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Après une importante mobilisation pour exiger sa libération,
Mohamed Haddaoui a été expulsé au Maroc, le 23. Coup de
théatre, moins d’une semaine plus tard, jeudi dernier, le maire
de droite, Manuel Aeschlimann demandait son retour... Ce
revirement spectaculaire semble indiquer que ce monsieur, qui
compte se représenter aux élections bientôt, ne pense pas pouvoir
garder son siège en persistant dans la voie xénophobe.
Moins de six mois après l’élection présidentielle, son ami
Sarkozy semble ainsi brutalement démenti. Le comité de soutien
de Mohamed appelle de son côté à un retour de Mohamed
« avant les fêtes de fin d’année », menaçant sinon de s’en
prendre aux « vrais responsables, c’est-à-dire à l’Élysée ».

La petite salle du Tribunal administratif de Cergy était
comble pour soutenir Mohamed Haddaoui lors de l’audience
matinale du 14 novembre. Le représentant de la
Préfecture de St Denis lui-même ne semblait pas habitué
à voir tant de monde.

Le soutien est conséquent : pétitions, lettres de citoyens,
d’élus nombreux : « il ne manque plus que celui du Préfet de
la Seine St Denis » plaisante le juge, plutôt détendu. Il
n’en refusera pas moins de lever l’arrêté de reconduite aux
frontières qui lui était soumis ce matin-là.

Et une semaine plus tard Mohammed Haddaoui était
expulsé au Maroc laissant sa femme et ses trois enfants en
France.

« Oui, Mohamed Haddaoui est parti hier soir, presque sous
nos yeux », relatent ses soutiens. « Mais nous ne baissons
pas les bras. »

Tout d’abord, rappellent-ils, « les mots ont un sens ». Ils
ont signé la pétition « Nous les prenons sous notre protection
 ». « Des mesures de précaution vont donc être prises pour
garantir la tranquillité de Mme Haddaoui et de ses enfants :
nous ne les abandonnerons pas. »

Et le dimanche, ils étaient sur les deux marchés
d’Asnières pour informer la population et collecter de
l’argent en faveur de la famille de Mohamed.

Ils travaillent à organiser la suite du combat « dont l’issue
ne peut être que le retour de Mohamed Haddaoui, sa régularisation
et celle de son épouse ».

À bon entendeur…

Le lundi précédent, Mohamed était toujours en rétention
et on comptait 609 signatures sur la pétition RESF.
Trois jours plus tôt, il avait déjà manqué de peu d’être
expulsé – ne ratant l’avion de Roissy que grâce aux
embouteillages provoqués par les grèves des transports…
Il avait déjà fait savoir qu’il refuserait de partir sans sa
femme et ses enfants et demanderait à la police d’aller les
chercher.

Il semble que, ce jour-là, la police avait un autre problème
 : le laissez-passer, s’il avait bien été établi par le
consulat du Maroc, n’avait pas été signé par le Consul !

Une aide au retour « améliorée » lui était alors proposée
par la Préfecture, avec y compris une enveloppe pour sa
femme. « Plus modeste » relèvent ses soutiens. « Là encore
l’égalité homme/femme n’est pas de mise »…

Le 20 novembre, il y avait une manifestation devant la
mairie d’Asnières, dans le cadre de la journée mondiale
des droits de l’enfant. Pour protester à l’occasion de la
visite de Rama Yade, il y avait plus de cent personnes rassemblées.
La veille, le directeur du collège où est scolarisé l’aîné des
enfants de Mohamed, était reçu par le député-maire
UMP d’Asnières, Manuel Aeschlimann.

C’est deux semaines plus tôt que Mohamed avait été
arrêté, en sortant du métro, lors d’un contrôle d’identité.
Le surlendemain, à 10 heures du matin, il n’y avait que
trois personnes pour manifester à la porte du commissariat
où il était gardé à vue.

Ce jour-là le « service de l’éloignement » de la préfecture
de Nanterre de voulait rassurant : « Monsieur Haddaoui
sera libéré en fin de matinée ».

Dix jours plus tard, le 1er décembre, le tableau a bien
changé. Mohamed, loin d’être « libéré » a été expulsé
manu militari. Mais son soutien aura pris une telle
ampleur que le maire UMP, qui ne voulait rien entendre
jusque-là – et dont la femme collabore au cabinet de
Rama Yade – participait à la manifestation réclamant le
retour de Mohamed avec cent cinquante personnes, rassemblées
à nouveau devant la mairie d’Asnières, avec
bon nombre des adjoints et de nombreux conseillers
municipaux de la majorité et de l’opposition…

Il y avait aussi là la famille de Mohamed – dont sa
femme, théoriquement menacée elle aussi d’expulsion…

Le reste du temps, elle se cache, avec son bébé de huit
mois, « terrorisée », disent ses soutiens, qui l’ont prise en
charge, les deux aînés étant hébergés par une association
spécialisée. Après deux semaines d’absence, ceux-ci ont
repris le chemin de l’école où les profs se sont engagés à
les aider à rattraper leur retard… « Matériellement on a
tout réglé » disent les soutiens. La cantine est payée...

« Manuel Aeschlimann surprend », écrit 20 minutes, le
premier média à avoir rendu compte d’un événement
peu banal : ainsi, le maire UMP d’Asnières, que L’Express
qualifait de « Rastignac des Hauts-de-Seine », réputé à la
fois pour être extrêmement proche de Sarkozy et particulièrement
réactionnaire – choisissant les prénoms de
ses enfants dans la mythologie wagnérienne –, s’est associé
à son opposant PS, pour demander à la Préfecture
d’annuler la mesure d’expulsion qu’elle a prise et faire
revenir un sans-papiers en France !

Ça s’est passé jeudi dernier, le 29 Novembre. Dans un
communiqué les deux candidats aux très prochaines élections
municipales déclaraient qu’« au delà des clivages
politiques et de toutes compétitions électorales », ils décidaient
de « s’associer pour demander, ensemble, le retour de
Monsieur Mohamed Haddaoui auprès de sa famille », soulignant
que celui-ci avait « prouvé son attachement à la
France » et proposant qu’au prochain Conseil Municipal
« l’ensemble des conseillers se prononcent pour le retour en
France » de Mohamed.

Riche de son expérience, Sarkozy pense toujours qu’on
gagne des élections avec un programme xénophobe. Son
ami d’Asnières semble avoir lui compris que ce n’est pas
si simple.

QSP