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Pendant une manifestation en soutien à un travailleur sans-papiers,
M. Houcine Amloug, employé dans un restaurant de
Courbevoie depuis douze mois et menacé de licenciement
abusif, la police est intervenue et a arrêté le sans-papiers, sur
indication du patron du restaurant. Une heure plus tard, une
manifestante était également interpellée. Les deux ont été
embarqués au commissariat de Courbevoie.

Le 9e collectif a appelé à ce rassemblement, qui était autorisé,
le jeudi 27 mars pour soutenir Houcine dans sa lutte de
reconnaissance de ses droits fondamentaux de travailleur. À
l’arrivée de Houcine sur les lieux, le patron du restaurant le
désigne aux policiers en civil qui l’arrêtent.

M. Amloug recevait des fiches de paie, mais il n’avait pas de
contrat de travail. Le patron du restaurant « le Grand Bé »
l’avait embauché en toute connaissance de sa situation de
sans-papiers. L’employeur lui a affirmé qu’il était content de
ses compétences et que l’embauche était définitive. Vers septembre
2007, il a commencé à harceler M. Houcine Amloug
– moralement : « l’inspection va passer, la Préfecture a
appelé… » – et physiquement, le fils de l’employeur ayant
versé sur lui de l’eau bouillante, en lui suggérant d’aller porter
plainte s’il n’était pas content...

Le 22 février 2008, à la fin de son service, l’employeur s’est
présenté avec un contrat et a fait pression sur M. Amloug
pour qu’il signe ce contrat antidaté (10 avril 2007), en le
menaçant de le dénoncer. Ce contrat indiquait que Monsieur
Amloug était employé au sein du Restaurant jusqu’au retour
d’un salarié absent pour raison de santé.

L’intéressé a reçu, à sa grande surprise, le samedi 22 mars, une
lettre recommandée « de remerciement » lui indiquant que
son contrat prendra fin le 26 mars suite à la reprise de travail
du titulaire du poste qu’il occupait depuis plus d’un an.
Houcine est dans la même situtation que la plupart des sanspapiers
– que ce soit dans le bâtiment, la restauration, ou le
nettoyage. Ils sont surexploités. Ils effectuent les travaux les
plus pénibles la peur au ventre. Et ils subissent la pression
conjuguée de la police et du patron pour qu’ils ne puissent pas
revendiquer leurs droits.

Le Code de travail donne pourtant les mêmes droits aux travailleurs
sans-papiers qu’aux autres. Par le chantage à la
dénonciation, profitant de la faiblesse des sans-papiers – et de
la “politique du chiffre” qui met la police à leur disposition –,
des employeurs s’estiment totalement libres de violer le droit
du travail – puisqu’ils peuvent à tout moment faire disparaître
l’employé mécontent dans un camp de déportation.

Houcine, placé dans un local de rétention, à Nanterre, devait
passer devant le juge des libertés et de la détention dimanche
30 mars à treize heures. De crainte que l’audience ne soit
avancée, dès dix heures du matin ce dimanche, une
bonne quarantaine de personnes étaient rassemblées
pour assister à l’audience et demander sa libération.

Après quatre heures d’attente sous la pluie, et une
vive discussion entre les « méchants gauchistes » et les
policiers – qui en retour se voyaient traités de « police
politique » –, ces derniers demandant que la moitié du
groupe attende devant les grilles sous la pluie… Tout
le monde est finalement rentré dans le hall du tribunal,
pour attendre encore deux bonnes heures. Le
CRA de Nanterre n’étant pas grand, il n’y avait pas
foule pour passer devant le juge des libertés et de la
détention, et personne ne se pressait pour l’audience
de Houcine. C’est vers seize heures que finalement a
eu lieu l’audience, dans une salle humide et en travaux,
peu accueillante (si un tribunal peut l’être),
comme l’ensemble du bâtiment. Une salle de dix-neuf
places très exactement, nombre de personnes qui
pourront assister à l’audience comme nous l’explique
les policiers. Inutile d’insister sur le fait qu’elle aurait
pu contenir au bas mot quarante personnes – mais « 
sécurité » avant tout. L’audience est ouverte. C’est
Maître Henri Braun qui prend la défense de Houcine.

Trois nullités de procédure dans cette affaire où l’on
arrête la victime. Une feuille concernant l’APRF ne
figure pas dans le dossier (là, impossible d’être plus
précis, n’étant pas juriste…). Le nom de l’avocat figurant
dans le procès verbal est « Hneri ». Plus loin il
est question de « Maître Amloug » – Houcine a en
effet fait son droit en Tunisie. Il semble que Maître
Braun n’ait pas été prévenu, bien qu’un message
aurait été laissé sur son répondeur (à moins que ce ne
soit sur celui de Maître Hneri, ou celui de Maître
Amloug…).

Puis l’avocat soulève un point intéressant : Houcine,
n’est-il pas la victime dans cette histoire ? Pourtant
c’est lui l’accusé, voire le « délinquant » comme l’explique
l’avocat de la préfecture, qui semble faire de ce
procès une affaire personnelle… De plus, ajoute-t-il,
tous les éléments qu’a soulevé Maître Braun ne sont
que des points de détail dans cette affaire. Il va de soi
qu’un innocent derrière les barreaux n’est qu’un point
de détail dans la justice d’un régime qui se durcit jour
après jour. L’avocat de M. Amloug se demande aussi
s’il n’y a pas eu corruption des policiers, ces derniers
ayant été vu en train de trinquer avec le patron du
restaurant après l’arrestation de Houcine.

Il n’est pas ordinaire que quelqu’un soit arrêté au sein
d’une manifestation autorisée, s’il ne commet aucun
délit. Même un sans-papiers. Or, c’est bien ce qui s’est
passé jeudi. Arrestation au faciès, ou arrestation après
délation (et corruption ?), les méthodes des policiers
ont beau nous indigner, elles ne nous étonnent pas.
Ainsi le droit fondamental de manifestation se semble
pas peser beaucoup à Courbevoie. Et les
employeurs y disposent d’une façon bien expéditive
de régler leurs conflits de travail – avec la complicité
du commissariat... Henri Braun sera entendu. Le verdict
tombe : Houcine est libre. Il compte bien faire
valoir ses droits.

QSP