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À Madrid, en direct… La police intervient Puerta del Sol. La « démocratie réelle, maintenant » semble bien compromise… C’était il y a trois jours. Une bévue nous aura fait prendre du livestream pour un véritable « direct », alors qu’on regardait un film en fait enregistré. Autant pour Paris s’éveille – un : de ne pas suivre au jour le jour, du fait d’autres occupations ; deux : de n’avoir pas vérifié et publié sans attendre ce qui nous apparaissait donc comme un info « en direct »… Aléa du cyberjournalisme sans moyens, sans temps, sans argent – des donations pour permettre qu’il y ait au moins un-e « permanent-e » seraient certes les bienvenues… mais on n’en est pas là.

En attendant, de Madrid à Paris, en passant par tant d’autres villes d’Europe et du monde, la révolution née au sud de la Méditerranée ne s’exporte pas si facilement. On a failli écrire que cette révolution mondiale, née à Tunis, pourralt bien mourir à Paris… Mais cela serait inexact, d’abord parce qu’elle est née… à Reykjavik, et puis, surtout, parce qu’il n’est pas sûr qu’elle « meure » si facilement.

En Syrie, la bataille est encore chaude – et on espère toujours parvenir à en finir avec la dictature. Au Yémen et en bien d’autres lieux – à commencer par Tunis –, non seulement rien n’est réglé, mais tout continue.

À Madrid comme à Paris, comme au Caire, à Tunis ou en Libye, on a bien vu apparaître une nouvelle forme de conscience, avec son ingénuité et sa radicalité, avec sa détermination totale à mettre un terme à l’ordre inique existant.

« 81% des espagnols donnent raison aux indignados », dit un article reproduit ci-dessous. C’est beaucoup.

Quelque chose a changé sur terre. Quelque chose changera. Et c’est irrémédiable. Et c’est pour le meilleur. Contre le pire.

Paris s’éveille

Watch live streaming video from spanishrevolutionsol at livestream.com

Les « indignados » de la Puerta del Sol lèvent le camp

13/06/2011

Pendant quatre semaines, ils ont été le symbole du malaise d’une Espagne en crise.

L’objectif était de laisser la Puerta del Sol « plus propre qu’ils ne l’avaient trouvée ». Dimanche soir, les « indignados » n’étaient pas loin d’atteindre leur bonne résolution. Le mouvement né il y a presque un mois – le 15 mai, d’où son surnom de « 15-M » – abandonnait, ému, la place qui l’a vu naître, la capitale d’une mobilisation qui s’est étendue à travers toute l’Espagne, et au-delà.

La décision avait été prise mardi dernier, après plus de quatre heures de discussion. C’est par une ruse presque jésuitique que l’assemblée générale a surmonté son propre piège : sa méthode de prise de décision, fondée sur le respect jusqu’à l’absurde du principe d’unanimité. La motion adoptée indiquait que le campement serait démantelé et que ceux qui souhaitaient rester recevraient la bénédiction du collectif… si, et seulement si, les raisons de leur obstination convainquaient l’assemblée ! La charge de la preuve était renversée. C’était désormais aux obstructionnistes de persuader la majorité.

Continuer sous d’autres formes

Car on en était arrivé là. Après trois semaines de mobilisation, la fatigue, la pluie, les plaintes des commerçants et une sensation d’enlisement l’emportaient sur la motivation joyeuse du départ.

Depuis une semaine, les membres de la commission respect – un euphémisme pour service d’ordre – ne cachaient plus leurs inquiétudes. Des armes blanches circuleraient sur la place. Personne ne les a vues, mais tout le monde connaît quelqu’un qui jure en avoir aperçu. La faute à des éléments extérieurs, dit-on. Des SDF, des ivrognes ou des toxicomanes, attirés par la nourriture offerte à tous.

De l’avis général, le mouvement doit continuer sous d’autres formes. Des assemblées populaires se sont mises en place dans les quartiers et les banlieues de Madrid. Certains des « indignados » envisagent des campements provisoires, qui changeraient de lieu chaque nuit. Après les manifestations réalisées samedi devant les hôtels de ville – le jour de la prise de fonction des nouveaux conseillers municipaux –, d’autres envisagent de nouvelles mobilisations.

Une idée, surtout, fait l’unanimité. « Sol continuera de nous appartenir », explique Carlos, un étudiant de philosophie de 24 ans. « La rue est à nous, et nous reviendrons camper ponctuellement s’il le faut », prévient-il. La Puerta del Sol devrait ainsi continuer d’accueillir les futures AG, destinées à coordonner les travaux des commissions et des quartiers. Dimanche, les charpentiers de la Commission infrastructures installaient une petite cabine destinée à abriter un point d’information permanent. Les manifestants savent qu’ils seront jugés sur leur capacité à lever le camp en évitant les débordements… et qu’en somme, il faut savoir terminer une indignation.

[Source : Le Figaro]

Après del Sol, la Spanish revolution ne désarme pas

Il est difficile de prédire l’influence qu’aura le Mouvement 15-M sur le cours de la vie politique et sociale du pays, mais d’aucuns lui confèrent d’ores et déjà une dimension historique et transcendantale. Pour 81% des Espagnols, les Indignados « ont raison ».

Quatre semaines après le début de la contestation, les Indignés de la Puerta del Sol ont levé le camp dimanche. C’est sous des airs de fête que les Indignados ont plié leurs tentes et nettoyé la place après y avoir monté un village éphémère à l’organisation spontanée mais en général efficace. La journée s’est terminée par un sit-in sur la Gran Vía, qui a bloqué la circulation dans la nuit de dimanche à lundi.

La levée du camp ne signifie pas la fin de la protestation. Le slogan est clair

« Nous ne partons pas, nous nous étendons ».

Il s’agit simplement d’une nouvelle étape de la contestation que les Indignés s’apprêtent à franchir avec enthousiasme. Il veulent maintenant étendre la contestation dans les quartiers et à la périphérie de Madrid, à travers les assemblées constituées il y a quelques semaines au niveau local.

Mission accomplie

Si l’Acampada del Sol était emblématique du Mouvement 15-M qui réclame depuis le 15 mai une démocratie plus participative, elle n’en était, en réalité, que l’outil, dont la fonction était de relayer les messages des protestataires par l’exemple : le petit village de Sol a été régi selon les principes de la démocratie participative et la solidarité pendant quatre longues semaines.

Le défi était de taille, compte tenu de la fatigue, l’inconfort, les pressions extérieures (politiques, de voisinage…), les tensions entre campeurs, inévitables dans de telles conditions. Mission accomplie, pourtant : l’image des tentes dressées sur la place madrilène a fait le tour du monde et le mode d’organisation de l’Acampada a provoqué la surprise et l’admiration de bon nombre d’Indignés d’Europe.

Les Indignés espagnols ont fait des émules, en France, et ailleurs, sans que les « petits frères » n’arrivent encore à devenir grands, à l’exception notable de ceux de la place Syntagma, à Athènes, où les nombreux indignés grecs n’ont, pour le moment, pas l’intention de plier bagages.

Mais en Espagne, selon un sondage réalisé par Metroscopia pour El País, 81% des Espagnols estiment que les Indignés ont raison et 66% disent éprouver de la sympathie pour le mouvement.

Manifestation nationale

En ce lundi, les bâches bleues qui recouvraient le camp ont disparu, mais un « point d’information » est en construction. C’est tout ce qu’il reste sur la Puerta del Sol, outre quelques toiles de tentes de résistants qui refusent de quitter les lieux. Ils agissent en leur nom propre et non en celui du 15-M. Les campements d’autres villes ont aussi disparu dernièrement, comme ceux de certaines villes d’Asturies ou Salamanque. D’autres résistent encore, comme à Valence.

Le Mouvement a préparé la relève de l’Acampada Sol, l’épicentre de la contestation ce dernier mois. Outre les assemblées de quartiers, d’autres modes d’actions plus traditionnels (manifestations, sit-in…) sont autant de cordes à l’arc des Indignés. Une manifestation nationale a été convoquée le 19 juin, et la semaine dernière a été marquée par des sit-in et autres rassemblements lors des passations de pouvoir dans les mairies, après les élections municipales et régionales partielles du 22 mai dernier.

La police se défoule

Des heurts avec les forces de police ont eu lieu à Valence notamment, mais aussi à Madrid et dans d’autres villes, malgré le pacifisme affichés des manifestants. Les formes de protestations plus traditionnelles adoptées semblent avoir désinhibé les forces de sécurité, qui ont jusque là entouré d’une surveillance discrète (sauf lors des heurts à Barcelone il y a deux semaines) les principales acampadas.

Un mois après son entrée en fanfare dans la vie sociale du pays, le Mouvement 15-M se retrouve donc face au défi de sa propre évolution. Quel qu’en soit l’avenir, les répercussions de ce mouvement de protestation inédit sont encore difficiles à entrevoir. Les politiques espagnols semblent particulièrement hermétiques aux revendications des protestataires.

Par ailleurs,

« comme tout événement particulièrement important, le Mouvement 15-M était imprévisible, comme l’attentat du 11 septembre ou le printemps arabe cette année. De la même manière, il est impossible de savoir l’impact qu’il aura sur la société espagnole. Ma seule certitude c’st qu’il ne s’agit pas d’un mouvement passager ou superficiel »,

estime Rafael Pampillón, économiste à la très sérieuse IE Business School. À moyen terme, « cela pourrait déboucher sur des réformes en faveur d’une plus grande démocratie partisane, des listes électorales ouvertes… », se risque-t-il.

D’autres vont plus loin encore. Dans son blog, un autre professeur de l’IE Business School, Enrique Dans, confère au Mouvement 15-M la même transcendance politique que celle de la transition démocratique, qui a fait passer l’Espagne de la dictature de Franco au système démocratique à la fin des années 1970.

« Une nouvelle loi électorale, des [hommes et femmes] politiques plus transparents, préparés et non corrompus, une séparation effective des pouvoirs, et des contrôles citoyens pour l’exigence de responsabilité politique. Il est FONDAMENTAL d’entreprendre la seconde transition, la transition 2.0 : adapter la démocratie à la société participative. »

Mais la classe politique espagnole, dans sa grande majorité, n’a toujours rien compris à ce mouvement et à ses attentes. Un autisme inquiétant.

[Source : myeurop]