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« Astuce » de communication, l’Élysée aura engagé la campagne raciste la plus violente depuis la guerre. Et ça marche. Dans la course à l’ignominie, la France aura encore marqué un point. Une sale politique qui promet des lendemains encore plus sales.

L’affaire l’Oréal a coûté extrêmement cher, en termes de popularité, au Président de la République et à son gouvernement. Pris la main dans le sac, non seulement le Président, mais l’ensemble de la majorité présidentielle, voyait sa côte s’effondrer dans les sondages – et plus encore dans les sondages non publiés. Début juillet, on voyait la gauche – représentée significativement par les Verts –, remporter des élections partielles... à Rambouillet, une circonscription réputée avoir été toujours à droite, où Christine Boutin pouvait se faire élire avec 62% des voix il y a peu.

C’est ce qu’en langage commun on appelle la Bérézina. La débandade généralisée.

Ne pas sous-estimer l’Élysée. C’est des malins. Le « service de communication » y emploie plus de cinquante personnes. Et dépensait près de 8 millions d’euros dans l’année en 2009. Ces gens-là « communiquent », mais surtout réfléchissent à la « stratégie » de communication présidentielle. Ça ne sert généralement pas à grand chose, mais au cœur de l’été, il semblerait que quelqu’un ait eu par là une inspiration astucieuse.

Bien sûr, il fallait faire diversion. Mais ce n’était pas le tout de le dire. Comment ? En se repliant sur la seule valeur sûre du répertoire sarkozien : le racisme, camouflé derrière la thématique sécuritaire. L’astuce consistait à enfourcher un cheval de bataille particulièrement puant. Plus ça pue, meilleure la diversion...

En se hasardant sur le terrain du racisme radical avec détermination, Sarkozy sera parvenu à couper le souffle y compris aux forces anti-racistes. Profitant de l’accalmie estivale, il aura joué de la surenchère criminelle tous les jours pendant deux semaines. Le concours de l’ignominie a été ouvert entre Brice Hortefeux, Eric Besson, Pierre Lellouche et le Président néo-fasciste.

Ainsi, d’une pierre trois coups : pour commencer, on ne parlait plus de comment le parti présidentiel allait chercher son argent dans les coffres de l’entreprise qui subventionne l’extrême-droite raciste depuis les années trente... Ensuite, on ressoudait l’électorat de droite, suivant la tactique constante de Sarkozy : en développant un discours franchement droitier, « sans complexes ».

Enfin et surtout, on profitait de la pause estivale pour faire avancer la cause stratégique du racisme.

Et pourquoi le racisme est-il stratégique pour la droite ? Parce qu’il exprime au mieux sa vision du monde. Mais aussi parce qu’il permet de faire la différence avec la gauche.

Que ce soit parce qu’on est en été, ou, plus sérieusement, parce que la gauche n’a jamais réfléchi à ces questions sérieusement, voilà encore une fois une campagne ignoble qui aura pu se dérouler quasiment sans opposition.

Au résultat, l’Élysée sera parvenu à pousser extrêmement loin la rhétorique raciste sans même recevoir en retour la dénonciation franche que sa politique inconsciente méritait.

Inconscient ? Bien sûr que le racisme n’a pas de conscience. Mais, surtout, en allumant le feu de la haine, il est « inconscient » au sens où l’on sait toujours quand une guerre commence, pas quand elle finit. En 1890, les théoriciens « inconscients » de la droite française considérait qu’en cas d’alliance avec l’Angleterre et la Russie, la guerre contre l’Allemagne serait « facile »...

« Facile », le déferlement de démagogie estival auquel on vient d’assister. « Facile » de prendre la « défense » de policiers qui se font tirer dessus. « Facile » d’attiser la haine contre les tziganes, envers lesquels les préjugés sont, à l’état latent, très répandus dans la population française. « Facile » de lancer la pierre aux délinquants. « Facile » de chanter la chanson de l’État fort qui protège les braves gens et s’en prend aux « autres ».

On est toujours le brave type ou l’autre, selon le point de vue à partir duquel on regarde. Le point de vue de l’État néo-fasciste sarkozien est le même que celui du fascisme de l’entre-deux guerres : flatter les sentiments identitaires pour organiser une cohésion sociale absolue, autour d’un État qui ne connait que sa police. Le citoyen raciste obéit toujours aux flics. Il s’en fait volontiers l’auxiliaire. Il estime les interventions les plus éhontées de l’État policier comme toujours justifiées.

Une France raciste est non seulement criminelle : elle est suicidaire. Le peuple moutonnier que le racisme fabrique, est un peuple de lâches, qui laissent passer la rafle en baissant les yeux. Un peuple sans courage, sans imagination, tout juste bon à se faire plumer par les politiciens cyniques qui le dirigent, ne promet certes pas un bel avenir.

Malheureusement pour la France, malheureusement pour l’Europe – et malheureusement pour l’humanité –, cette campagne estivale a « marché ».

La question du rétablissement de l’État de droit, qui permettrait que tous ces crimes d’incitation à la haine raciale soient poursuivis, jugés et sanctionnés, n’est vraisemblablement pas à l’ordre du jour. (Contrairement à ce qu’on pouvait écrire ici même il y a deux jours, appelant à un nouveau Nuremberg.)

De même, la reconstitution d’une gauche anti-raciste semble devoir attendre... la fin des congés payés ! Et c’est la gauche dans son ensemble qui se noie quand elle n’est pas capable de défendre ses valeurs. (Elle ferait bien, à ce sujet, de méditer les tactiques élyséennes, assurément plus payantes que la veulerie d’une gauche qui ne sait plus comment elle s’appelle.)

Enfin, et surtout, c’est la conscience collective qui régresse encore de plusieurs cases, pour s’enfoncer dans les eaux glauques où tout un chacun commence à entrevoir... le retour du nazisme. Des jours sombres et sans espoir.

Un État fort qui abuse perpétuellement du droit comme des gens, s’appuyant sur l’égoïsme, la haine et la bêtise. Un État qui transforme les citoyens en dociles ahuris. Un État qui peut tout se permettre tant qu’il sait jouer des moyens de la propagande la plus martelée et la plus ignoblement démagogique. Un État qui se fabrique des ennemis, qu’il met en condition de ne pouvoir réellement s’opposer à ses agressions.

C’est l’État sarkoziste. Néo-fasciste et pré-nazi.

Une saleté.

QSP