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Il y a quelques semaines, la Préfecture des Hauts de Seine se vantait d’avoir « nettoyé » le département de tous les campements Rroms qui y restaient. Aujourd’hui, le ministre de l’Intérieur estime que ce n’est pas assez, et que les chiffres d’expulsions de son département fétiche ne sont toujours pas assez « bons ». La petite Afrique du Sud, voulue par l’ancien monarque local, Achille Perretti, et patiemment construite par son successeur Charles Pasqua, ne serait pas assez radicale aux yeux des nazillons qui ont grandi en son sein avant de parvenir au pouvoir aujourd’hui. Les fanas du karcher et du charter en veulent toujours plus. Hortefeux lave plus blanc.

Pas assez zélée, la préfecture de Nanterre. Le ministère de l’Immigration considère qu’en matière de reconduite à la frontière, dans les Hauts-de-Seine, le compte n’y est pas. Cette remontrance a été adressée au préfet Patrick Strzoda dans un courrier qu’il a reçu la semaine dernière.

La missive, émanant du secrétaire général du ministère, fait le bilan d’une journée d’évaluation qui s’est déroulée au sein du service étrangers au début du mois de juillet dernier. Au cours de cette visite, les représentants ministériels ont passé en revue toutes les procédures et examiné les dernières statistiques.

Si plusieurs domaines leur ont donné satisfaction, notamment en matière d’accueil des étrangers, la question de « l’éloignement » pose manifestement souci. Les griefs du ministère s’appuient sur l’examen des chiffres de 2009, qui marquent « un point bas », note le secrétaire général du ministère.

Avec 436 décisions, les Hauts-de-Seine ne représentent « que » 5,4% des mesures d’éloignement prises en Ile-de-France. Un chiffre en deçà des objectifs, notamment parce que le nombre des « reconduites forcées » — par opposition aux départs volontaires — est, toujours aux yeux du ministère, en proportion insuffisante. Evidemment, un tel discours ulcère les militants de Réseau éducation sans frontières (RESF), régulièrement mobilisés pour tenter d’éviter des expulsions.

« Cette façon de compter les gens et de fixer des objectifs quantitatifs, ça ne sent vraiment pas bon, réagit Richard Moyon, l’un des porte-parole de RESF. C’est aussi une façon scandaleuse de mettre la pression sur la machine administrative et policière. Peut-être que le préfet ne réalise pas ses objectifs car il rencontre une certaine résistance. Dans le département, chaque expulsion de lycéen, de jeune majeur ou de parent d’enfant scolarisé donne lieu à des réactions systématiques. »

Du côté du centre administratif, on pointe plutôt l’attitude des juges des libertés et de la détention, saisis lorsque les étrangers sont placés dans les centres de rétention, et qui annulent les procédures de la préfecture. « Si on ne fait pas assez d’éloignement, c’est par résistance des juges et des consuls », estime le préfet. Côté juges, « nos décisions sont systématiquement annulées par le tribunal de Bobigny, et pour moitié par celui de Paris », souligne Patrick Strzoda. Quant aux consuls, désormais, ils n’accordent plus qu’au compte-gouttes les laisser-passer — nécessaires pour que leurs ressortissants sans passeport puissent réintégrer le territoire.

[Source : Le parisien]