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Le Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde saluait, début mars, la victoire écrasante du référendum islandais pour refuser de payer la dette de plus de 5 milliards de dollars apparue avec la faillite de la banque Icesave en 2008. Il s’inquiétait toutefois, dans son communiqué de presse, du risque de voir la volonté populaire bafouée, comme en France, avec le contournement de la victoire du Non au traité constitutionnel européen, ou en Irlande, où la même question sera reposée jusqu’à devenir acquiescement... La nouvelle d’un accord pour le règlement de cette dette semble pouvoir donner raison à cette sombre prophétie. Ce pourquoi une démarche constitutionnelle est bien indispensable si l’on veut que la démocratie cesse d’être un vain mot.

Samedi 6 mars, les Islandais se sont rendus aux urnes pour se prononcer sur la loi « Icesave », qui prévoyait la nationalisation de dettes privées et l’imposition de mesures économiques antisociales afin de trouver les fonds pour rembourser ces dettes. Le CADTM se réjouit de l’écrasante victoire remportée par le Non, avec environ 93% des suffrages exprimés. Cela constitue une victoire importante contre le néolibéralisme.

L’Islande a subi de plein fouet la crise financière et l’État a nationalisé les trois principales banques du pays, totalement privatisées en 2003, pour les sauver de la faillite. Le peuple islandais s’est mobilisé massivement pour faire payer le coût de cette crise aux responsables : les banques et les fonds spéculatifs. En août 2009, le Parlement a adopté une résolution pour conditionner le remboursement de cette dette aux « capacités de paiement » du pays. Le CADTM dénonce le FMI et l’Union européenne qui ont pesé de tout leur poids pour renverser cette orientation.

Dans la nuit du 30 au 31 décembre 2009, le Parlement a voté la loi « Icesave », qui visait à confirmer la nationalisation de ces dettes privées et à organiser, via des mesures d’austérité (gel des salaires, diminution des dépenses publiques…), le remboursement intégral (3,9 milliards d’euros) des montants avancés par les États britanniques et hollandais pour indemniser leurs « citoyens lésés » par la faillite de la banque en ligne islandaise Icesave en octobre 2008. C’est cette loi que les Islandais viennent de refuser catégoriquement.

Le CADTM reste très vigilant afin que ce choix soit respecté. Rappelons-nous ce qui s’est passé à propos du Traité de Lisbonne : alors que les Français avaient dit Non au Traité constitutionnel européen, le gouvernement français a tout de même fait approuver le Traité de Lisbonne qui l’a remplacé en passant par la voie parlementaire, tandis qu’après un premier vote négatif en Irlande, le gouvernement irlandais a imposé un nouveau référendum afin de parvenir au Oui.

Le CADTM demande au gouvernement islandais de refuser la logique néolibérale tout en garantissant la justice sociale. Pour cela, le CADTM propose une série de mesures concrètes qui pourraient être mises en place rapidement : nationalisation sans indemnisation du secteur bancaire, interdiction de nationaliser les dettes privées, moratoire immédiat sur le remboursement de la dette, mise en place d’un audit intégral de la dette islandaise en vue de répudier toutes les dettes odieuses ou marquées d’irrégularités, impôt exceptionnel sur le patrimoine des grosses fortunes afin de développer des emplois publics socialement utiles et respectueux de la nature… Cela serait conforme à la Déclaration sur le droit au développement, adoptée par l’ONU en 1986, qui stipule dans son article 2 : « Les États ont le droit et le devoir de formuler des politiques de développement national appropriées ayant pour but l’amélioration constante du bien-être de l’ensemble de la population et de tous les individus, fondée sur leur participation active, libre et utile au développement et à la répartition équitable des avantages qui en résultent. »

[Source : CADTM]