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Après-attentats de Paris : la parole à un Sénégalais, Diao, à un Ivoirien, Fofana, à un malien, Sissoko. Les deux premiers adhérents sans-papiers, et le troisième porte-parole de la CISPM et de la CSP75. Propos recueillis le 24 et 25 novembre.


Voir en ligne : Télécharger la « Voix des sans papiers » n°14 en PDF

Diao. Islam veut dire paix. Interdire les manifestations, c’est céder à la peur, c’est donner raison à cette petite minorité de djihadistes contre l’immense majorité des musulmans. Puis c’est aussi donner raison au Front national qui favorise la discrimination entre musulmans et non musulmans ; qui déjà, comme par hasard, monte dans les sondages des prochaines élections. Ces jeunes sont des fils d’immigrés, nés en France, c’est ici qu’ils se sont formés. Ces attentats, c’est inconcevable chez les jeunes migrants venant d’Afrique. Les difficultés d’éducation entre parents et enfants musulmans, en France, c’est la France qui les a créées dans ses banlieues, non l’islam.
Fofana. Ces attentats sont la conséquence de la faillite des politiques d’immigration et d’intégration. Il y a eu toujours, dans ces politiques, de la discrimination. D’abord envers les immigrés, ensuite envers leurs fils. Tous les gouvernements ont eu et continuent d’avoir un comportement à deux vitesses : une pour les nationaux, une autre pour les immigrés.
Diao. Je connais un ingénieur français, il travaillait ici, mais à son travail il était mal à l’aise, on le désignait comme : le Français d’origine algérienne, car ses parents sont des immigrés algériens. Il a décidé d’aller travailler en Belgique et il est content. Il m’a dit : « Enfin on me considère pour ce que je suis. » Le Français, ainsi on le désigne à son travail. Cette anecdote me paraît instructive.
Fofana. La discrimination on la voit bien en ce moment à Paris. Les nationaux peuvent manifester même sans préavis, malgré l’interdiction due à l’état d’urgence. Mais les immigrés non. On a beau déclarer ; et déclarer que c’est pour nos droits ; rien n’y fait. La préfecture sait très bien notre pacifisme depuis toujours. Mais le gouvernement semble avoir intérêt à faire passer les immigrés pour des personnes dangereuses pour la France, pour toute l’Europe. L’omniprésence de la police qui contrôle les étrangers fait monter la peur. La tension monte parmi les gens.
Sissoko. Je suis en colère. Aujourd’hui même on m’a appelé de la préfecture pour me dire, sur ordre du préfet, que si nous n’arrêtons pas notre participation aux manifs contre l’état d’urgence, plus de régularisations pour nos sans-papiers ! Je dénonce ici ce chantage, cette iniquité intolérable. On laisse faire plusieurs rassemblements par jour pour commémorer les morts des attentats, et on veut interdire notre rassemblement hebdomadaire pour commémorer les dizaines de milliers de morts en Méditerranée. Pourquoi le gouvernement socialiste actuel, qui se dit démocratique, imposerait-il un tel déni de nos droits ? Pour des raisons de sécurité, nous dit-on. Mais ce devrait être alors la même chose pour tous, surtout que, s’ils vont frapper encore « là où il y a du monde », les djihadistes vont d’abord s’en prendre aux attroupements, apparemment très peu surveillés, en hommage à leurs victimes. Puis on nous dit aussi que nos manifs (comme toutes celles pour dénoncer l’état d’urgence) demandent la présence d’importants effectifs de police, les détournant ainsi de leur travail antiterroriste ailleurs. Or la présence de quelques policiers à nos manifs a été toujours suffisante pour la préfecture. Si maintenant les policiers sont déployés en très grand nombre, c’est un choix du gouvernement : un choix pour des raisons électorales, pour faire l’amalgame, dans la tête des gens, entre réfugiés sans-papiers et djihadistes. Exactement comme le Fn.


…En apercevant les bateaux de sauvetage, coulent les larmes de joie… Mais les migrants se heurtent à une réalité qui brise leurs rêves. Ils se rappellent les discours des chefs d’État… des pays d’Europe… [et] ils se rendent compte que ces… donneurs de leçons… traitent les gens sans respect ni humanité… Pour se donner du courage et de l’espoir les migrants se disent entre eux… que ce sera mieux demain… En Italie… les chemins se séparent pour les compagnons de route… Les personnes passées par Vintimille… la première réalité à laquelle… se heurtent en France c’est que dans ce pays il n’y a pas de camp d’accueil pour les réfugiés… Vers qui se tourner ?... La seule solution qui apparaît c’est de demander l’asile… Et… les migrants se retrouvent clochardisés… Nous étions un très grand nombre de migrants sans espoir et sans abri sous le pont d’Austerlitz. Et nous avons été surpris par des organisations… qui prétendaient être solidaires… [mais qui] avaient d’autres intérêts… attendaient des subventions… [Après] l’évacuation du camp… le business continue dans les centres dortoirs qu’ils appellent hébergement ou logement… Des conditions difficiles, méprisantes… les horaires draconiens, la surveillance de nos moindres faits et gestes, les menaces de renvoi, les conditions de distribution des repas... les autorités françaises font tout pour renvoyer les migrants en enfer.

(Témoignage d’un réfugié.
Source : Merhaba / Bienvenue, n°2, 24-10-2015)

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