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Après une mission d’enquête en Libye, la Fédération internationale des droits de l’homme, Migreurop et Justice sans frontière pour les migrants, nous offrent leur rapport sous le forme d’un communiqué.

Non seulement la situation des migrants, notamment d’Afrique subsaharienne, ne s’est pas améliorée après le départ de Kadhafi, mais on peut penser qu’elle a empiré. Elle est très préoccupante.

Dans ce communiqué, ces associations évoquent la situation des migrants qui sont traqués par des milices, hors de toute cadre légal, et qui sont placés en camp de rétention dans des conditions absolument déplorables. Ces mêmes migrants qui, on s’en souvient, furent persécutés pendant la révolution libyenne, présumés soutiens à M. Kadhafi en raison de leur couleur de peau.
Les nouvelles autorités libyennes demandent en outre à l’Union européenne la reprise des collaborations financières (souvenons-nous que l’UE finançaient des camps de rétentions abominables sous Kadhafi).
Bref, la situation des migrants ne va certainement pas en s’améliorant, et on peut douter d’une réaction positive de l’Union européenne envers les droits le l’homme. Au contraire, va-t-elle continuer à financer la Libye, afin qu’elle puisse continuer son programme inhumain de refoulement des migrants ? / QSP-Parisseveille

  • Communiqué de presse conjoint
  • Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH)
  • Migreurop
  • Justice sans frontières pour les migrants (JSFM)

[Galerie de photo sous le texte]

La traque des migrants se poursuit en Libye - Retour d’une mission d’enquête


Le 20 juin 2012

À l’issue d’une mission d’enquête qui s’est déroulée en Libye du 7 au
15 juin 2012, nos organisations dressent un constat très inquiétant du
traitement infligé aux migrants dans le contexte de confusion qui règne
actuellement dans le pays.

Gharyan-Burashada camp Riche de ses ressources pétrolières et peu peuplée, la Libye de Kadhafi
recourait massivement à la main d’’uvre étrangère pour faire
fonctionner son économie. Plus de six mois après la fin du conflit
armé, qui avait provoqué la fuite de centaines de milliers de migrants
vers la Tunisie, l’Égypte et les pays subsahariens, les migrants et
réfugiés qui se trouvent en Libye aujourd’hui font l’objet de graves
violations de leurs droits fondamentaux.

Alors que la situation du pays n’est pas encore stabilisée et qu’il
n’existe pas de pouvoir central capable d’assumer la gouvernance de la
Libye, des milices armées se sont adjugé la « mission » et le pouvoir
de gérer la question des migrants, hors de toute légalité. À travers le
pays, ces milices contrôlent, arrêtent, et enferment des étrangers dans
des camps de rétention/détention improvisés. Au nom d’une prétendue
préoccupation sécuritaire qui justifierait le « nettoyage des illégaux
 », ces groupes armés procèdent à de véritables « traques » aux
migrants, en prenant essentiellement pour cible les ressortissants
d’Afrique subsaharienne. La délégation a pu se rendre dans cinq de ces
camps d’enfermement à Tripoli, Gharyan (dans les monts de Nafousa) et à
Benghazi. Capturés au passage de check points ou arrêtés dans leurs
maisons, les étrangers considérés comme « illégaux » sont conduits dans
des camps gérés par des « Katiba » (brigades) de miliciens hors de tout
contrôle des autorités gouvernementales. Les conditions de vie y sont
déplorables et indignes. La délégation a recueilli de nombreux
témoignages de mauvais traitements, de violences physiques et
d’humiliations. Elle a constaté la présence de femmes, d’enfants en bas
âge, de mineurs non accompagnés et de malades. Migrants et réfugiés
vivent dans l’angoisse du futur en l’absence de toute perspective de
solution légale ou de possibilité de recourir à des instances
nationales ou internationales. Selon les informations recueillies, les
conditions de sortie de ces camps relèvent de l’arbitraire. Certains
migrants expulsés sont retournés chez eux dans le cadre de charters
organisés par l’Organisation internationale des migrations (OIM),
d’autres se voient « offrir » du travail forcé par des employeurs
extérieurs à l’initiative des directeurs des camps, d’autres peuvent
sortir en versant des sommes d’argent aux gardiens, et enfin certains
sont simplement renvoyés quand les camps sont surpeuplés.

Bengazi- Free Libye detention camp La délégation a reçu de nombreuses informations concordantes sur
l’existence de tout un système complexe de réseaux mêlant des
trafiquants, des milices armées et des entrepreneurs sans scrupule, qui
profitent de la vulnérabilité des migrants pour leur extorquer des
sommes d’argent (de 700 à 1000$) et les exploiter tout au long des
routes migratoires.

Au nom de la lutte contre l’immigration « illégale », les garde-côtes
libyens collaborent de fait avec la politique d’externalisation du
contrôle des frontières de l’Union européenne, en interceptant les
migrants au large des côtes libyennes. Dans la continuité des accords
passés par le régime de Kadhafi, les nouvelles autorités demandent à
l’UE, et à l’Italie en particulier, une reprise de l’aide financière,
matérielle et technique, en agitant la même menace d’invasion de
l’Europe par des migrants en provenance de Libye. La délégation a aussi
entendu des témoignages de réfugiés laissant supposer que les
refoulements vers la Libye se poursuivent en violation des normes
internationales (rappelées dans un arrêt récent de la Cour européenne
des droits de l’Homme, Hirsi c. Italie, 23 février 2012).

Nos organisations s’inquiètent du climat général de xénophobie qui
semble dominant dans la société libyenne et en particulier des
expressions de racisme à l’encontre des Africains noirs. Accusés au
moment du conflit d’être « mercenaires de Kadhafi », ils sont
maintenant victimes des préjugés selon lesquels les migrants
apporteraient dans le pays des maladies, de la drogue, etc.

Pour les réfugiés en provenance de la Corne de l’Afrique, il n’existe
pas plus de possibilité de trouver une protection sûre dans les pays
voisins qu’en Libye. C’est donc vers l’Europe qu’ils se tournent pour
trouver la protection et l’assistance auxquelles ils peuvent
légitimement prétendre. Mais la politique européenne de fermeture des
frontières bloque toute possibilité d’entrée légale en Europe et oblige
ces hommes, ces femmes et parfois ces enfants, à risquer leur vie sur
des bateaux de fortune en tentant d’échapper aux contrôles des
garde-côtes libyens.

La délégation a constaté, tant dans les camps de rétention que dans les
quartiers défavorisés de Tripoli où ils se cachent, que les réfugiés
érythréens, somaliens ou éthiopiens ne bénéficient d’aucune protection
et qu’ils survivent dans la plus grande insécurité sur le plan légal,
tandis que sur le plan social ils ne disposent d’aucun droit de séjour
ni de travail.

Insécurité et précarité sont aussi le lot des dizaines de milliers (de
30 à 40 000) de « déplacés internes » libyens de Tawargha. Accusés
collectivement de complicité avec le régime de Kadhafi et de crimes à
l’encontre de la population de Misrata, l’ensemble des habitants de la
ville de Tawargha a dû s’enfuir pour chercher refuge principalement à
Tripoli et à Benghazi. Ils vivent actuellement dans des camps d’où ils
osent à peine sortir, en raison des persécutions, des assassinats, et
autres actes de violences de la part des milices armées de Misrata qui
cherchent vengeance.
L’absence actuelle de tout dispositif judiciaire capable de faire la
lumière sur les crimes commis et de juger les véritables coupables rend
très difficile une réconciliation à court terme, et laisse la porte
ouverte aux actions individuelles de revanche.

Face à ces graves constats la FIDH, Migreurop et JSFM :

  • Demandent aux autorités libyennes de mettre fin immédiatement aux pratiques arbitraires et répressives des différentes milices à l’encontre des migrants et d’élaborer une politique migratoire inscrite dans le cadre d’un État de droit, qui marque une véritable rupture avec les politiques répressives et meurtrières de l’ère Kadhafi.
  • Demandent à la communauté internationale, et tout particulièrement aux États européens, de ne se reposer en aucune manière sur la Libye pour mettre en œuvre leur politique migratoire et d’ouvrir leurs portes aux réfugiés de Libye afin que ceux-ci ne soient plus contraints de risquer leur vie en transitant par la Libye et en prenant la mer sur des embarcations de fortune.
  • Demandent aux États membres de l’UE, et en particulier Malte et l’Italie, de renoncer à toute pratique de refoulements en mer vers la Libye.
  • Recommandent aux États et aux compagnies étrangères qui reprennent leurs investissements en Libye en recourant à de la main d’’uvre étrangère de subordonner la signature des contrats à des clauses de strict respect des droits des travailleurs migrants en matière de salaire, de protection sociale et de conditions de vie.

Mission en Libye, Galerie photos :


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http://www.migreurop.org/article2145.html
mailto: saraprestianni@yahoo.fr