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“Pour la plupart des experts, l’intervention immédiate s’imposait pour avoir une chance de sauver Antoine de Léocour et Vincent Delory”, dit Marianne en introduction d’un article publié sur Marianne2, ajoutant que celui-ci n’engage que son auteur, Guy Sitbon, qui y “ fustige l’attitude du gouvernement français, qu’il accuse d’avoir agi au mépris de la sécurité des otages”.

“Si nous n’étions pas intervenus, nous dit-on, Antoine et Vincent auraient disparu dans le sanctuaire d’Aqmi et seraient morts de toute façon un jour ou l’autre. Entre un jour ou l’autre et tout de suite s’étend toute la différence entre la vie et la mort.”

Question : Si nos deux otages assassinés au Niger, Antoine de Léocour et Vincent Delory, s’étaient appelé Antoine Fillon et Vincent Juppé, s’ils avaient été des enfants de ministres, seraient-ils encore en vie ?

Récapitulons. Vendredi soir, les deux jeunes gens sont kidnappés dans un restaurant de Niamey. Un 4x4 Toyota bourré d’hommes en armes les emportent vers le Nord en pleine nuit, en plein désert. Sans tarder, la gendarmerie nigérienne poursuit les terroristes, les accroche mais ne réussit pas à interrompre leur course. Alertées sur le champ, les forces françaises établies dans le Sahel montent, dans les trente minutes, une opération aérienne : un avion de surveillance Atlantique 2, équipé en écoute-vision nocturne et diurne et deux hélicoptères chargés de commandos spéciaux, se lancent à la recherche du Toyota. Bientôt, le 4x4 est repéré, intercepté et le combat s’engage. Bilan, selon notre Etat Major : « Plusieurs terroristes tués ou blessés (on ignore si d’autres se sont enfouis dans la nuit). Trois gendarmes nigériens tués. Nos forces ont rapidement identifié les corps de nos deux concitoyens. »

Le Président et le gouvernement étaient pleinement conscients des risques majeurs encourus pour les otages. Si nous n’étions pas intervenus, nous dit-on, Antoine et Vincent auraient disparu dans le sanctuaire d’Aqmi et seraient morts de toute façon un jour ou l’autre. Entre un jour ou l’autre et tout de suite s’étend toute la différence entre la vie et la mort. Dans ces cas-là, les États démocratiques obéissent à une règle immuable : priorité à la sécurité des otages. Si l’on n’avait pas conduit cet accrochage comme si nos deux jeunes gens n’avaient pas été au centre de la fusillade, ils seraient probablement toujours en vie ; des négociations hypothétiques auraient été engagées pour leur libération contre rançon.

C’est exactement contre ce chantage que s’est élevé Nicolas Sarkozy en donnant l’ordre de passer à l’assaut. Avec une audace dont n’a fait preuve aucun gouvernement à ce jour. Si ce n’est Poutine, le 3 septembre 2004 à l’école de Beslan prise à la gorge par les Tchétchènes (186 enfants tués). En 1975, dans un raid aussi risqué à Entebbe, les Israéliens avaient libéré 100 détenus sains et saufs.

Idéalement, la seule politique de dissuasion contre les kidnappings terroristes consiste, bien entendu, à ne jamais céder à leur chantage. Position impossible à tenir dans un pays démocratique, l’opinion ne consent jamais à ce cynisme. Les gouvernements sont le plus souvent contraints de s’abaisser à des tractations sordides sur le prix du sang plutôt que de se voir accusés de manquer de cœur. Pas Sarkozy. « La France ne cédera jamais au diktat des terroristes », a-t-il proclamé bravement. Jusqu’alors, nous faisions comme tout le monde, nous sauvions à tout prix la vie des otages. Le Président a décidé d’« une nouvelle stratégie ». « La France, observe un expert dans le Figaro, est la seule démocratie occidentale à avoir attaqué frontalement les terroristes. » Superbe cran !

Pour tout le monde, sauf pour les familles d’Antoine et de Vincent. Sauf pour la fiancée d’Antoine. Nous sommes une nation, n’est-ce pas ; Vincent et Antoine ne sont-ils pas nos enfants comme Florence Aubenas fut notre fille ? Question : si Antoine s’était appelé Antoine Fillon et Vincent, Vincent Juppé, le cran de notre Président aurait-il été aussi impitoyable ? Vincent et Antoine seraient-ils encore en vie ? Sommes-nous une nation ou une poussière de micro-familles ?

Guy Sitbon

[Source : Marianne2]