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Gérard Noiriel, historien de l’immigration, membre du Comité
de vigilance face aux usages publics de l’histoire, était de passage à l’Olympic café pour répondre aux questions de Nicolas Roméas, de la revue Cassandre.

Il accorde un entretien à l’équipe de Léon TV et au Quotidien des Sans-Papiers.

Il revient notamment sur sa démission de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration et sur certaines questions, tristement d’actualité, autour de l’identité nationale.


Voir en ligne : + d’infos : Inter Culturel

  Sommaire  
Noiriel


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Noiriel

Derniers ouvrage paru :

À quoi sert « l’identité nationale » de Gérard Noiriel (Octobre 2007)

La question de « l’identité nationale » a été remise au centre de l’actualité politique par Nicolas Sarkozy, pendant la campagne électorale des présidentielles. Devenu chef de l’État, celui-ci a créé un « ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale », ce qui est un fait sans précédent dans l’histoire de la République française.

Huit historiens ont aussitôt démissionné de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration pour protester contre ce ministère, estimant que cet intitulé ne pouvait que conforter les préjugés négatifs à l’égard des immigrés. La pétition qu’ont lancée ces historiens a été signée par plus de 10 000 citoyens en moins d’une semaine, et des universitaires du monde entier se sont associés à cet appel. Gérard Noiriel explique les raisons de ce mouvement.

Il montre que la logique identitaire, née au XIXe siècle, a depuis constamment alimenté les discours nationalistes. Il rappelle que, au cours des années 1980, c’est Jean-Marie Le Pen qui a popularisé, dans l’espace public, l’expression « identité nationale » pour stigmatiser les immigrés. Analysant de façon minutieuse les usages de cette formule dans le discours du candidat Sarkozy, il donne des éléments pour éclairer les nouvelles stratégies aujourd’hui à l’œuvre dans le champ politique.

La collection d’histoire est réalisée en collaboration avec le Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire.

Parution : 26/10/2007

ISBN : 978-2-7489-0080-4

156 pages

12 x 19 cm

12.00 euros


 L’intempestive

Une émission d’histoire(s) & de
lutte(s)
sur Fréquence Paris Plurielle (106.3 fm, http://www.rfpp.net), 1
vendredi sur 2 de 17h à 18h, rediffusée 1 lundi sur 2 de 11h à midi, en
permanence et en copyleft sur http://www.intempestive.net

— 

Ce vendredi 25 janvier à 17h (rediff lundi 28 janvier à 11h), on parle
constructions et usages de l’identité nationale : conférence de Gérard
Noiriel
, historien, démissionnaire de la Cité nationale de l’immigration
depuis la création du Ministère de l’identité nationale, membre du Comité
de vigilance face aux usages publics de l’histoire – présentation complète
et enregistrement bientôt en ligne sur
http://www.intempestive.net/spip.php?article15


Gérard Noiriel :

Historien, directeur d’études à l’EHESS, président du Comité de vigilance sur les usages de l’histoire (CVUH), Gérard Noiriel est membre démissionnaire du conseil scientifique de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration.


 CVUH

Manifeste du Comité de Vigilance face aux usages publics de l’histoire

adopté le 17 juin 2005

En tant que chercheurs et enseignants en histoire, notre rôle principal consiste à élaborer et à transmettre des connaissances rigoureuses sur le passé. Celles-ci résultent d’une analyse critique des sources disponibles, et répondent à des questions qui ont pour but de mieux comprendre les phénomènes historiques et non pas de les juger. Mais les historiens ne vivent pas dans une tour d’ivoire. Depuis le XIXe siècle, le contexte politique et social a joué un rôle essentiel dans le renouvellement de leurs objets d’étude. Les luttes ouvrières, le mouvement féministe, la mobilisation collective contre le racisme, l’antisémitisme et la colonisation, ont incité certains d’entre eux à s’intéresser aux « exclus » de l’histoire officielle, même si la France est restée à la traîne de ces mutations.

Il y a donc un rapport étroit entre la recherche historique et la mémoire collective, mais ces deux façons d’appréhender le passé ne peuvent pas être confondues. S’il est normal que les acteurs de la vie publique soient enclins à puiser dans l’histoire des arguments pour justifier leurs causes ou leurs intérêts, en tant qu’enseignants-chercheurs nous ne pouvons pas admettre l’instrumentalisation du passé. Nous devons nous efforcer de mettre à la disposition de tous les connaissances et les questionnements susceptibles de favoriser une meilleure compréhension de l’histoire, de manière à nourrir l’esprit critique des citoyens, tout en leur fournissant des éléments qui leur permettront d’enrichir leur propre jugement politique, au lieu de parler à leur place.

Les enjeux de mémoire aujourd’hui

Les tentatives visant à mettre l’histoire au service de la politique ont été nombreuses depuis un siècle. Le nationalisme et le stalinisme ont montré que lorsque les historiens et, au-delà, l’ensemble des intellectuels renonçaient à défendre l’autonomie de la pensée critique, les conséquences ne pouvaient être que désastreuses pour la démocratie. Au cours de la période récente, les manipulations du passé se sont multipliées. Les « négationnistes », ces « assassins de la mémoire » (Pierre Vidal Naquet), ont cherché à travestir l’histoire de la Shoah pour servir les thèses de l’extrême droite. Aujourd’hui, l’enjeu principal concerne la question coloniale. Dans plusieurs communes du sud de la France, on a vu apparaître des stèles et des plaques célébrant des activistes de l’OAS qui ont pourtant été condamnés par la justice pour leurs activités anti-républicaines. Tout récemment, le gouvernement n’a pas hésité à adopter une loi (23 février 2005) exigeant des enseignants qu’ils insistent sur « le rôle positif » de la colonisation.

Cette loi est non seulement inquiétante parce qu’elle est sous-tendue par une vision conservatrice du passé colonial, mais aussi parce qu’elle traduit le profond mépris du pouvoir à l’égard des peuples colonisés et du travail des historiens. Cette loi reflète une tendance beaucoup plus générale. L’intervention croissance du pouvoir politique et des médias dans des questions d’ordre historique tend à imposer des jugements de valeur au détriment de l’analyse critique des phénomènes. Les polémiques sur la mémoire se multiplient et prennent un tour de plus en plus malsain. Certains n’hésitent pas à établir des palmarès macabres, visant à hiérarchiser les victimes des atrocités de l’histoire, voire à opposer les victimes entre elles. On voit même des militants, soucieux de combattre les injustices et les inégalités de la France actuelle, se placer sur le terrain de leurs adversaires, en confondant les polémiques sur le passé et les luttes sociales d’aujourd’hui. Présenter les laissés pour compte de la société capitaliste actuelle comme des « indigènes de la République », c’est raisonner sur le présent avec les catégories d’hier, c’est se laisser piéger par ceux qui ont intérêt à occulter les problèmes fondamentaux de la société française, en les réduisant à des enjeux de mémoire.

Il existe beaucoup d’autres domaines où les historiens sont confrontés à ces logiques partisanes. La multiplication des « lieux de mémoire » dénonçant les « horreurs de la guerre » ou célébrant « la culture d’entreprise » tend à imposer une vision consensuelle de l’histoire, qui occulte les conflits, la domination, les révoltes et les résistances. Les débats d’actualité ignorent les acquis de la recherche historique et se contentent, le plus souvent, d’opposer un « passé » paré de toutes les vertus, à un présent inquiétant et menaçant : « Autrefois, les immigrés respectaient « nos » traditions car ils voulaient « s’intégrer ». Aujourd’hui, ils nous menacent et vivent repliés dans leurs communautés. Autrefois, les ouvriers luttaient pour de bonnes raisons, aujourd’hui ils ne pensent qu’à défendre des intérêts « corporatistes », encouragés par des intellectuels « populistes » et irresponsables ».

Nous en avons assez d’être constamment sommés de dresser des bilans sur les aspects « positifs » ou « négatifs » de l’histoire. Nous refusons d’être utilisés afin d’arbitrer les polémiques sur les « vraies » victimes des atrocités du passé. Ces discours ne tiennent compte ni de la complexité des processus historiques, ni du rôle réel qu’ont joué les acteurs, ni des enjeux de pouvoir du moment. Au bout du compte, les citoyens qui s’interrogent sur des problèmes qui les ont parfois (eux ou leur famille) directement affectés, sont privés des outils qui leur permettraient de les comprendre.

La nécessité de l’action collective

Il est vrai qu’un certain nombre d’entre nous ont tiré depuis longtemps la sonnette d’alarme dans des livres ou des articles de presse. Mais ces réactions individuelles sont aujourd’hui insuffisantes. L’information-spectacle et l’obsession de l’audimat poussent constamment à la surenchère, valorisant les provocateurs et les amuseurs publics, au détriment des historiens qui ont réalisé des recherches approfondies, prenant en compte la complexité du réel. Pour résister efficacement à ces entreprises, il faut donc agir collectivement. C’est pourquoi nous appelons tous ceux qui refusent que l’histoire soit livrée en pâture aux entrepreneurs de mémoire à rejoindre notre Comité de vigilance. Deux domaines de réflexion et d’action nous semblent prioritaires :

1. L’enseignement de l’histoire. Le débat actuel sur l’histoire coloniale illustre un malaise beaucoup plus général concernant l’enseignement de notre discipline, et l’énorme décalage qui existe entre les avancées de la recherche et le contenu des programmes. Il faudrait commencer par établir un état des lieux, pour réduire le fossé entre recherche et enseignement, réfléchir à une élaboration plus démocratique et transparente des programmes, pour que les différents courants de la recherche historique soient traités de façon équitable.

2. Les usages de l’histoire dans l’espace public. Il va de soi que notre rôle n’est pas de régenter la mémoire, Nous ne nous considérons pas comme des experts qui détiendraient la Vérité sur le passé. Notre but est simplement de faire en sorte que les connaissances et les questionnements que nous produisons soient mis à la disposition de tous. Pour cela il faut ouvrir une vaste réflexion sur les usages publics de l’histoire, et proposer des solutions qui permettront de résister plus efficacement aux tentatives d’instrumentalisation du passé.


À lire également :

Identité(s) nationale(s) : le retour des politiques de l’identité

Savoir/Agir n°2 - Éditions du Croquant

Le dossier est consacré au thème : « Identité(s) nationale(s) : le retour des politiques de l’identité ? ».

La récente campagne électorale, puis la création d’un ministère associant dans
son intitulé immigration et identité nationale témoignent du retour, en France mais aussi ailleurs dans le monde, des politiques publiques conduites au nom des « identités nationales ».

Pour les auteurs qui ont contribué à ce dossier, l’objectif premier n’est pas de définir ce qu’est notre identité nationale, encore moins ce qu’elle devrait être dans l’idéal. Il est de mettre en lumière, à partir de leurs travaux respectifs, les évolutions qui ont conduit à la situation actuelle.

En marge de ce dossier, un entretien avec Gérard Noiriel permet de mieux saisir les motivations des historiens qui ont démissionné de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration à la suite de la décision de créer ce qui deviendra en fin de compte « le ministère de l’Immigration , de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement ». Il met en évidence les pièges posés par les usages politiques de l’histoire.

Ce numéro 2 reprend par ailleurs les rubriques déjà présentes dans le premier numéro : « la parole au peuple », « la rhétorique réactionnaire aujourd’hui », « la chronique de la gauche de la gauche », « les politiques d’ailleurs ».

Le sommaire numéro 2

Éditorial

Frédéric Lebaron

Le dossier

Identité(s) nationale(s) :le retour des politiques de l’identité ?, Romain Bertrand et Sylvain Laurens

Le concept de nation en France, Anne-Marie Thiesse

Les politiques et les débats publics autour de l’immigration et de l’identité nationale depuis les années 1960, Sylvain Laurens

L’immigration dans les débats parlementaires de ces dernières décennies, Marine de Lassale

Les manuels scolaires et l’encadrement de l’histoire politique, Brigitte Gaïti

Le retour des références à l’« identité », quelles conséquence pratiques ?, Serge Slama

Les questions d’identité au-delà du cadre national, Romain Bertrand

Côte d’Ivoire : l’« ivoirité » ou comment détourner la question de l’identité nationale, Laurent Bazin

La parti travailliste britannique et les enjeux de la britishness, Keith Dixon

Le grand entretien

La socio-histoire et les usages et mésusages de l’histoire, Gérard Noiriel

La parole au peuple

Les cadres et les recours devant les prud’hommes, Laurent Willemez

La rhétorique réactionnaire Gérard Mauger

La chronique de la gauche de la gauche

Les publications de la rentrée, Louis Weber

Politiques d’ailleurs

La gauche au pouvoir en Amérique latine, Renaud Lambert

La gauche de la gauche en Allemagne