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12.mars.2015

Les multinationales ont mis à leur profit « les anciennes pratiques coloniales » consistant à inféoder par des traités les peuples à leurs intérêts. Différents traités et lois ont contaminé nos imaginaires, et nous acceptons sans résistance que les œuvres numériques que nous possédons ne puissent pas se partager. Les modèles économiques tenant lieu de projet politique, il devient impossible de penser que l’accès aux œuvres puisse être simplement une pratique légitime. Le web tend à devenir une immense poubelle publicitaire, loin des projets de partage de connaissance inspirés des Lumières.

Un courant de la philosophie du droit considère à juste titre que « les relations justes entre les hommes » peuvent prévaloir sur les lois votées par le législateur. De même les pratiques ayant eu « une existence réelle » peuvent prévaloir sur ces lois. S’il est avéré que le pouvoir politique sert les intérêts des multinationales plutôt que celui du peuple, la désobéissance devient un devoir. .

Rappelons qu’en 1770 en plein débat sur le droit d’auteur, l’imprimeur Yverdon écrivait : « Les bons livres appartiennent non aux libraires, mais à l’humanité qui demande d’être éclairée et formée à sa vertu… Les imprimeurs et les libraires ne sont que les intermédiaires de cet ouvrage salutaire. Tout libraire donc ou imprimeur, qui par des contrefaçons procure de répandre plus abondamment et plus promptement les bons livres, mérite beaucoup de l’humanité et je crois même qu’en conscience il y est obligé »(1). Au Moyen-Âge n’importe qui pouvait recopier n’importe quel manuscrit et autant de fois qu’il le voulait. Les épîtres dédicatoires servaient lieu de rémunération pour la plupart des auteurs. On traitera d’archaïque ce système de mécénat, pourtant c’est bien celui qui domine aujourd’hui dans les musées, les expositions. La paupérisation des Etats ayant pour effet que les multinationales se substituent aux politiques publiques..

Le Ministère de la Culture mène de moins en moins d’ailleurs de politiques culturelles, les financements à destination des écoles de musiques, des lieux de créations, des compagnies de théâtre ne cessent de prendre fin. Le Ministère de la Culture finit par avoir pour seule mission le soutien à l’économie culturelle. « Les œuvres d’art » sont réduites à être seulement des produits de l’économie de l’attention..

Les Salles de Cinéma ne prennent même plus la peine de diffuser du « Cinéma d’Auteur » jugé non rentable mais de plus en plus de blockbusters stéroïdés. Les mêmes livres, musiques, films sont proposés au monde entier via des plates-formes de diffusion qui dominent le monde..

Face à cette paupérisation esthétique, il devient urgent d’entretenir l’Art de la Contrefaçon au sens où l’entendait Yverdon : « Répandre plus abondamment et plus promptement les bons livres ». Entretenir notre Art de Contrefacteur pour être en capacité de « reproduire techniquement et amoureusement » les œuvres que nous affectionnons. Participer à des cercles de Contrefacteurs où l’on s’échange des œuvres, en réinterprète d’autres..

L’art de la contrefaçon ne se donne pas la peine de copier les blockbusters stéroïdes, cela serait aussi absurde que de voler des graines OGM. Le Contrefacteur a pour principal objet de se réapproprier son imaginaire..

Certains diront qu’il y a peu de différence entre une école de musique et un cercle de contrefacteurs. L’ensemble des lieux d’apprentissage des Arts sont de moins en moins financés et de plus en plus menacés. Tout musicien averti apprend au cours de son apprentissage à analyser et reproduire les œuvres qu’il écoute, il en est de même du peintre pour la peinture, du comédien pour une pièce de théâtre. Le contrefacteur pratique l’art de la contrefaçon par une pratique artistique assidue.

La pratique de Contrefacteur étant pour certains partie-intégrante de leur apprentissage des Arts, le Contrefacteur considère que sa pratique depuis des millénaires bénéficie d’une existence réelle et que de fait, elle prévaut sur toute loi.

Jérémie Nestel
avec l’aimable relecture de Jean-Pierre Depetris

(1) Histoire du Livre, Albert Labarre, Presse Universitaire de France, Paris 1970.

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Source : Libre_Acces