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Le Mali est riche de son or – mais sa population ? Nous en avions fait le sujet d’un numéro de la Voix des sans-papiers il y a trois ans (n. 6, 26 octobre 2011, L’or de Kéniéba), le lecteur pourra y trouver peut-être encore matière à se questionner et à chercher un bout de réponse. Mais qu’en est-il au juste trois ans après ? Pourquoi un pays d’Afrique au sous-sol si riche, et non seulement en or, continue d’exporter surtout (comme d’autres pays africains au sol non moins riche) ses jeunes travailleurs poussés au désespoir et à l’émigration par le sous-emploi et la pauvreté des familles, et cela indépendamment de la guerre dans les régions du nord ? Pour faire bref : pourquoi ces jeunes Noirs vaillants et volontaires ne choisissent-ils pas plutôt « l’or » ? La réponse n’est peut-être pas évidente, mais la question n’est peut-être pas non plus si simple. Quoi qu’il en soit, questionné là-dessus par des amis, l’un des responsables de la CSP75 lors de l’occupation de la Bourse du travail de Paris en 2008-2009 et de l’occupation de Baudelique en 2009-2010, régularisé depuis en France, mais rentré au Mali, a bien voulu répondre. Sa réponse est d’autant plus intéressante qu’il travaille comme cadre dans une importante société minière du pays.

« Entre l’or et l’émigration, le choix n’est pas aisé ! Jugez-en plutôt. Pour les orpailleurs, qui s’engouffrent dans les entrailles de la terre à la recherche du métal précieux, les risques encourus sont trop élevés : éboulements, asphyxie, absence d’autorité de l’État, attaques régulières des petits exploitants par des bandits qui laissent souvent des cadavres sur place. Et à côté, une grande pollution liée à la méconnaissance des techniques modernes d’exploitation. En dépit de cela, de leur caractère informel, on rencontre sur ces sites un monde fou, estimé (en 2002) à plus de 20000 personnes sur l’ensemble du territoire.
« Quant à l’exploitation industrielle, « il n’y a pas photo », comme disent les enfants. Dans le seul site où je travaille il y a plus d’une vingtaine de sous-traitants avec un personnel dépassant 2000 personnes. L’or ne brille pas pour les populations, titrait le 1er juillet dernier le Républicain, quotidien d’information de Bamako. Pourtant, selon M. Sangare, président du Groupe de suivi budgétaire, le secteur minier est devenu depuis quelques décennies la clé de voûte de notre économie, avec un apport de plus de 275 milliards de francs CFA en 2012, soit 70% des exportations et 8% du PIB. La troisième place de notre pays, en Afrique, en termes de production aurifère, derrière le géant sud-africain et le Ghana, n’est pas usurpée. Il reviendrait à nos autorités de faire en sorte que l’or soit un levier de développement pour les autres secteurs économiques, tout au moins dans les zones de production. M. Sangare déplore justement que, malgré leur apport énorme à l’économie nationale, la plupart de ces zones demeurent très pauvres, et ne parviennent toujours pas à amorcer un début de développement.
« Ce qui arrive aux migrants sur ces embarcations de fortune qui traversent la Méditerranée, est sans doute imputable avant tout à nos mauvaises politiques nationales. Rappelons-nous le slogan de campagne du candidat IBK (Ibrahim Boubacar Keïta) : « le Mali d’abord ! » Considérons ensuite ses actes, depuis qu’il est le président du pays. Ils démentent outrageusement ses promesses. Pour commencer il rénove son chez lui sur le budget national, au lieu d’habiter la résidence habituelle des présidents ! puis il acquiert, malgré le Boeing en parfait état laissé par son prédécesseur, un avion à près de 20 milliards de nos francs ! Est-ce que c’est l’achat d’un deuxième avion présidentiel la priorité du Mali ? alors que, pour ne mentionner que ça, notre armée manque de tout ! alors qu’il est surtout urgent de construire des écoles partout dans le pays !
« La question reste en somme entière sur le choix pas forcément cornélien entre l’émigration et l’or. »