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Jeudi 5 mars, la cour d’appel de Douai doit juger une militante de Calais qui a pris l’habitude de photographier les interpellations de sans-papiers depuis cinq ans... et déjà été condamnée dans ce cadre.
« Depuis 2004, j’ai utilisé un appareil-photo et ma voix pour repousser les interventions policières. Le spectacle de la chasse à l’étranger était insupportable dans nos rues de Calais. J’ai compris très vite les frayeurs de la police face à des personnes qui témoignent. »

Voici son récit du bras de fer avec la police qui l’a menée en février 2007 pour la quatrième fois au tribunal alors que les proces contre les soutiens aux sans-papiers aux abords de Sangatte, où une femme a
été placée en garde à vue, fin février 2009 parce qu’elle rechargeait les portables des migrants chez elle.

« Depuis 2004, j’ai utilisé un appareil-photo et ma voix pour repousser les interventions policières. Le spectacle de la chasse à l’étranger était insupportable dans nos rues de Calais. J’ai compris très vite les frayeurs de la police face à des personnes qui témoignent.

Mon travail fut de récupérer les informations données par les réfugiés chaque jour, sur les heures et les lieux des interventions, le niveau de violence et de diffuser ces événements. Les informations données
par les réfugiés me servaient à me tenir sur les lieux avant l’arrivée des CRS pour pouvoir protéger les premiers des violences qui survenaient parfois hors vue (gazage des abris et matraquage des réfugiés une
fois interpellés…).
Je trouvais que c’était un travail très utile pour les gens qui regardent et qui ne savent pas comment intervenir eux-mêmes ; pour les réfugiés à qui je rendais une légalité indispensable à l’envie de monter
une organisation militante.

Contre-spectacle

J’offrais le contre-spectacle des procédures xénophobes de l’Etat. Tous les policiers me connaissaient. J’étais « la journaliste ». Je diffusais sur un site militant et envoyais sur des listes engagées mes « rapports » de surveillance.
J’ai persévéré après ma première garde à vue. Je savais qu’avec ce pouvoir, il fallait continuer, ne pas céder, ne pas avoir peur.

Je ne suis pas une bénévole humanitaire. Je suis une militante politique communiste engagée dans plusieurs luttes. Je pensais que faire respecter la loi en surveillant son application dans la rue nécessitait une prise de risque calculée face à la police. Je ne limitais pas mes actions à cette surveillance pénible et coûteuse en temps et en émotion. Je travaillais également à la défense juridique des réfugiés sans papier et demandeurs d’asile et rappelais souvent leurs droits fondamentaux.

Contre moi, des mesures logiques

De ce fait, les mesures prises à mon encontre par l’ensemble police-justice sont pour moi fortement logiques. L’Etat était capable de s’attaquer aux humanitaires, pourquoi pas à moi ? Ainsi, le 23 octobre 2007, alors que je « patrouillais » près d’un jardin public, deux Erythréens
m’expliquent avoir été libérés de la PAF de Coquelles avec un document dont ils me demandent la traduction. C’était un APRF (Avis de Reconduite à la Frontière). Je leur propose d’aller au Tribunal
administratif de Lille pour s’opposer à l’arrêté du préfet. Le délai est de 48 heures.

Nous nous dirigeons vers une station service encore ouverte pour photocopier les arrêtés. Plusieurs autres réfugiés nous accostent et nous questionnent sur l’utilisation d’une carte de téléphone.
Arrive un car de CRS. J’ai le temps d’allumer l’appareil photo tandis que deux CRS se jettent à la poursuite de quelques réfugiés. Ceux-ci sont vite interpellés face à la station-service, sans autre violence que le spectacle offert d’une chasse à l’étranger et sont ramenés près de la cabine téléphonique.

On me demande de sortir de la zone décrétée zone de contrôle. Je m’exécute et commence à engager une discussion sur le droit d’arrêter à nouveau deux personnes qui venaient juste d’être libérés. Je continue
sur le droit d’aller déposer un référé contre un avis de reconduite à la frontière et oppose aux CRS le délai imparti de 48 heures pour envoyer ce référé et la garde à vue probable de 24 heures pour les deux
Erythréens.

Nous étions encore en train de discuter quand je vois l’un des deux CRS se retourner et foncer vers la station service. Je comprends sans le voir vraiment que l’un des interpellés s’était éclipsé et lève aussitôt mon appareil photo. Très mauvaise idée ! J’avais oublié que l’autre CRS me faisait face. Contre toute attente, il gène l’objectif de l’appareil, puis l’empoigne, me pousse sur le fourgon de ramassage comme je fais un pas vers ce dernier pour pouvoir filmer. Il me tord le bras jusqu’à ce que je m’agenouille de douleur. Avant de me retrouver au sol, j’ai bien essayé de lui prouver que l’appareil n’avait rien filmé de la course
poursuite mais le CRS n’entendait rien. Un deuxième vint à son aide pour me disjoindre les mains.

« J’ai arrêté la journaliste »

Menottée, embarquée dans le car de CRS, j’ai entendu mon tortionnaire annoncer par radio : « J’ai arrêté la journaliste. » Puis lors du départ du car, ce dernier a penché la tête en lisant le nom du café PMU qui se
trouvait en face, portes fermées. Garde à vue de 24 heures, accusée d’outrage et rébellion.
Le 23 avril 2008, au tribunal de grande instance, les CRS ont produit le témoignage de la propriétaire du café PMU. Lors d’une audience reportée, cette dernière n’était pas apparue et n’apparut pas non plus le jour du procès. De mon côté, j’ai produit l’un des deux témoins de la scène de mon arrestation. J’ai été relaxée.

Des amis présents à l’audience remarquent la joie étrange de l’avocat des CRS qui avaient pourtant été déboutés. Le 5 mars, à 14 heures, sera jugé à Douai l’appel formé par le parquet et les deux CRS. Mon témoin ayant déjà témoigné devant le TGI, la Cour ne sera pas obligée d’accepter à nouveau son témoignage à la barre.

Mes images au tribunal

J’ai fourni au procureur général la vidéo du moment précédent l’obstruction par le CRS. Je lui ai également fourni les images tirées de la vidéo du début de la course poursuite contre le fuyard et quiprouvent les mensonges de la propriétaire du café PMU.

Quelle importance a cet énième procès ? Son intérêt réside dans une possible condamnation à du sursis qu ferait révoquer tous mes autres sursis. Sans avocat car sans argent, mesurant très récemment l’intérêt de gagner contre les CRS qui m’ont brutalisée sans motif, j’ai tenté de récupérer le dossier de toute la procédure pour assurer ma défense.
Le service du procureur général m’a opposé un délai de 48 heures pour obtenir les photocopies. Autant dire qu’une heure avant l’audience, je devrais avoir analysé les déclarations des uns et des autres et bâtir ma défense, si jamais j’obtiens le droit de connaître le dossier. L’employée du service du procureur m’a conseillée de demander le renvoi.
Une précédente demande formulée avec des motifs très sérieux avait été rejetée par la cour d’appel qui avait limitée de fait mon temps de défense. »

[source : TERRA]