L’information au jour le jour sur le quotidien des sans-papiers.

Nous suivre :



Media :
 
Articles :

Il est loin le temps où Bernard Kouchner concédait qu’il avait songé à
démissionner du gouvernement à cause des tests ADN inscrits dans la loi de
novembre 2007 sur l’immigration. À l’occasion de la deuxième
conférence euro-africaine sur la migration et le développement organisée
mardi 25 novembre à Paris, le fondateur de Médecins sans frontière et
Médecins du monde n’a pas tari d’éloges à propos de la politique de
Brice Hortefeux, son « ami » :

« C’était inimaginable pour moi il y a deux ans de penser à une telle
conférence. Il était difficile d’imaginer que la politique française
d’immigration aurait recueilli mon assentiment (...). Pour moi, l’immigration, c’était le partage du monde. J’ai vu Brice
travailler. Il installe un dialogue permanent [avec ses interlocuteurs
africains] (...). C’est une vraie réussite de confronter politique
d’immigration et politique de développement (...). Le pacte européen a
été la première réussite consensuelle de la présidence française.
C’est l’ensemble de l’Europe qui marche ensemble. »

Tout aussi enthousiaste à l’égard du texte adopté dans l’après-midi
par les délégations africaines et européennes, Bernard Kouchner a évoqué
« un début pour plus d’harmonie dans le monde », ni plus ni moins.
Que dit ce « programme de coopération triennal » ? En matière
d’immigration irrégulière, il préconise la « lutte contre la fraude
documentaire » et le renforcement des contrôles aux frontières, en évoquant
« l’établissement de postes frontières communs ». Il propose aussi
d’« améliorer les réadmissions - des clandestins - et de promouvoir les
retours volontaires ». Concernant l’immigration légale, il s’agit de développer, dans les pays d’origine, les « agences spécialisées en
matière d’emploi ainsi qu’en matière d’information » sur le
modèle du centre récemment installé à Bamako.

En ce qui concerne, enfin, les questions de développement, les États disent
vouloir « accompagner les politiques d’emploi et de développement
économique et social des pays d’origine », « améliorer la protection
sociale des migrants » et « faciliter la baisse des coûts de leurs transferts
de fonds ». Autrement dit : des engagements suffisamment généraux pour ne
froisser personne.

« Une volonté européenne de bunkérisation »

Du côté des représentants africains, le ton a été plus distancié lors de
cette grand-messe, notamment par rapport au pacte sur l’immigration, pomme
de discorde entre les deux continents. Tout en saluant le « sens du dialogue » de Brice Hortefeux, Cheikh Tidiane Sy, le ministre de l’intérieur sénégalais, a rappelé que ce pacte, adopté le 16 octobre 2008, avait « semé
le doute dans l’esprit des fervents militants du processus euro-africain »

et qu’il était « perçu comme une volonté européenne de bunkérisation ».

Alors que Brice Hortefeux, relayé par Jacques Barrot, le vice-président de la
Commission européenne, a vanté les mérites d’un texte « équilibré », les représentants africains ont demandé une plus grande ouverture des
frontières. Le ministre marocain des affaires étrangères, Taieb Fassi Fihri a
ainsi rappelé que d’ici quelques années l’Europe allait « avoir besoin
de 30 millions de non-Européens qualifiés et non-qualifiés »
.

« Tant qu’il y aura des contradictions entre une politique migratoire
européenne restrictive et des besoins de main d’œuvre
, a-t-il poursuivi,
les flux d’immigration irrégulière continueront ». Il faut « ouvrir des
passerelles de migrations régulières »
afin de « tempérer les velléités au
départ clandestin »
, a-t-il insisté.

Dans la même logique, le ministre des affaires étrangères du Burkina Faso,
Bédouma Alain Yoda a souligné que la question des droits des migrants devaient
être prise en compte. Plaidant pour les projets locaux de développement dans
les pays d’origine, il a exhorté les États du Nord à « assouplir les
conditions d’entrée »
sur leur territoire. La délégation malienne a quant
à elle fait de la résistance à sa manière : alors que Brice Hortefeux
espérait profiter de l’occasion pour signer un accord bilatéral avec ce
pays source d’émigration, Bamako a préféré se donner du temps pour
réfléchir encore.

Depuis deux ans, des négociations sont engagées, mais des points de blocage
semblent persister. L’enjeu est de taille pour Paris puisqu’il
s’agit de faire accepter le rapatriement des ressortissants maliens
reconduits à la frontière. Au moment où la Libye vient d’en expulser
plusieurs centaines, le président Amadou Toumani Touré a vraisemblablement
hésité à jeté de l’huile sur le feu, l’opinion publique voyant
d’un mauvais œil ces retours forcés.

Sept accords ont néanmoins déjà été signés par la France avec le
Sénégal, le Gabon, la République démocratique du Congo, le Bénin, la
Tunisie, l’île Maurice et le Cap Vert. Seul celui avec le Gabon a été
ratifié par le Parlement français, mais le ministre de l’immigration en
vise quatre autres, en plus du Mali : avec le Burkina Faso, le Cameroun, Haïti
et l’Egypte.

À l’occasion de cette conférence euro-africaine, le réseau Migreurop a
jugé « dangereux » ces accords de réadmission et de gestion concertée des
flux migratoires, parce qu’ils « menacent les droits fondamentaux des
personnes, violent (...) la Convention européenne des droits de l’Homme
ainsi que le principe de non refoulement posé par la Convention de Genève sur
les réfugiés ».

[Source : Médiapart]


Métro - mercredi 26 novembre 2008