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Jeudi Noir expulsé du squat de la place des Vosges. À relever la jurisprudence honteuse qui ose demander des « indemnités d’occupation » à des squatters, là pour un montant (divisé par trois en appel) de « seulement » 72 000 euros. Cette jurisprudence correspondrait à une interdiction générale des squats – si ce n’est qu’elle s’applique à des gens généralement insolvables, chez qui, par définition, il n’y aucun « bien à saisir », hormis leur droit de vivre sous un toit... Et pas d’autre solution que la récidive.

La police a expulsé samedi matin les squatteurs de la place des Vosges à Paris, dont la cour d’appel avait ordonné vendredi l’expulsion sans délai.

La police est arrivée vers 7h et a « défoncé la porte d’entrée », a assuré à l’AFP vers 8h la porte-parole du collectif, Margaux Leduc.

Après l’évacuation, les anciens squatteurs ont manifesté aux abords de l’hôtel particulier, puis tenté d’en forcer l’entrée. La police a alors fait usage de gaz lacrymogènes. Après un pique-nique, les anciens occupants de la place des Vosges ont finalement levé le camp à la mi-journée.

La cour d’appel de Paris avait ordonné vendredi l’expulsion sans délai des squatteurs membres du collectif Jeudi Noir qui occupent depuis un an un somptueux hôtel particulier de la place des Vosges à Paris (IVe arrondissement), expulsion assortie du versement d’indemnités d’environ 80.000 euros.

Une trentaine de squatteurs avaient envahi en octobre 2009 cet hôtel particulier d’environ 1.500 mètres carrés, orné de plafonds à la française avec poutres peintes, aux gigantesques cheminées de pierre, qu’ils ont pris grand soin de ne pas dégrader. Le bâtiment était inoccupé depuis 1966, un vrai « scandale alors que la capitale manque cruellement de logements », dénonce Jeudi Noir.

72.000 euros d’indemnités d’occupation !

Mais la propriétaire des murs, Béatrice Cottin, 88 ans, ne l’avait pas entendu ainsi. Elle avait attaqué les squatteurs en justice pour obtenir leur expulsion.

La cour d’appel a ordonné aux squatteurs de quitter les lieux sans délai et de verser une indemnité d’occupation de 10.000 euros pour la fin 2009.

En revanche, pour la période postérieure au 25 janvier 2010, la cour d’appel a divisé par trois le montant des indemnités mensuelles qu’ils doivent verser à la propriétaire. Du fait de la durée du squat, le montant de ces « indemnités d’occupation » devrait toutefois rester élevé : à ce jour, il atteint ainsi 72.000 euros.

La cour a reconnu dans son arrêt « le souci légitime du collectif d’attirer l’attention des pouvoirs sur les difficultés de logement auxquelles sont habituellement confrontés les étudiants et les jeunes occupant un emploi ».

Mais les squatteurs se sont rendus coupables, selon la cour d’appel, d’une « atteinte au droit de propriété ».

le 23/10/2010 à 8h45
[Source : Libé, AFP]

« Y’a les CRS qui veulent un logement ! » L’humour n’efface pas la douleur, mais les squatteurs de l’hôtel particulier de la « Marquise », au cœur du Marais à Paris, n’en ont pas pour autant perdu l’usage, après que les CRS les ont expulsés ce samedi à l’aube.

À 7 heures, la trentaine d’occupants ont été remis à la rue par la force, sans même avoir le temps de réunir leurs affaires. Ne leur restait qu’à occuper la proche rue Saint-Antoine pour se faire entendre et attirer l’attention. Une ultime tentative de revenir dans les lieux n’y changera rien et se finira sous les gaz lacrymogènes.

Les membres du collectif des mal-logés Jeudi Noir avaient investi en octobre 2009 la bâtisse du XVIIe siècle, inoccupée depuis 1965. S’en est suivie une année rythmée par la bataille judiciaire qui les a opposés à la propriétaire, Béatrice Cottin, âgée de 88 ans.

Une bataille qui a pris fin vendredi, avec la décision de la cour d’appel de Paris d’ordonner leur expulsion sans délai, assortie du versement d’indemnités d’environ 80 000 euros. Et ce à une semaine de la trêve hivernale, qui ne s’applique cependant pas aux « occupants sans droit ni titre », comme c’est leur cas.

« En matière de logement, c’est la honte »

Jeudi Noir et les autres collectifs de mal-logés, tels le DAL ou Macaq, réclament depuis de longues années l’application de la loi de réquisition des logements vides datant de 1945. Il y a 1,8 million de logements vacants en France, dont 330 000 en Ile-de-France et 122 000 à Paris, selon les chiffres 2009 de l’Insee.

D’où la volonté concertée de nombreux étudiants et travailleurs précaires de les investir. C’est la lutte de l’illégalité : violation du droit propriété contre non-application de la loi de réquisition. « Rien n’est fait » pour sortir de cette situation, déplore Julien Bayou, membre de Jeudi Noir et député européen Europe Ecologie :

« On peut dépenser trois milliards d’euros pour baisser la TVA, on peut rendre 35 millions d’euros à Bettencourt qui a artificiellement baissé ses revenus, mais en matière de logement, c’est la honte. »

Les squatteurs, qui auraient aimé aussi recevoir ce samedi matin la visite des dirigeants socialistes de Paris et de la région, Bertrand Delanoë et Jean-Paul Huchon, ont été autorisés à récupérer leurs affaires à 15 heures. Mais pour les mettre où ?

« Jusqu’à présent, c’était un rêve »

Où mettre ses affaires ? Où aller ? C’est la première préoccupation de Mamadou, le seul sans-papier de la « Marquise », Sénégalais en France depuis deux ans :

« Jeudi Noir, ils m’ont ouvert les bras, comme ça. […] Jusqu’à présent, pour moi, c’était un rêve d’être avec ces gens-là. […] Le commissaire, qui dirigeait les opérations, a suggéré au préfet de me laisser partir.

Mais, aujourd’hui, j’aurais bien aimé qu’ils m’interpellent. […] Être reconduit à la frontière ou rester ici, qu’est-ce que ça changerait ? […] Comment je vais faire pour manger ? Comment je vais faire pour dormir ? »


[Source : rue89]