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Maixo ANZA, compagne de Jon ANZA

Voilà trois mois que le militant abertzale de Donostia Jon Anza a disparu
après avoir pris un train à Bayonne en direction de Toulouse. Il s’est
volatilisé sans laisser de traces. Maixo Anza, sa compagne, est la
dernière personne à l’avoir vu.

Elle n’est pas très bavarde. Ses réponses sont brèves et si l’émotion a
manqué la submerger à l’écoute de certaines questions, elle s’est
maîtrisée. Elle est la compagne de Jon Anza.

C’est elle qui l’a conduit au train en gare de Bayonne le 18 avril
dernier. C’est la dernière fois qu’elle l’a vu. « Le plus dur » dit-elle,
« c’est de ne pas savoir ce qui lui est arrivé ».

Comment vous sentez-vous depuis trois mois ? Vous vous sentez épaulée ?


La présence et le soutien de ma famille et de mes amis ont été sans
faille. Ils sont toujours là, ils m’aident, me redonnent des forces. Mais
en réalité la situation est très difficile à supporter. Je me lève tous
les matins en me demandant ce qui a bien pu se passer, je veux le savoir
et je n’ai pas de réponse. C’est très dur.

C’est vous qui avez vu Jon pour la dernière fois. Il avait le moral ?

Jon a toujours été très positif, il a une grande force de caractère. Il
avait hâte de commencer sa radiothérapie et de reprendre une vie normale
aussi vite que possible après son traitement.

Avez-vous remarqué un changement d’attitude de la police après le
communiqué d’ETA qui reconnaissait que Jon faisait partie de
l’organisation ?

Non, pas particulièrement. Quand j’ai été convoquée au commissariat de
Bayonne, on m’a interrogée toute la matinée, mais je n’ai pas senti de
pression particulière. Les policiers m’ont reconduite à notre domicile et
l’ont fouillé de 13h à 18h. Ils se sont conduits de façon correcte. Ils
ont emporté le rasoir de Jon, ses gants, d’autres effets personnels, pour
relever son ADN, ils ont aussi saisi le disque dur de son ordinateur et
plusieurs clés USB. Les policiers venus de Paris n’ont pas non plus tenté
de m’intimider. Une femme policier m’a demandé pourquoi je parlais de Jon
au passé. Je ne m’en rendais même pas compte. Cela m’arrive encore
parfois.

Avez-vous le sentiment que la police fait tout son possible pour
retrouver Jon ?


Je n’ai aucune nouvelle des policiers parisiens. Ceux de Bayonne nous
tiennent informés par le biais de notre avocate ou m’appellent pour me
tenir au courant des avancées de l’enquête. Par exemple, lorsqu’ils ont
découvert le cadavre d’un homme dans la Nive, ils m’ont appelée pour
savoir si Jon avait des tatouages ou des marques caractéristiques pour
identifier cet homme. Ces derniers temps, ils nous appellent moins. Ils
nous ont dit qu’ils avaient vérifié les aéroports, les trains, les gares,
les hôpitaux, mais que les recherches n’avaient rien donné.

Vous pensez que les recherches sont arrêtées ?

En principe, la police doit établir un rapport qui est ensuite transmis au
tribunal, qui le remet à son tour au juge d’instruction. A ce moment-là,
la famille doit pouvoir avoir accès aux détails de l’enquête, aux noms des
personnes interrogées, à toutes les données qui lui permettent de savoir
si tout ce qui était possible a été fait.

Le ministre de l’Intérieur Alfredo Perez Rubalcaba a déclaré que Jon
avait volontairement choisi de disparaître avec l’argent qu’ETA affirme
qu’il avait sur lui. Son homologue d’alors, Michèle Alliot Marie, a
également - du bout des lèvres - souscrit à cette hypothèse. Croyez-vous
que cela soit possible ?

Certainement pas. C’est impossible. Jon savait que s’il ne se soumettait
pas à son traitement par radiothérapie, il allait devenir aveugle. Il
était convaincu qu’il devait le faire. C’est facile pour les ministres
d’émettre des hypothèses mais ils ne connaissent pas Jon. Ils le font
peut-être parce qu’ils ne savent rien, ou qui sait, parce qu’ils savent
peut-être quelque chose.

A votre avis, qu’est-il arrivé à Jon ?

Sûrement rien de bon. Au début, lorsque nous l’avons cherché partout dans
les hôpitaux et dans les gares, nous avons imaginé plusieurs possibilités
mais au fur et à mesure que le temps passait, seule celle qu’il ait été
enlevé a vraiment pris corps. Après trois mois, je crois que c’est ce qui
est arrivé : un enlèvement, à caractère politique.

Comment réagissez-vous aux réactions provoquées par la disparition de Jon ?

Je pense que les manifestations, les réclamations et les exigences de
vérité sont très positives et j’en éprouve de la reconnaissance. Mais il
n’y a eu des réactions qu’en Pays Basque.

Justement, pourquoi des élus, des partis ou des collectifs pour les
droits de l’homme n’ont-ils pas réagi face à la disparition d’un militant
abertzale, d’autant plus au vu des antécédents historiques en Pays Basque ?

Je ne sais pas. C’est à eux qu’il faut le demander. Je ne comprends pas ce
silence, pas plus que celui des médias français et espagnols. Il est
évident qu’ils ne veulent pas se mouiller. Le mutisme qui entoure sa
disparition est très douloureux pour moi. Jon n’est rien pour eux mais
pour nous, il est un compagnon, un frère, un ami. Ce silence est blessant.

Pensez-vous que Jon réapparaîtra ?

Je l’espère. Peut-être pas en vie, mais peut-être son corps, ou un élément
qui permettra de comprendre ce qui s’est passé. Nous avons besoin de
savoir ce qui lui est arrivé.

Arantxa MANTEROLA

Source : Le Journal du Pays Basque, 21/07/2009