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Le « pays des droits de l’Homme » exporte la mort. Surtout, constamment solidaire de toutes les dictatures du monde, la République française révèle là sa nature intime d’État militaro-autoritaire instituée depuis 1958. En Birmanie, comme en Amérique latine, comme partout (en Afrique bien sûr), et même en Chine, en Syrie, en Russie ou au Pakistan, la politique parallèle française tisse les liens les plus forts avec les États les plus abjects. Ce n’est pas tout-à-fait un hasard, ainsi qu’on peut, malheureusement, le vérifier, avec le monstrueux couronnement des institutions gaulliennes auquel Sarkozy procède depuis son élection (ou plutôt, depuis l’élection de Chirac en 2002, au lendemain des tours jumelles). Ce que de Gaulle n’avait pas osé (et n’aurait pas pu se permettre), ayant préféré sauver les dehors d’une légalité constitutionnelle, le sarkozysme le met en place dans ses grandes largeurs, avec Loppsi & Co. Aussi fasciste qu’il ait été, de Gaulle tenait sa légitimité du combat anti-fasciste. Après un demi-siècle de monarchie républicaine, les fascistes français ne se sentent plus tenus de conserver les dehors des formes démocratiques. Mais si l’on voulait connaître la réalité de leur philosophie politique, depuis un demi-siècle, il n’y avait qu’à regarder leur politique étrangère : scandaleuse de bout en bout. Et c’est elle qui a implosé à Tunis ou au Caire ces derniers mois : l’horrible realpolitik de nazis français ne ferait plus recette...

Paris s’éveille

Le 12 janvier, alors que la répression des révoltés tunisiens est montée d’un cran (50 morts en un week-end), MAM intervient à l’Assemblée pour proposer aux régimes Ben Ali et Bouteflika la collaboration de la police française pour mater les manifestations et « régler des situations sécuritaires de ce type ».

Il est vrai que la police française est experte en la matière : briser sans tuer comme pendant les révoltes de 2005 (l’affreux ex-ambassadeur tunisien à l’Unesco ne s’y est pas trompé : il y a bien un lien entre la manière dont le régime tunisien traitait le peuple et la manière dont le régime français traite les habitants des quartiers populaires en France).

Ce jour-là à l’Assemblée aucun député ne s’est levé de son banc pour s’indigner et réclamer une quelconque démission ; il faudra attendre la fuite de Ben Ali trois jours plus tard pour voir apparaître les premières critiques. On apprend alors aussi que ces paroles ont bien été accompagnées d’actes : le 14 janvier les douaniers français ont bloqué une cargaison de plusieurs tonnes de grenades lacrymogènes mais aussi de casques et de boucliers commandée à la société Sofexi, cargaison qui était en voie d’être exportée en Tunisie après avoir obtenu l’autorisation des ministères français de l’Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères. Fin 2010, au moins quatre livraisons de grenades lacrymos commandées par le régime tunisien ont ainsi été validées et autorisées.

Mais ce n’est pas qu’en Tunisie que le « savoir-faire français policier » est exporté. En octobre 2010 des policiers français sont envoyés en Égypte former la police locale pour la « gestion des foules et des grands événements ». Et ça marche : deux mois après des centaines de cadavres jonchent les rues du Caire et d’Alexandrie. L’industrie d’armement s’y met aussi. Les dictatures veulent urgemment du matos pour écraser les révolutions qui s’annoncent. La Lybie de Kadhafi négocie l’achat de 120 VBR (véhicules blindés à roues) de chez Panhard, la Russie demande 500 chars légers. Les commandes affluent aussi des dictatures du Golfe.

[Source : résistons ensemble]