, et toujours sans destination.

Malgré notre bonne volonté pour sortir de cette situation, nous ne pouvons cacher nos doutes quant à la réelle volonté de la Mairie de trouver une solution. Tout se passe comme si abandonner à la jachère de nombreuses surfaces disponibles (immeubles, locaux, appartements) alors que les besoins sont criants constituait bien un choix.

La récente expulsion de la Maison de la Grève à Rennes par une municipalité socialiste (voir Prouesses du socialisme LVMH) renforce nos inquiétudes. D’autant qu’ici, au sortir du mouvement massif de refus de la politique néolibérale que vient de connaître le pays à l’occasion de la « réforme » des retraites et à la veille d’une « négociation » de la convention d’assurance-chômage qui risque d’aggraver la sale pente néolibérale que connaissent nos sociétés, certains édiles en charge de la culture vont jusqu’à déclarer que « l’intermittence n’est plus un combat ».

Nous restons néanmoins persuadés que la Ville doit et peut nous reloger. Expulser serait dénier aux intermittents, aux chômeurs et aux précaires la capacité à s’organiser. Cela nuirait dangereusement aux libertés publiques, en particulier à celles de réunion et d’expression. Ne pas tenir les engagements pris serait une grave faute politique. Confier la ville aux puissances de l’argent serait de fait une manière de restituer par anticipation la ville à la droite.

Expulser ou reloger, Bertrand Delanoë doit maintenant opérer un choix.

Les lieux collectifs que nous défendons, nous les défendons pour tous, et nous les défendrons avec tous !

Coordination des intermittents et précaires d’Île-de-France

Vous trouverez diverses expression de solidarité (Union Syndicale solidaires, Mouvements des chômeurs et précaires en lutte de Rennes, Synavi, Syndeac, SUD culture) sur :
http://www.cip-idf.org/

La pétition Nous avons besoin de lieux pour habiter le monde a recueilli 6697 signatures. N’hésitez pas à la signer et à la faire connaître, on la trouve ici :
http://soutien-cipidf.toile-libre.org/

Nous avons besoin de lieux pour habiter le monde


L’enfer des vivants n’est pas chose à venir ; s’il y en a un, c’est celui qui est déjà là, l’enfer que nous habitons tous les jours, que nous formons d’être ensemble. Il y a deux façons de ne pas en souffrir. La première réussit aisément à la plupart : accepter l’enfer, en devenir une part au point de ne plus le voir. Le seconde est risquée et elle demande une attention, un apprentissage, continuels : chercher et savoir reconnaître qui et quoi, au milieu de l’enfer, n’est pas l’enfer, et le faire durer, et lui faire de la place.

[Source : CIP-IDF]