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Dans la prolifération des lois, il y a une qui semble manquer : celle qui interdirait à un ministre de l’intérieur de porter plainte contre des journaux. Ainsi le blog du Collectif contre la xénophobie a été poursuivi à l’initiative du précédent ministre, Brice Hortfeux, pour avoir osé qualifier d’ultra-raciste la politique mise en œuvre contre les roms par le Préfet Lambert – et celui-ci de « véritable Papon de notre temps ». L’opinion du rédacteur, fondée sur l’observation de faits particulièrement odieux, est poursuivie pour « injure ». Plainte reprise par l’actuel ministre, l’indigne Guéant. On attend le jugement pour l’année prochaine. Là, ce sont les informations d’un média plus largement diffusé, L’Express, hebdomadaire honorable depuis un demi-siècle, qui sont poursuivies pour diffamation.

Que dit L’Express ? Que « des sources policières concordantes, à plusieurs niveaux hiérarchie » affirment que l’ordre aurait été donné aux services des renseignements d’enquêter sur... la compagne de François Hollande.

Il se trouve que celle-ci est... journaliste. Et qu’elle anime une émission... politique, fonction auxquelles il est juste qu’elle mette un terme en pleine campagne électorale. Mais il n’y avait pas besoin des Renseignements généraux pour ça.

Les Renseignements généraux s’offusquent. Eux, faire des enquêtes sur les personnes ? Ils ne font que ça ! Mais ils s’offusquent. Soit disant ça ne se ferait plus « depuis des années ». Si c’était « avéré » le ministre de l’Intérieur dit qu’il serait « indigné » ! Guéant avec les indignés ? On l’attend. Pour l’instant les indignés voient surtout les flics qu’il leur envoie tous les jours.

Tout comme le site Copwach qui, comme son nom l’indique, appelle à « regarder la police », contre lequel le même ministre disait porter plainte, il y a moins d’une semaine.

Les ministres de l’ère Sarkozy ont oublié un détail : la presse est supposée être un « contre-pouvoir ». On comprend qu’à force de s’en déshabituer, on finisse par l’oublier. On n’a pas « le droit » de regarder la police : c’est une obligation déontologique. C’est la fonction de la presse. La presse qui ne fait pas ça vole ses lecteurs. Du moins ses lecteurs sont-ils en droit de protester.

Que demande le ministre en portant plainte ? Que l’Express apporte la preuve de son évocation « de sources concordantes, à plusieurs niveaux hiérarchiques » ? Il faudrait que des policiers, et des responsables de la hiérarchie policière, viennent témoigner... contre leur ministre ?

De toute évidence, si l’Express l’écrit, c’est que c’est vrai. Le journaliste ne se hasarderait pas à rédiger une formule si descriptive, sinon ce n’est de diffamation qu’il faudrait l’accuser, mais de mensonge pur et simple. Gageons que c’est vrai.

Mais étant donné le climat, et la qualité du contrôle que le ministre exerce ordinairement sur sa hiérarchie, il est tout-à-fait pensable que l’Express soit tombé dans un piège. Somme toute, ce n’est pas tous les jours qu’on peut écrire une telle phrase : « des sources concordantes », « à plusieurs niveaux de hiérarchie », informant un journaliste... si ce n’est du jamais vu, c’est un étonnant niveau de qualité d’information.

Et Guéant sautant sur l’occasion pour « s’indigner » de façon si crédible qu’on en mourrait de rire.

Ça pourrait aussi bien être un coup monté.

La compagne de François Hollande pourrait bien ne pas avoir été l’objet d’une enquête. Il faut bien une exception pour confirmer la règle. Le précédent est rappelé de la dernière campagne présidentielle où quelqu’un du staff de Ségolène Royal, avait pu se plaindre d’avoir été l’objet d’une telle enquête de Renseignement généraux.

« Un officier des RG avait été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire à la suite de cette affaire », rappelle Le Monde.

Et le ministre n’avait pas du démissionner ! Ne s’appelait-il pas Nicolas Sarkozy, alors ? Et son directeur de cabinet, Claude Guéant, peut-être ? Ou bien ces informations-ci sont-elles diffamatoires ? Avouons par avance ne pas avoir pris le temps de vérifier ces vagues souvenirs. Parce que ça n’est pas la peine.

Il existe en France, et c’est une originalité à la face de tous les Etats démocratiques, une police politique. Ce sont les Renseignements généraux. Non : Sarkozy président aura réformé la chose, fusionnant les RG avec la DST, et en leur donnant le doux nom de DCRI. Ah mais non : ont subsisté les Renseignements généraux de la Préfecture de police de Paris, les dits RGPP. La super police politique, celle de la capitale, assez installée et assez puissante depuis toujours pour avoir échappé à la volonté de « réforme » du chef de l’Etat... en dépit de l’aide que pouvait lui apporter son conseiller principal, ancien directeur général de la police, un certain Claude Guéant.

Rappelons ici que Claude Guéant a été flic avant d’être ministre de l’Intérieur. Car en France, après avoir, sans complexe, élu un ministre de l’Intérieur président, on a pu sans problème faire d’un flic le ministre des flics.

Tout comme on tolère que la presse soit entre les mains de marchands d’armes.

Si l’Express est diffamatoire, qu’on nous explique alors à quoi servent les Renseignements généraux, sinon à enquêter sur les personnes ? Si le ministre s’indigne d’une telle chose, il a une solution simple : dissoudre les Renseignements généraux, et la DCRI qui ne les a qu’à moitié absorbés. Car il est certes « indigne », dans une démocratie, d’avoir une police politique. Et il est de la responsabilité de tout ministre en charge de cette administration de mettre un terme à ce scandale.

Que Guéant dissolve les RG ou qu’il s’en aille, pour céder la place à un autre, plus indigné que lui.

Paris s’éveille

Claude Guéant porte plainte contre « L’Express »

Le ministre de l’intérieur Claude Guéant a porté plainte contre L’Express pour diffusion de fausses informations et diffamation. En cause : un article de l’hebdomadaire sur son site Internet faisant état d’investigations menées sur la compagne de François Hollande, a indiqué mercredi 5 octobre le ministère de l’intérieur.

Selon L’Express, « des sources policières concordantes, à plusieurs niveaux hiérarchiques », affirment que « des policiers de la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris ont reçu l’ordre d’enquêter » début 2011 sur la journaliste Valérie Trierweiler, compagne du candidat à la primaire socialiste.

« UN SYSTÈME PARTICULIÈREMENT DÉPLORABLE »

Sur Europe 1, François Hollande a estimé qu’une telle enquête, si elle avait eu lieu, « révèlerait un système particulièrement déplorable, pour ne pas dire infamant, qui consisterait au sommet de l’Etat, à organiser des fiches sur des personnes », « ça en dirait long sur la dérive du pouvoir actuel ». Mais il a demandé « des confirmations ou des infirmations » « avant de proférer des accusations ».

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Pas de « preuve » d’une enquête sur la compagne de Hollande, selon Guéant

Le ministre de l’intérieur, Claude Guéant, a affirmé mardi 4 octobre qu’il n’existait pas de « preuve » d’une enquête clandestine des services de renseignements sur la journaliste Valérie Trierweiler, compagne du candidat à la primaire socialiste François Hollande. « Si c’était avéré je serais indigné. Cela dit, ce n’est pas avéré du tout », a ajouté Claude Guéant.

Selon les informations de L’Express.fr, une enquête aurait été menée par des policiers de la préfecture de Paris afin d’établir un état de sa vie et de ses relations. L’Express.fr, citant des sources policières concordantes à plusieurs niveaux hiérarchiques, affirme qu’il s’agissait d’établir une notice biographique.

« ATTACHEMENT ABSOLU AU RESPECT DE LA LOI RÉPUBLICAINE ET À LA DÉONTOLOGIE »

Dans un communiqué, la préfecture de police a fait savoir qu’elle « dément catégoriquement l’information (...) selon laquelle des services de police auraient été chargés d’enquêter sur la compagne d’un candidat à l’élection présidentielle ». Elle « rappelle son attachement absolu au respect de la loi républicaine et à la déontologie et regrette le colportage de rumeurs susceptibles de porter atteinte à l’honneur et à la considération du service public ». Et dit « se réserver toutes les voies de droit utiles ».

Une source policière a précisé à l’AFP qu’une telle demande, si elle était avérée, aurait pu être faite « à des gardiens de la paix en poste à l’ex-8e section » des Renseignements généraux (RG), en charge des « enquêtes généralistes ».

Les enquêtes des RG et des services de renseignement dans les milieux politiques ont été officiellement supprimées il y a plusieurs années à la suite de plusieurs scandales.

MME TRIERWEILER ET M. HOLLANDE NE CONFIRMENT PAS

Interrogée par l’AFP sur les informations de L’Express.fr, Valérie Trierweiler n’a pas confirmé être au courant d’une éventuelle enquête. « Je suis abasourdie, je réfléchis avec Me Giffard, mon conseil, à la suite à donner », a-t-elle indiqué. Celle qui a annoncé mardi qu’elle cessait d’animer l’émission politique de Direct8 « 2012, portraits de campagne » souhaite la tranquillité car « elle a besoin d’encaisser ».

Son avocate, Me Frédérique Giffard, a aussi déclaré à l’AFP ne pas avoir d’autres éléments que ceux avancés par l’hebdomadaire : « Pour l’instant, nous n’avons pas d’information complémentaire. Nous n’avons que l’article de L’Express. » « J’essaie d’avoir des informations et l’on n’exclut aucune voie », a-t-elle ajouté.

Interrogé par Le Dauphiné Libéré, François Hollande a également reconnu de pas savoir si cette enquête a réellement été diligentée. « S’il y a bien eu une demande d’enquête, hors de tout cadre légal, sur la vie privée de ma compagne, il s’agirait là d’une irrégularité inacceptable et condamnable devant les tribunaux. Je demande que toute la transparence soit faite autour de cette affaire », a-t-il déclaré.

« Le ministre de l’intérieur, le préfet de police doivent au plus vite dire la réalité par rapport aux faits qui ont été évoqués par le journal L’Express », a-t-il ajouté dans une déclaration à l’AFP.

LE PS DEMANDE UNE ENQUÊTE

Dans un communiqué, Harlem Désir, premier secrétaire du PS par intérim, a estimé qu’« une enquête doit être ouverte pour faire toute la lumière sur ces révélations d’une immense gravité ».

De son côté, le président UMP de l’Assemblée nationale a accusé l’opposition d’alimenter la polémique. « Trop c’est trop », a dit Bernard Accoyer sur France 3, parlant de « pseudo-dossiers qui sont des coups montés ».

En février 2007, en pleine campagne présidentielle, une information judiciaire avait été ouverte, à la suite de la plainte de l’ex-directeur de Greenpeace Bruno Rebelle, membre de l’équipe de campagne de Ségolène Royal, qui affirmait avoir fait l’objet d’une enquête des RG. Un officier des RG avait été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire à la suite de cette affaire.

[Source : Le Monde]