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Les actions des sans-papiers se multiplient en Belgique.
On peut les voir à Forest (église du Saint-Curé de Ars),
à Bruxelles (église du Béguinage), à Ixelles (occupation
d’un bâtiment de l’ULB) et dans bien d’autres lieux.
Occupé par des dossiers communautaires électoralement
plus porteurs, le gouvernement fédéral semble négliger la
problématique de la régularisation des sans-papiers. Les
mesures temporaires proposées, si elles permettent parfois
de résoudre individuellement des problèmes préoccupants,
ne font que repousser à plus tard la véritable prise
de décision. Ainsi, les occupants de l’église forestoise qui
avaient entamé depuis de nombreuses semaines une
grève de la faim se sont vus proposer des permis de séjour
provisoires de trois mois, ce que les sans-papiers concernés
ont refusé à juste titre.

La question que l’on peut légitimement se poser à cet
égard est celle de l’inégalité de traitement des sanspapiers.
À l’heure où la ministre responsable tente d’établir
des critères objectifs de régularisation qui négligent
d’éventuelles spécificités des dossiers individuels, on voit
se développer une tendance au traitement différencié des
sans-papiers en fonction du degré de dangerosité de leurs
actions. Ainsi, un sans-papiers qui met sa vie en danger
en entamant une grève de la faim ou en grimpant au
sommet d’une grue de chantier se voit proposer par les
autorités une solution – parfois temporaire – à certains de
ses problèmes. De l’autre côté, un sans-papiers qui
informe l’opinion publique sur sa problématique grâce à
des actions politiques, culturelles ou symboliques n’attire
pas le regard des autorités belges.

Les conditions de vie de nombreux sans-papiers sont déjà
souvent inhumaines, alors pourquoi favoriser ceux qui
prennent des risques supplémentaires ? Un sans-papiers,
père de famille, se doit d’aller tous les jours travailler pour
subvenir aux besoins de ses enfants et ne peut pas se permettre
de mettre sa santé en jeu car, bien souvent, il est
la seule source de revenus pour cette famille. Quels sont
les critères qui permettent de distinguer un sans-papiers
qui pourrait bénéficier de solutions individualisées d’un
autre ? La dangerosité de son action ? La présence de
caméras de télévision ? Nous courrons tout droit vers une
discrimination de sans-papiers par rapport à d’autres
sans-papiers, vers une inégalité de traitement, alimentée
par l’inaction du gouvernement.

La question des sans-papiers est un problème de société,
de notre société dans son ensemble. Les sans-papiers ne
sont pas des criminels. Bien souvent, ils ont une famille,
un travail, un toit sous lequel vivre. Ces personnes souhaitent
continuer à vivre sur le territoire belge, en toute
légalité, et souhaitent s’intégrer dans notre société.
Comment pourraient-ils s’intégrer valablement parmi la
population si l’étape première de cette intégration se base
sur une discrimination ? Cette politique peut à terme
mener à des dérives. Pourquoi les sans-papiers n’entament-ils tous pas une grève de la faim ou ne menacent-ils
tous pas de mettre fin à leurs jours si cela peut leur apporter
de la visibilité et une solution parfois provisoire ? En
traitant les sans-papiers de manière inégale, les autorités
elles-mêmes les poussent à prendre plus de risques. Audelà
de notre responsabilité collective sur la problématique
globale des sans-papiers se pose la responsabilité spécifique
des décideurs politiques qui ne répondent qu’à
ceux qui jouent avec leur vie.

Pour éviter que ne se multiplient les actions extrêmes et
désespérées, il est donc urgent que le gouvernement
adopte et mette en oeuvre les critères objectifs et raisonnables
de régularisation, qui permettent de traiter tous les
dossiers de sans-papiers de manière rapide, juste et équitable.

[Source : Comité d’accompagnement des S-P de l’ULB]