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« Rétablir la sécurité » et « lutter contre l’immigration clandestine » : telle est la mission affichée de l’armée qui se déploie à partir de lundi prochain, aux côtés de la police et des carabiniers.

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Un militaire monte la garde sur l’île de Lampedusa où, jeudi encore, quelque 800 clandestins ont débarqué.

Berlusconi, apprenti Duce ?

À son retour au palais Chigi, Silvio Berlusconi avait rapidement fait appel à l’armée pour remporter « la bataille de Naples » contre les ordures ménagères. Lors de cette opération de communication politique, trois mille soldats et officiers avaient été engagés. Leur tâche : défendre les décharges publiques devenues des objectifs militaires et mettre à contribution le génie et ses lourds moyens en bulldozers et bennes pour nettoyer les rues. Mission réussie en deux mois. Berlusconi jubile.

État d’urgence

Cette fois-ci, après avoir décrété l’état d’urgence sur l’ensemble de l’Italie Belusconi mobilise l’armée pour la guerre contre les Sans-Papiers. Le décret a été signé par le ministre de l’Intérieur et le ministre de la Défense. A partir de la semaine prochaine, 4.000 soldats seront déployés dans les rues italiennes pour une durée d’au moins six mois.

« Rétablir la sécurité » et « lutter contre l’immigration clandestine » : telle est la mission affichée de l’armée qui se déploie à partir de lundi prochain, aux côtés de la police et des carabiniers. Cette mesure « prouve que nous sommes déterminés à faire en sorte que les citoyens n’aient plus peur » a déclaré Ignazio La Russa, ministre de la Défense.

De nouvelles « Vêpres siciliennes » ?

Le déploiement de l’armée italienne dans les villes n’a connu qu’un seul précédent : en 1992, après les attentats mafieux qui avaient coûté la vie aux juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, le gouvernement avait envoyé les soldats dans les rues des principales agglomérations de Sicile. L’opération, baptisée « Vêpres siciliennes », avait duré de juillet 1992 à juillet 1998.

Aujourd’hui, la première mesure demandée aux forces armées est de surveiller les centres de rétention pour éviter toute fuite possible. Un travail assumé par les carabiniers. Les militaires devront aussi relever les forces de l’ordre devant les bâtiments publics et des cibles sensibles comme ambassades et résidences de personnalités. Enfin, ils effectueront des patrouilles mixtes avec les carabiniers et la police.

Pour mener cette tâche, ils seront 3 000. Un millier sera chargé de la protection des sites, 2 000 seront affectés aux missions mixtes avec les forces de l’ordre. Leur mandat sera limité à six mois (renouvelable une fois). Quant à l’uniforme, il se composera d’une tenue mimétique avec gilet pare-balles et du classique fusil d’assaut pour les militaires engagés dans des opérations de surveillance d’un uniforme plus léger et d’une seule arme de poing pour tous ceux, grenadiers sardes ou lanciers de Montebelluno, des forces d’élite, qui patrouilleront dans les rues. Ils auront droit de procéder à des arrestations, mais seulement en flagrant délit et à condition d’être accompagnés par des forces de police.

 

Dispositif policier lors de la dernière visite de Georges bush en Italie

À l’époque de l’opération « vêpres sicilienne », le déploiement de l’armée avait été unanimement salué. Aujourd’hui, le coup politique du gouvernement Berlusconi ne fait pas l’unanimité.

L’opposition a immédiatement dénoncé un effet d’annonce, accusant Silvio Berlusconi d’exagérer le problème de la criminalité en Italie. L’opposition a également attiré l’attention sur le fait qu’une telle initiative pourrait ternir l’image du pays à l’étranger et effrayer les touristes.

Tous les maires, y compris au centre droit, ne voient pas d’un très bon œil l’opération qui commencera lundi. Celui de Rome, Gianni Alemanno (Alliance nationale), ne veut pas « militariser » sa ville : « Oui à la protection de sites comme les gares, les bureaux et les centres de tri pour immigrés, ou encore vingt-cinq sièges diplomatiques. Non en revanche à des patrouilles mixtes, qui seront largement médiatisées », a-t-il affirmé. Pour le ministre de l’Intérieur, Roberto Maroni, en revanche, il s’agit d’une initiative « utile pour la sécurité publique ».

Le déploiement de ce « plan Vigipirate » à l’italienne fait suite à une série de mesures prises ces dernières semaines par le gouvernement sur le thème de l’immigration. Certaines, comme le recensement de toutes les personnes d’origine rrom, ont suscité la polémique.

A Strasbourg, le commissaire aux droits de l’homme au Conseil de l’Europe, Thomas Hammarberg, a remis un rapport dans lequel il exprime son inquiétude concernant « une tendance au racisme et à la xénophobie en Italie, qui vise principalement les Roms, les Sintis et tous les autres immigrés originaires de l’UE ou d’autres pays ». (voir article « La politique xénophobe de Rome inquiète le Conseil de l’Europe » sur le site QSP).

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[Source : AFP, France info, Le figaro, Ouest-France]