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Avec quelques jours de retard, voici l’interview de Toti, « l’activiste », ainsi que tout le monde l’appelle en Islande. Cette interview se sera réalisée en deux parties, la première, d’une heure environ, enregistrée par Bertrand dans le port de Reykjavik, sur le quai, avec en fond les gros bateaux entrant et sortant du port, Toti assis sur une bitte d’amarrage d’un jaune éclatant. Sous un gentil soleil, pour un peu on n’avait pas froid.

Une heure de long, Toti nous a raconté la révolution qu’il a vécue – qu’il a faite, pourrait-on dire, avec quelques amis.

D’abord, ainsi que Gunna nous l’avait déjà expliquée, il y a eu la lutte contre le barrage destiné à fournir l’électricité d’usines d’aluminium. Ce combat a formellement échoué, puisque finalement le barrage a été mis en eau – en dépit de la très forte mobilisation populaire –, mais il aura servi d’école pour le soulèvement citoyen.

En 2008, c’est la génération qui s’était aguerrie depuis 2003 dans la lutte contre le barrage qui se soulèvera lors du crash financier.

Depuis, l’objectif principal de Toti est la lutte contre le système financier. Avec Gunna, il est embarqué dans l’association pour la création d’une banque verte. Il a parfaitement conscience que ce qu’il y a d’amusant avec sa banque, c’est qu’elle risque bien d’entraîner… 90% des gens.

Ainsi Toti est optimiste : il ne voit pas ce qui pourrait les empêcher de faire s’effondrer le système financier, le temps de monter la dite banque du peuple.

Ils comptent, pour le montage juridique de leur banque, sur l’appui des banques de semblable inspiration, telles qu’il en existe dans tous les pays nordiques (et en Allemagne, ou même en Italie), mais aussi sur des petites banques islandaises qui se sont montrées intéressées par ce projet.

Quand il eût fini de nous décrire sa stratégie, et après que Bertrand ait fini d’enregistrer, je demandai à Toti s’il savait que son idée était précisément… celle de Proudhon, en 1848 !

Dans la deuxième partie de cette interview, enregistrée – et diffusée en direct, sur le compte Télé Liberté (teleliberte) de Live Stream – au chaud, dans le très agréable café Haïti, au cœur du vieux port, Toti revient sur sa formation militante. S’il réfléchissait déjà à la politique, un point de départ sera pour lui le « 9/11 », soit l’attentat du 11 septembre 2011 contre les tours jumelles de Manhattan. Si le mensonge médiatique pouvait être aussi gros, c’est qu’il y avait vraiment un problème.

Mais il se détournera de ces préoccupations « conspirationnistes », bien qu’il défende la totale légitimité d’interrogations sur des politiques manifestement opaques. Et ce n’est certes pas à l’heure de l’immersion de Ben Laden qu’on pourra lui donner tort…

Si on comprend bien cette évidence que l’ordre repose sur d’énormes mensonge lui aura servi à appréhender les situations concrètes, comme le fameux barrage, qui se construisait dans sa région natale, contre lequel il plantera une tente, dès le départ, avec quelques uns, jusqu’à ce que le mouvement s’amplifie jusqu’à cette manifestation de 17 000 personnes dont nous parlait Gunna, à la veille de son inauguration.

De même les mobilisations depuis 2008 seront toujours déclenchées par quelques individus, qui peu à peu auront vu affluer des foules de plus en plus considérables, jusqu’à ce fameux mois de janvier 2009, où les manifestations se prolongeront jusque dans la nuit – jusqu’à faire tomber le gouvernement de droite au pouvoir depuis des décennies.

Toti remercie néanmoins la police : ce sont les violences gratuites de certains flics qui déclencheront la colère de la foule qui se serait sinon cantonnée à une protestation sonore.

Quant aux mouvements suivants, Toti nous confire qu’on n’avait pas eu la berlue en voyant sur youtube des images de la « révolution d’octobre ». Alors se sont produites les plus grandes manifestations de l’histoire de l’Islande – 20 000 personnes.

Quant au processus constitutionnel qui nous avait tant excités, il le voit par contre comme une simple escroquerie : c’est parce que le peuple en était à pouvoir effectivement imposer son propre processus constitutionnel que les institutions se sont précipitées pour en proposer un, prenant bien soin de le dévitaliser autant que faire se peut.

Ainsi, il n’y aura pas eu plus de deux jours de campagne dans les médias – y compris la radio d’État, officiellement chargée de prêter son antenne dans ces circonstances, qui avait pris prétexte du très grand nombre de candidats (plus de 500) pour ne donner la parole… à aucun ! Ce n’est qu’à 48 heures du vote qu’on ouvrira finalement l’antenne – un peu tard.

Puis comme on sait, la haute cour prendra prétexte de la faible participation à ces élections pour les invalider. Et la constituante se transformera en simple commission désignée par le Parlement.

Toti espère néanmoins certains acquis de ce processus, comme la sanctuarisation des ressources naturelles, une mesure extrêmement populaire dans un pays où tout le monde sait que sa nature est sa seule richesse.

De quoi aura-t-on parlé encore ? Je ne sais. Ci-dessous le bout d’interview que j’aurais donc enregistré au bistrot. 40 minutes un peu difficiles à suivre peut-être, mais non moins passionnantes. On attend des traducteurs-sous-titreurs bénévoles – Guillaume, qui a déjà spontanément sous-titré quelques films de Bertrand, est un peu débordé ces jours-ci (et des films de 40 minutes, ce n’est pas peu), et si des renforts se manifestaient, ce ne serait pas du luxe. On a déjà quelques films non sous-titrés, pas forcément faciles à suivre même quand on comprend l’anglais.

Et que dire de plus ? Que j’étais horriblement ému, quant à moi, de voir, sur cette jetée du port de Reykjavik, les principales idées de Pierre-Joseph Proudhon – non seulement sa Banque du Peuple, mais l’idée que le pouvoir doit aller de bas en haut et non l’inverse – intactes, spontanément reconstituées, revécues, prouvant si besoin était combien le scandale de 150 ans de pensée socialiste sclérosée n’est pas forcément une malédiction, et qu’après tant d’erreurs et d’errances l’espérance pourrait renaître enfin – avant qu’il ne soit vraiment trop tard.

Toti a dit qu’il irait à Athènes, pour le sommet contre la dette qui doit s’y tenir du 6 au 8 mai. On aimerait être avec lui. On aimerait surtout que les peuples entendent alors le message simple de Birgitta et de Toti : on n’est pas obligés de payer !

Surtout, en Grèce, on aimerait que soit entendu cette revendication absente et pourtant si nécessaire : il faut mettre fin aux budgets militaires. D’abord en Grèce, mais surtout en France, aux États-Unis ou en Angleterre – dans ces trois pays les plus dépensiers du monde en la matière.

Ça y est. La Guerre froide est finie, et même Ben Laden est mort. Aujourd’hui plus que jamais, les dépenses militaires ne servent qu’à couillonner les peuples. Obama promet de couper les retraites et les aides sociales pour réduire la dette américaine – mais ne touche pas un cheveu de l’effrayant budget militaire américain. Ça suffit.

Paris s’éveille