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Occupante de la Bourse du travail, Madame B. vient du Sénégal. Elle vit en France depuis 2000.

Je ne peux pas dire comment je suis venue en France. C’est la vie privée, ça…

Dès que je suis arrivée ici, j’ai trouvé du travail. J’ai travaillé sept ans dans la même société, dans l’hôtellerie. Mais comme je n’ai pas de papiers, on m’a licenciée.

C’est ma sœur qui m‘a fait venir ici. Elle était toute seule avec des enfants, elle avait besoin de moi.

Les sans-papiers, je n’en avais jamais entendu parler au pays. Chez nous, c’est pas comme ça. Pour les Blancs il n’y a pas de problème là-bas. Dès que tu arrives, c’est facile, ils sont à l’aise.

Là-bas, la vie est dure pour nous. Je me suis dit que c’était mieux de venir. J’ai deux filles au pays. Déjà je souffre, je ne veux pas qu’elles viennent. C’est trop dur. Je préfère qu’elles étudient là-bas. Déjà pour moi, je regrette d’avoir arrêté mes études. Moi je ne suis pas allée loin, elles iront plus loin que moi. Quand je les ai au téléphone, elles me demandent de rentrer. Mais c’est moi qui leur paie les études, à l’école française. Ça coûte cher.

C’est dur. Des fois, tu es découragée. Je ne sais pas.

Tu as des parents qui comptent sur toi. Si on rentre comme ça, on sera dépassé. Les autres ont avancé. Toi, pendant que tu es là, tu ne peux pas rattraper ce que tu as laissé là-bas. On est obligés de lutter pour avoir des papiers et voir comment on peut faire sa vie.

Tu as peur. Dès que tu vois des gens, tu te caches. Tu n’oses pas parler devant les gens.

Je ne regrette pas d’être venue, ça fait aussi que je connais beaucoup de choses de la vie.

On n’aurait jamais imaginé qu’on pouvait souffrir comme ça à cause des papiers. Les gens qui quittent la France ne disent rien au pays. Même s’ils ne gagnent rien ils envoient un peu. Si les gens savaient ce qui se passe ici !

Mais quand tu as passé des années ici, si tu rentres et tu dis que c’est dur ils ne vont pas te croire. S’ils viennent et voient la galère, ils vont comprendre. Sinon, ils ne vont jamais comprendre. Ils diront : « Tu ne veux pas que je vienne, c’est pour ça que tu me dis ça. »

Je faisais du commerce, je vendais un peu de tout.

On pense aux parents. C’est ça qui est le plus difficile.

Pour le logement, comme il y a des parents ici, on s’arrange. Un peu ici, un peu là.

On est sans-papiers, où on va se plaindre ? Pas de congés. Pas d’arrêt maladie. Si je m’arrête pour me reposer, je ne suis pas payée. Des fois je gagne 5 ou 600 euros. Ils t’arnaquent, parce qu’ils savent que tu n’as pas de papiers. Des fois tu travailles sept jours sans repos. On te dit qu’il n’y a personne pour te remplacer. Tu le fais, parce que tu as peur. Quand tu fais tes calculs à la fin du mois, ils te disent : non, on ne te paie pas dimanche, il ne fallait pas aller travailler. Le septième jour n’est pas payé.

À cinq heures du matin, tu ne vois que les Noirs dans le métro. Tu ne vois personne d’autre. Tous les travaux durs, c’est nous qui les faisons.

Quand tu viens, tu laisses ta famille, c’est pour bosser, c’est pas pour t’amuser. Et ici on te dit que tu ne peux pas travailler.

Ici c’est une vie qui est dure. Si tu ne travailles pas, tu ne trouves pas quelqu’un pour te donner à manger. En Afrique, si tu ne travailles pas, les gens vont t’aider, te donner quelque chose jusque ton travail revienne.

J’ai demandé une aide, ils n’ont pas voulu parce que les gens qui me logeaient gagnaient de l’argent. Mais quand même, déjà ils me logent parce qu’ils ont pitié, je vais pas leur demander en plus ! C’est pour ça qu’on lutte comme ça. Pour trouver un endroit où dormir.

Ça me fait du bien la lutte. On est venus pour lutter pour nos droits, pour avoir nos papiers pour travailler. C’est ça qu’on veut. Et pas autre chose.


Je suis venue en France. Je ne savais pas que j’allais souffrir comme ça.
Damanyo Frans homaon soumaniuyé denason fi nakeit.


Propos recueillis par A.L.O.