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Au milieu de l’été, la police de François Hollande, dit François le Terrible, sous l’énergique direction de son ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, a procédé à plusieurs expulsions de campements de Rroms installés depuis longtemps, aussi bien à Lyon qu’à Lille. Rappelons qu’à Lille, la question s’était déjà posée lors de la campagne anti-roms déclenchée par Sarkozy à l’été 2010 et que Martine Aubry, après avoir été critiquée sur le fait que de telles expulsions aient été ordonnées sur « ses terres » avait décidé d’un moratoire, interdisant toute expulsion de campement.

Le 4 septembre 2010 – un peu plus d’un mois après le déclenchement de la campagne xénophobe engagée par l’État avec tant de détermination que cela lui vaudra y compris des critiques sévères de la part de la commission européenne –, les associations tziganes et les partis de gauche, ainsi que de multiples associations en tête desquelles on relevait la présence de la Ligue des droits de l’homme, appelaient à une grande manifestation, de la République à l’Hôtel de Ville en passant par Bastille.

Si l’estimation du nombre de manifestants qui ont défilé ce jour là à Paris comme dans 120 villes de France a été comme de coutume très parcellaire et débattue, il ne fait aucun doute qu’il s’agissait là de la plus grande manifestation jamais vue en soutien à la cause tzigane. « Un événement historique », pouvait relever Claire Auzias, auteur de Samudaripen, le génocide des tziganes.

C’est dans ce même mouvement que Martine Aubry décidait d’un moratoire sur l’expulsion des campements que réclamait le gouvernement de Sarkozy. Elle était aussitôt suivi par Bertrand Delanoe ainsi que par divers élus de gauche, reprenant à leur compte le moratoire institué à Lille.

Si Martine Aubry ne remporta pas les primaires socialistes, son adversaire, François Hollande n’en reprit pas moins à son compte l’impératif d’en finir avec la xénophobie d’État scandaleusement affichée par son prédécesseur. Ses propos à ce sujet, prononcés jusque dans la campagne électorale, ont été sans aucune ambigüité. Et c’est bien un des motifs qui aura incité nombre d’électeurs à ne pas s’abstenir, pour s’assurer qu’au moins sur ce point on changerait de politique.

Aujourd’hui, le nouveau président de la République, à peine élu, s’amuse à violer éhontément ses engagements sur une question aussi essentielle que de savoir si l’on souhaite un modèle de société xénophobe et raciste ou si l’on opte pour une société où l’universalisme soit une valeur en même temps que la tolérance vis-à-vis de groupes humains « différents » du fait de leur histoire et de leurs conditions sociales érigée en principe, ou pas.

Or, c’est sur cette base, conforme aux valeurs qu’elle incarne dans l’imaginaire public, que la gauche s’est présentée au suffrage universel, et l’a emporté comme on a vu, plutôt largement si l’on compte l’élection des députés qui s’ensuivit qui lui accorde une majorité dans les deux chambres en même temps que le contrôle du gouvernement et de la présidence – une situation inédite, ainsi que cela a pu être relevé par nombre d’observateurs.

C’est donc en totale liberté que le gouvernement de François Hollande applique la politique d’exclusion raciste qui caractérisait celle de son prédécesseur.

Rappelons pour l’occasion qu’il y a un précédent à ce type de trahison. C’est en 1997, la dernière que la gauche se retrouvait aux affaires, sous la direction de Lionel Jospin qui avait su porter une majorité de gauche à l’Assemblée, lui permettant de devenir premier ministre, après avoir promis qu’il en finirait avec la politique raciste mise en œuvre par le ministre de l’Intérieur de Chirac, Charles Pasqua, en régularisant tous les sans-papiers. Aussitôt parvenu au pouvoir, Jospin installait Jean-Pierre Chevènement place Beauvau, et celui-ci s’empressait d’appeler l’ensemble des sans-papiers à présenter des demandes de régularisation, ce que ceux-ci s’empressèrent de faire par centaines de milliers.

Quelle ne fut leur déconvenue, et celle de l’ensemble des électeurs de Lionel Jospin avec eux, lorsqu’ils découvrirent qu’en fait le ministère de l’Intérieur n’entendait pas procéder à la régularisation générale promise et annoncée. Un énorme débat s’installa alors à gauche, des pétitionnaires se multiplièrent pour dénoncer cette malversation, mais le gouvernement tint bon, et ne procéda qu’à des régularisations partielles, laissant le drame de la question des sans-papiers perdurer à ce jour. Comme on sait, il y a encore des dossiers de sans-papiers non encore régularisés qui ont aujourd’hui plus de dix ans d’ancienneté, et remontent bien à ce temps où ils auraient dû être régularisés si la volonté des électeurs avaient été respectée.

Lionel Jospin préféra prétendre alors que cet engagement qu’il avait pris n’était pas essentiel au mandat qu’il avait reçu. Comme on sait, la fois suivante où il eut à se présenter aux élections, la désaffection des électeurs à son égard était telle qu’il sera carrément supplanté par le leader du Front national, Jean-Marie Le Pen, qui passa au deuxième tour des élections présidentielles, assurant la confortable réélection de Jacques Chirac et une déroute historique pour la gauche, telle qu’il lui aura fallu dix ans, et la politique révulsive entreprise par Nicolas Sarkozy, pour revenir enfin aux affaires.

Quant à François Hollande, inutile de hasarder des pronostics : c’est absolument certain, moins d’un trimestre après son élection, qu’il en a déjà assez fait pour que la gauche ne repasse pas aux prochaines échéances électorales. Lui même n’oserait prétendre le contraire. Irresponsable, suicidaire, il en a déjà assez fait les preuves. La question qui se pose aujourd’hui est malheureusement plus grave encore : c’est une gauche qui s’apprête à renoncer à toutes les valeurs qui la fondent qui s’exprime sous les traits de ce technocrate sans imagination. Une gauche raciste.

Paris s’éveille

Les expulsions de Roms au milieu de l’été ne provoquent que peu de réactions

Le ministère de l’intérieur fait exécuter, dans une relative indifférence, des décisions de justice qui attendaient dans les préfectures. Seuls le Front de gauche et les Verts ont protesté

Alors que plusieurs évacuations de campements roms ont eu lieu, mercredi 8 et jeudi 9 août, notamment à Lille, Lyon et Paris, les partis de gauche et une partie du milieu associatif ont timidement réagi aux initiatives du ministère de l’intérieur, soutenu par le gouvernement, au beau milieu du mois d’août.

À l’été 2010, les réactions d’indignation avaient été nombreuses après le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy sur les Roms. Aujourd’hui, la plupart des figures de gauche restent remarquablement silencieuses.

L’annonce du décollage, jeudi, de l’aéroport Lyon-Saint-Exupéry, d’un charter à destination de la Roumanie avec à son bord 240 Roms a ému un certain nombre de militants. Une pratique qu’avait condamnée, en novembre 2011, le Comité européen des droits sociaux (CEDS), considérant qu’elle violait la Charte sociale européenne.

Jeudi 9 août, deux campements ont aussi été évacués près de Lille, à Hellemmes et Villeneuve-d’Ascq. Des évacuations faites à la demande de la communauté urbaine de Lille, présidée par Martine Aubry. Ces expulsions ont suscité la colère des associations locales, qui ont dénoncé l’absence de solutions de relogement, contrairement aux engagements de campagne de François Hollande. « On est consternés », a déclaré Yann Lafolie, président de l’Atelier solidaire. « Sarkozy ne nous a jamais expulsés, finalement, c’est le PS. »

Ce militant est toutefois l’un des rares à avoir réagi violemment aux expulsions. Au Front de gauche, seul Eric Coquerel, secrétaire national, est monté au créneau. « Je préférerais que le gouvernement applique avec une grande rigueur une politique contre les licenciements plutôt que de se mettre dans les pas du président précédent », a-t-il déclaré sur BFM. « Je ne crois pas que ce soit en prenant des mesures de ce type-là (...) que le problème va se régler. »

Chez les Verts, la députée européenne Hélène Flautre a dénoncé les expulsions de Lille, considérant qu’elles rappelaient « de sinistres souvenirs ». Mais c’est par un simple communiqué que le porte-parole du parti, Jean-Philippe Magnen, s’est contenté de réagir. Les démantèlements de campements de Roms « contredisent brutalement une des promesses » du président Hollande, qui s’était engagé durant la campagne « à ne pas expulser de familles roms sans leur apporter de proposition de relogement », a estimé Europe Ecologie-Les Verts, qui demande au gouvernement de “« stopper immédiatement ces évacuations sans solutions ».

Ces réactions timides s’expliquent en partie par la partition politique compliquée du gouvernement. Ces derniers mois, du fait de la campagne électorale et de la transition politique, un certain nombre de décisions de justice sur les campements roms illégaux se sont accumulées sur les bureaux de préfets. La torpeur de l’été a donc été considérée comme un moindre mal pour les exécuter. L’expulsion de familles roms d’un bidonville de La Courneuve (Seine-Saint-Denis), le 1er août, dépendait ainsi d’une décision du tribunal administratif du 12 avril. De même, dans la région lyonnaise, cinq campements roms pourraient être prochainement évacués à cause de décisions de justice pendantes.

« Contexte compliqué »

Dans le milieu associatif, relativement silencieux à l’exception du collectif Romeurope et du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP) de Seine-Saint-Denis, qui a dénoncé, mercredi 8 août, « les expulsions sans hébergement alternatif », on hésite aussi sur la façon de réagir.

Au sein du Réseau éducation sans frontières (RESF), les avis sont partagés, explique ainsi Armelle Gardien, l’une des militantes les plus actives. « Le contexte est compliqué », développe-t-elle. « Nous avons certains indicateurs qui nous disent qu’il y a moins d’expulsions, d’autres non. L’affichage est à droite mais certains élus de gauche nous disent de ne pas y aller trop fort, c’est difficile de définir une stratégie de réponse. »

Mêmes hésitations à la Fondation Abbé-Pierre, impliquée dans des projets d’aide aux populations roms dans plusieurs villes de France. « À la suite des déclarations de M. Valls annonçant qu’il allait démanteler les camps, j’étais prêt à faire un communiqué. On est dans les starting-blocks, explique Patrick Doutreligne, le délégué général de la fondation. Mais c’est un dossier délicat. »

Pour lui, « la gauche est devenue moins naïve. Aujourd’hui, ils sont obligés de tenir compte de l’opinion. Mais, si on est d’accord pour que la population soit ménagée, il faut aussi, derrière, faire de la pédagogie, plaide-t-il. On ne peut pas faire un coup de barre à droite, un coup à gauche, il faut une ligne continue ».

[Source : Le Monde]