ASNIÈRES

L’affaire Haddaoui


Publié le: 6 décembre 2007

Après une importante mobilisation pour exiger sa libération, Mohamed Haddaoui a été expulsé au Maroc, le 23. Coup de théatre, moins d’une semaine plus tard, jeudi dernier, le maire de droite, Manuel Aeschlimann demandait son retour... Ce revirement spectaculaire semble indiquer que ce monsieur, qui compte se représenter aux élections bientôt, ne pense pas pouvoir garder son siège en persistant dans la voie xénophobe. Moins de six mois après l’élection présidentielle, son ami Sarkozy semble ainsi brutalement démenti. Le comité de soutien de Mohamed appelle de son côté à un retour de Mohamed « avant les fêtes de fin d’année », menaçant sinon de s’en prendre aux « vrais responsables, c’est-à-dire à l’Élysée ».

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La petite salle du Tribunal administratif de Cergy était comble pour soutenir Mohamed Haddaoui lors de l’audience matinale du 14 novembre. Le représentant de la Préfecture de St Denis lui-même ne semblait pas habitué à voir tant de monde.

Le soutien est conséquent : pétitions, lettres de citoyens, d’élus nombreux : « il ne manque plus que celui du Préfet de la Seine St Denis » plaisante le juge, plutôt détendu. Il n’en refusera pas moins de lever l’arrêté de reconduite aux frontières qui lui était soumis ce matin-là.

Et une semaine plus tard Mohammed Haddaoui était expulsé au Maroc laissant sa femme et ses trois enfants en France.

« Oui, Mohamed Haddaoui est parti hier soir, presque sous nos yeux », relatent ses soutiens. « Mais nous ne baissons pas les bras. »

Tout d’abord, rappellent-ils, « les mots ont un sens ». Ils ont signé la pétition « Nous les prenons sous notre protection  ». « Des mesures de précaution vont donc être prises pour garantir la tranquillité de Mme Haddaoui et de ses enfants : nous ne les abandonnerons pas. »

Et le dimanche, ils étaient sur les deux marchés d’Asnières pour informer la population et collecter de l’argent en faveur de la famille de Mohamed.

Ils travaillent à organiser la suite du combat « dont l’issue ne peut être que le retour de Mohamed Haddaoui, sa régularisation et celle de son épouse ».

À bon entendeur…

Le lundi précédent, Mohamed était toujours en rétention et on comptait 609 signatures sur la pétition RESF. Trois jours plus tôt, il avait déjà manqué de peu d’être expulsé – ne ratant l’avion de Roissy que grâce aux embouteillages provoqués par les grèves des transports… Il avait déjà fait savoir qu’il refuserait de partir sans sa femme et ses enfants et demanderait à la police d’aller les chercher.

Il semble que, ce jour-là, la police avait un autre problème  : le laissez-passer, s’il avait bien été établi par le consulat du Maroc, n’avait pas été signé par le Consul !

Une aide au retour « améliorée » lui était alors proposée par la Préfecture, avec y compris une enveloppe pour sa femme. « Plus modeste » relèvent ses soutiens. « Là encore l’égalité homme/femme n’est pas de mise »…

Le 20 novembre, il y avait une manifestation devant la mairie d’Asnières, dans le cadre de la journée mondiale des droits de l’enfant. Pour protester à l’occasion de la visite de Rama Yade, il y avait plus de cent personnes rassemblées. La veille, le directeur du collège où est scolarisé l’aîné des enfants de Mohamed, était reçu par le député-maire UMP d’Asnières, Manuel Aeschlimann.

C’est deux semaines plus tôt que Mohamed avait été arrêté, en sortant du métro, lors d’un contrôle d’identité. Le surlendemain, à 10 heures du matin, il n’y avait que trois personnes pour manifester à la porte du commissariat où il était gardé à vue.

Ce jour-là le « service de l’éloignement » de la préfecture de Nanterre de voulait rassurant : « Monsieur Haddaoui sera libéré en fin de matinée ».

Dix jours plus tard, le 1er décembre, le tableau a bien changé. Mohamed, loin d’être « libéré » a été expulsé manu militari. Mais son soutien aura pris une telle ampleur que le maire UMP, qui ne voulait rien entendre jusque-là – et dont la femme collabore au cabinet de Rama Yade – participait à la manifestation réclamant le retour de Mohamed avec cent cinquante personnes, rassemblées à nouveau devant la mairie d’Asnières, avec bon nombre des adjoints et de nombreux conseillers municipaux de la majorité et de l’opposition…

Il y avait aussi là la famille de Mohamed – dont sa femme, théoriquement menacée elle aussi d’expulsion…

Le reste du temps, elle se cache, avec son bébé de huit mois, « terrorisée », disent ses soutiens, qui l’ont prise en charge, les deux aînés étant hébergés par une association spécialisée. Après deux semaines d’absence, ceux-ci ont repris le chemin de l’école où les profs se sont engagés à les aider à rattraper leur retard… « Matériellement on a tout réglé » disent les soutiens. La cantine est payée...

« Manuel Aeschlimann surprend », écrit 20 minutes, le premier média à avoir rendu compte d’un événement peu banal : ainsi, le maire UMP d’Asnières, que L’Express qualifait de « Rastignac des Hauts-de-Seine », réputé à la fois pour être extrêmement proche de Sarkozy et particulièrement réactionnaire – choisissant les prénoms de ses enfants dans la mythologie wagnérienne –, s’est associé à son opposant PS, pour demander à la Préfecture d’annuler la mesure d’expulsion qu’elle a prise et faire revenir un sans-papiers en France !

Ça s’est passé jeudi dernier, le 29 Novembre. Dans un communiqué les deux candidats aux très prochaines élections municipales déclaraient qu’« au delà des clivages politiques et de toutes compétitions électorales », ils décidaient de « s’associer pour demander, ensemble, le retour de Monsieur Mohamed Haddaoui auprès de sa famille », soulignant que celui-ci avait « prouvé son attachement à la France » et proposant qu’au prochain Conseil Municipal « l’ensemble des conseillers se prononcent pour le retour en France » de Mohamed.

Riche de son expérience, Sarkozy pense toujours qu’on gagne des élections avec un programme xénophobe. Son ami d’Asnières semble avoir lui compris que ce n’est pas si simple.

QSP