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Mercredi 26 novembre 2008, Rodolphe Nettier, président de l’association SôS soutien ô sans papiers, a été convoqué par la responsable du service police de la préfecture de police de Paris. Deux flics se sont déplacés à son domicile le 21 novembre pour lui apporter la convocation.

L’entretien a porté sur la manifestation du 11 novembre qui s’est déroulée devant le camp de rétention de Vincennes et qui s’est terminée par le blocage de l’autoroute.

Manifestement, les autorités policières sont inquiètes quant à la tournure des événements. SôS soutien ô sans papiers n’avait pas déposé de demande de manifestation pour l’action du 11 novembre. La police semble le regretter. Comment arrêter des responsables, lorsqu’il n’y en a pas de déclarés nominativement ?

Lors de cette convocation, il fut proposé au président de SôS soutien ô sans papiers que dorénavant, l’association déposerait les demandes pour toutes les manifestations concernant les rassemblements de soutien aux retenus se déroulant devant les camps de rétention de la région parisienne. Ainsi, Rodolphe Nettier deviendrait l’interlocuteur privilégié de la préfecture. En conséquence, notre camarade serait responsable de tous les événements se déroulant pendant ces manifestations, avec les éventuelles poursuites que la police et la justice estimeraient devoir entreprendre. En contre partie, lorsque SôS soutien ô sans papiers appellerait à des manifestations devant les CRA et donc les déclarerait, les rassemblements auraient la possibilité de se rendre aux portes des camps pour exprimer leur solidarité avec les retenus

Cette proposition de la préfecture de police de Paris appelle deux commentaires :

c’est un véritable piège qui est tendu à notre camarade et plus largement aux membres de l’association SôS soutien ô sans papiers. Au moindre incident, ils seront poursuivis pénalement et pourront donc être condamnés ;

Hortefeux est pour le moins paradoxal ! En effet, on ne peut concevoir que cette proposition de la préfecture de police soit faite à son insu. Au mois d’août, le ministre de l’immigration et de l’identité nationale porte plainte contre SôS soutien ô sans papiers et son président parce qu’ils auraient incités les retenus du camp de Mesnil Amelot à l’incendier. Et maintenant, par l’intermédiaire de la préfecture de police, il autoriserait cette association et son président à organiser des rassemblements près des CRA, sous réserve qu’ils en prennent la responsabilité !

À notre connaissance, le ministre n’a pas retiré sa plainte et la procédure se poursuit. Ainsi, si l’on reste dans la logique d’Hortefeux, il faciliterait l’action de personnes et d’une structure qu’il considère comme de dangereux incitateurs à la destruction des camps de rétention et pouvant mettre la vie d’autrui en danger. Le ministère de l’immigration perdrait-il les pédales ? Est-ce les plaintes de l’association SôS papiers et de son président à son encontre qui lui causeraient quelques inquiétudes ?

Plus fondamentalement, la politique xénophobe du gouvernement Sarkofeux heurte de plus en plus de sensibilité, et ce dans de multiples milieux politiques (anarchistes, extrême gauche...), religieux (par exemple, il y a 86 cercles de silence en France), enseignants, parents d’élèves, lycéens, étudiants, etc. D’autres éléments renforcent la légitimité de la solidarité avec les sans-papiers. La conférence européenne de Vichy n’a pas amélioré ’’l’image’’ du ministre ; elle a rappelé certains symboles nauséabonds. Cela a choqué, là aussi dans de multiples milieux.

La volonté d’Hortefeux d’organiser des charters européens pour expulser des êtres humains à l’insu de tout le monde risque de rencontrer des oppositions. La chasse à l’homme quotidienne (gazage et tabassage des personnes dans leur abri de fortune, couvertures et duvets brûlés, traques dans les bois) effectuée par la police à l’encontre des sans papiers survivant dans le nord de la France est de plus en plus connue et révulse de plus en plus de monde.

L’occupation de la bourse du travail à Paris par plusieurs centaines de sans papiers travailleurs montre que le gouvernement n’arrive pas à faire taire ce mouvement. Malgré la répression, la criminalisation, la lutte des sans papiers perdure et la solidarité ne s’essoufflent pas. Dans moultes villes des collectifs militent pour la régularisation des tous les sans papiers, la fermeture et la disparition des camps de rétention.

Le président de SôS soutien ô sans papiers refuse aussi bien ce piège que le rôle qu’on veut lui faire jouer. SôS soutien ô sans papiers est une composante du mouvement de soutien aux sans papiers. L’association n’entend pas prendre la place de ’’responsable’’ d’un mouvement dont la richesse est sa multiplicité. En aucune façon, l’association et son président ne seront les interlocuteurs privilégiés de la préfecture de police, car ils privilégient le caractère multiforme du mouvement.

[Source : SôS soutien ô sans papiers]