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Un big up à Libération, quotidien du matin. A l’occasion de la visite du président du Rwanda Paul Kagame, Libé de ce lundi titre en couverture, par-dessus une montagne de têtes de morts : « Génocide rwandais : La France s’excusera-t-elle ? »

L’éditorial de Sylvain Bourmeau… on le contresignerait volontiers. Pas un mot à changer. Parfait.

Rappelons juste ici que ce n’est que parce que la presse française a été, depuis plus de vingt ans maintenant, le plus souvent incapable de ce type de clarté – particulièrement nécessaire si on veut sortir un jour de la Nuit rwandaise – que nous sommes devenus journalistes, et que nous avons développé aussi bien Maintenant (un journal d’informations générales dont le crime français au Rwanda était le principal objet), que publié nombre de livres à l’enseigne de l’Esprit frappeur, tel Un génocide français, de Mehdi Ba ; France-Rwanda : les coulisses du génocide, de Vénuste Kayimahe ; Rwanda : le génocide, de Gérard Prunier ; Un génocide sur la conscience, que j’aurais écrit et publié ; Le Monde, un contre pouvoir ?, de Jean-paul Gouteux ; du même : La nuit rwandaise, et Un génocide secret d’Etat ; cette importante œuvre éditoriale ayant été couronnée, il y a un an par la publication de la France au cœur du génocide des Tutsi, de Jacques Morel, 1500 pages d’un gros et grand livre qui recense l’ensemble des éléments du dossier. Et n’oublions pas la Nuit rwandaise, cette revue annuelle qui fait près de 500 pages chaque année, spécifiquement dédiée, comme le reste de ces ouvrages, à cette question tant occultée de « l’implication française dans le dernier génocide du XXe siècle ».

Merci à Sylvain Bourmeau. Une presse qui remplisse sa fonction, qui dise ce qui est, et qui ne mâche pas ses mots : c’est exactement ce dont nous avons besoin.

Espérons simplement que ces paroles si justes de l’éditorial de ce 12 septembre 2011 ne soient pas sans lendemain.

Insulte

Par SYLVAIN BOURMEAU

Au Rwanda, à la fin du siècle dernier, deux tribus aux drôles de noms, les Hutus et les Tutsis, se sont entretuées à coup de machettes – sous-entendu « comme des sauvages ». C’est, à peine caricaturée, la légende encore trop partagée dans notre pays au moment où le président rwandais, Paul Kagame, s’y rend pour une première visite officielle depuis le génocide. Car c’est de cela qu’il est question : d’un génocide perpétré par le régime hutu contre la population tutsie et ses soutiens hutus. Le plus fulgurant des génocides – 800 000 morts en cent jours, entre le 6 avril et le 4 juillet 1994. Et même si cette histoire est largement écrite par un ensemble de chercheurs scrupuleux, il s’agit une nouvelle fois d’un passé qui, en France, a du mal à passer. L’implication de notre République dans ces atroces massacres, sa complicité comme son savoir-faire en matière de « crimes de bureau » n’y sont évidemment pas pour rien. En témoigne la force d’un négationnisme qui triomphe encore parfois dans les médias, à l’image d’un Pierre Péan et de son abjecte thèse du « double génocide ». Car - n’en déplaise à tel ancien commandant de l’opération Turquoise qui s’estime traité de « nazi » - si l’on peut ce jour parler d’insulte, c’est seulement à propos de celle faite toutes ces années aux victimes niées du génocide. N’en déplaise aussi à M. Quilès, ex-ministre de la Défense, qui empêcha une véritable enquête parlementaire en présidant lui-même une insatisfaisante mission. A la différence des Belges, qui surent mener ce douloureux travail en public, reconnaître la responsabilité morale de leur pays avant de présenter leurs excuses. Nicolas Sarkozy est allé à Kigali début 2010, il reçoit aujourd’hui Paul Kagame à Paris, il sait ce qu’il lui reste à faire.

[Source : Libération]