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A l’annonce du résultat du vote du grand Conseil cantonal du Valais, Michel SITBON - actuel président, co-fondateur de Cannabis Sans Frontières- a décidé d’entamer une grève de la faim, en signe de solidarité avec Bernard Rappaz, et pour alerter l’opinion sur la gravité de la situation du chanvrier suisse. Au 3e jour de son refus d’alimentation, il signait une contribution pour une publication dans le quotidien la Tribune de Genève : http://cannabissansfrontieres.org/le-fondateur-de-cannabis-sans,395.html Au 5e jour, il enregistrait cet appel.

http://supportrappaz.org/


Voir en ligne : Libérez Rappaz !

Télécharger la tribune de Michel Sitbon au format PDF, et lisez-là ci-dessous.

PDF - 68.1 ko

HTTP ://TELELIBERTE.NET/

Samedi 20 novembre 2010

A l’annonce du résultat du vote du grand Conseil cantonal du Valais, Michel SITBON – actuel
président, co-fondateur de Cannabis Sans Frontières – a décidé d’entamer une grève de la
faim, en signe de solidarité avec Bernard Rappaz, et pour alerter l’opinion sur la gravité de la
situation du chanvrier suisse. Au 3e jour de son refus d’alimentation, il signe cette
tribune.

Lettre à mes amis suisses à propos du refus de la grâce de Bernard Rappaz

Je lis à l’instant un article qui rend compte d’un sondage sur le sort de Bernard Rappaz. Une majorité de
citoyens helvétiques serait en accord avec le Grand conseil du Valais pour le laisser mourir… On reste sans
voix. Et on voudrait, en écrivant, convaincre : écartez-vous de cette horreur. Vite, tant que Bernard est vivant.
Après, vous aurez un crime sur la conscience. Un crime collectif – le plus abject des crimes.

Faut-il vous rendre hommage, dans ce naufrage de la conscience ? Vous avez, certes, innové. L’effroyable
refus de grâce voté par une majorité de 90% des élus du Valais, comme le sentiment public colporté par les
médias et par ce sondage, abolissent l’idée même de la grève de la faim qui s’adresse à la compassion.
Vous répondez : pourquoi aurais-je de la compassion, s’il veut mourir, qu’il meure !

Bernard Rappaz ne veut pas mourir, il veut justice.

L’entreprise qu’il a dirigée, sa ferme, Valchanvre, a été une entreprise légale, publique, extrêmement
publique. C’est ce qu’on lui reproche aujourd’hui, en fait.

Bernard est un militant, une figure publique, qui revendique la liberté de cultiver du chanvre. Il se bat pour ce
qu’il considère être l’intérêt de l’agriculture suisse, mais aussi pour la santé publique, pour l’écologie.

Bernard n’était pas un trafiquant clandestin, ce au nom de quoi il a été condamné si abusivement. Il n’y a pas
fallu de longue enquête de la brigade des stupéfiants pour savoir que cet agriculteur valaisan cultivait du
chanvre : c’était dans l’intitulé de son entreprise.

Il commerçait avec des partenaires eux-mêmes légaux, qui agissaient de même publiquement – et n’ont
d’ailleurs pas été inquiétés, normalement. Valchanvre, comme ses clients ou ses fournisseurs, déclarait ses
revenus et payait des impôts. Beaucoup d’impôts même, en un temps où une vague de tolérance dans la
société suisse avait permis à cette entreprise de prospérer.

Puis, cet épisode de tolérance s’étant refermé, Bernard a déjà subi une bien lourde sanction en voyant son
activité prospère disparaître. Ne doutons pas qu’il aurait su se reconvertir s’il n’avait été harcelé par la
justice. Comme on sait, cela n’a pas été le cas, et Valchanvre a fait faillite. Aujourd’hui, Bernard a même
perdu sa ferme.

Où est-il ce terrible trafiquant qui mériterait des années de
prison ?

Il n’avait même pas l’argent suffisant pour racheter sa ferme, l’oeuvre de sa vie, lorsqu’elle a été vendue aux
enchères.

Honte ! Honte à la société suisse, honte aux politiciens, aux élus, aux partis, aux médias, honte à tous ceux
qui auront répondu qu’il faut laisser Bernard mourir.

Il n’y a pas de mots pour dire le degré d’abjection qu’atteint là cette société riche et contente d’elle-même,
lorsqu’elle ose assumer la mort d’un homme dans un tel contexte.

Ce serait soi-disant pour protéger le Droit qu’il faudrait que Bernard meure ! Ce serait injuste qu’il vive libre
quand d’autres sont en prison et purgent leurs peines, nous explique-t-on sans rougir.

Là aussi, rendons hommage à la société suisse d’avoir réussi à produire un syllogisme aussi terrifiant. Le
droit stipule qu’une personne qui n’est pas en état d’exécuter sa peine doit en être dispensée. Et si Bernard
devait mourir, le système judiciaire et carcéral suisse serait simplement responsable d’un assassinat.

Si Bernard Rappaz en est aujourd’hui au 86e jour de grève de la faim, c’est parce qu’il a le sentiment
d’une injustice.

S’il meurt demain, ce ne sera pas une injustice, ce sera un
scandale.

« Pourquoi le ciel ne s’est-il pas écroulé pour venir en aide à ta lutte ? » demande l’écrivain indonésien Putu
Oka Sukanta.

Il faut sauver Bernard Rappaz. Mais c’est aussi la société suisse qu’il faut sauver de cette indignité nationale
à laquelle elle s’expose, si un cercueil devait sortir de l’hôpital où est actuellement incarcéré Bernard.

Au-delà de la Suisse, c’est la conscience humaine qui serait atteinte.

Si quelques démagogues ont réussi à faire valoir jusque-là que la justice pouvait s’appliquer par-delà toute
humanité, le jour où un cercueil sortira de l’hôpital de Genève, c’est la honte universelle qui s’abattra. Dans
son déshonneur, l’État suisse entraînera l’idée même de la justice, celle du droit, comme celle de la
démocratie, sur laquelle ces politiciens inconscients prétendent fonder la légitimité de leur crime.

Sauvez Rappaz !

Michel Sitbon, au troisième jour de grève de la faim en solidarité avec Bernard Rappaz.

POSTE : c/o Lady Long Solo 38, rue Keller 75011 PARIS M° Voltaire(L9) Bastille (L1, L5)
CONTACT :  ; http://cannabissansfrontieres.org