BELGIQUE
Inégaux dans l’illégalité
Publié le: 16 juillet 2008
Les actions des sans-papiers se multiplient en Belgique. On peut les voir à Forest (église du Saint-Curé de Ars), à Bruxelles (église du Béguinage), à Ixelles (occupation d’un bâtiment de l’ULB) et dans bien d’autres lieux. Occupé par des dossiers communautaires électoralement plus porteurs, le gouvernement fédéral semble négliger la problématique de la régularisation des sans-papiers. Les mesures temporaires proposées, si elles permettent parfois de résoudre individuellement des problèmes préoccupants, ne font que repousser à plus tard la véritable prise de décision. Ainsi, les occupants de l’église forestoise qui avaient entamé depuis de nombreuses semaines une grève de la faim se sont vus proposer des permis de séjour provisoires de trois mois, ce que les sans-papiers concernés ont refusé à juste titre.
La question que l’on peut légitimement se poser à cet égard est celle de l’inégalité de traitement des sanspapiers. À l’heure où la ministre responsable tente d’établir des critères objectifs de régularisation qui négligent d’éventuelles spécificités des dossiers individuels, on voit se développer une tendance au traitement différencié des sans-papiers en fonction du degré de dangerosité de leurs actions. Ainsi, un sans-papiers qui met sa vie en danger en entamant une grève de la faim ou en grimpant au sommet d’une grue de chantier se voit proposer par les autorités une solution – parfois temporaire – à certains de ses problèmes. De l’autre côté, un sans-papiers qui informe l’opinion publique sur sa problématique grâce à des actions politiques, culturelles ou symboliques n’attire pas le regard des autorités belges.
Les conditions de vie de nombreux sans-papiers sont déjà souvent inhumaines, alors pourquoi favoriser ceux qui prennent des risques supplémentaires ? Un sans-papiers, père de famille, se doit d’aller tous les jours travailler pour subvenir aux besoins de ses enfants et ne peut pas se permettre de mettre sa santé en jeu car, bien souvent, il est la seule source de revenus pour cette famille. Quels sont les critères qui permettent de distinguer un sans-papiers qui pourrait bénéficier de solutions individualisées d’un autre ? La dangerosité de son action ? La présence de caméras de télévision ? Nous courrons tout droit vers une discrimination de sans-papiers par rapport à d’autres sans-papiers, vers une inégalité de traitement, alimentée par l’inaction du gouvernement.
La question des sans-papiers est un problème de société, de notre société dans son ensemble. Les sans-papiers ne sont pas des criminels. Bien souvent, ils ont une famille, un travail, un toit sous lequel vivre. Ces personnes souhaitent continuer à vivre sur le territoire belge, en toute légalité, et souhaitent s’intégrer dans notre société. Comment pourraient-ils s’intégrer valablement parmi la population si l’étape première de cette intégration se base sur une discrimination ? Cette politique peut à terme mener à des dérives. Pourquoi les sans-papiers n’entament-ils tous pas une grève de la faim ou ne menacent-ils tous pas de mettre fin à leurs jours si cela peut leur apporter de la visibilité et une solution parfois provisoire ? En traitant les sans-papiers de manière inégale, les autorités elles-mêmes les poussent à prendre plus de risques. Audelà de notre responsabilité collective sur la problématique globale des sans-papiers se pose la responsabilité spécifique des décideurs politiques qui ne répondent qu’à ceux qui jouent avec leur vie.
Pour éviter que ne se multiplient les actions extrêmes et désespérées, il est donc urgent que le gouvernement adopte et mette en oeuvre les critères objectifs et raisonnables de régularisation, qui permettent de traiter tous les dossiers de sans-papiers de manière rapide, juste et équitable.
[Source : Comité d’accompagnement des S-P de l’ULB]



