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Le moins qu’on puisse, c’est que la commission d’enquête indépendante n’a pas vraiment pris en compte les témoignages de rescapés : « Un bateau de la garde nationale nous a donné l’ordre d’arrêter les moteurs. Nous avons obéi », a affirmé l’un d’eux Ziad Ben Abdaalah, 23 ans.

Puis il « s’est mis en position parallèle avec le nôtre avant de reculer de 700 mètres environ. Nous pensions que le bateau rebroussait chemin, mais soudain il a foncé sur nous », a-t-il dit. « Nous avons entendu des gardes nous dire de “baisser les têtes”, et ensuite ils ont foncé sur nous et ont brisé en deux notre bateau ».

Pour qu’il n’y ait aucune ambigüité sur son parti pris d’innocenter les garde-côtes assassins, la commission tunisienne n’a pris en compte que les cinq morts dont les cadavres ont été retrouvés, et ignore carrément les 30 disparus qui s’ajoutent malheureusement au bilan tragique de cet éperonnage intentionnel, dont la responsabilité revient non seulement au capitaine du navire des douanes qui a lancé son vaisseau contre la barque de migrants, mais aux autorités tunisiennes ainsi qu’italiennes ou françaises, et aux responsables de Frontex d’une manière générale.

Le détail des opérations a bien montré que plusieurs bateaux de garde-côtes étaient engagés, de même qu’un hélicoptère. Ainsi, l’enquête aurait dû reconstituer la chaîne des responsabilités, l’ensemble des autorités qui ont pu être prévenues avant que ne soit prise cette décision criminelle de couler la barque des “boat-people” pour donner un “signal fort” contre ce que Silvio Berlusconi appellera le “tsunami humain”.

Il est certain que les douanes tunisiennes ont agi alors en totale concertation avec Frontex. Jusqu’à quel niveau de Frontex la décision est-elle remontée ?

C’est ce qu’il fallait établir. Étant bien entendu que quels qu’ils soient, les décisionnaires ont au moins été couverts par l’ensemble de leur hiérarchie, ainsi que par cette prétendue commission d’enquête tunisienne.

À noter que non seulement celle-ci ne reconstitue pas les responsabilités – ce qui était son objet –, mais elle prétend les faire porter… aux passeurs tunisiens, et pourquoi pas aux migrants eux-mêmes, leur reprochant la charge excessive du bateau et la non-qualification de son pilote... Les prétendus enquêteurs auraient au moins pu se souvenir que lorsque deux bateaux sont confrontés, c’est celui qui manœuvre le mieux qui a la charge d’éviter l’autre – b a ba de l’art de la navigation.

Mais la question des responsabilités engagées dans ce crime d’État intéresse tout d’abord la Tunisie nouvelle : des institutions démocratiques ne peuvent qu’être en défense des droits du peuple. Si les forces de police (en l’occurrence les douanes) se permettent de liquider leurs concitoyens par dizaines, il importe qu’elles répondent de leur crime.

Que celles-ci aient agi en connivence avec des puissances étrangères est une circonstance aggravante. Et il importe alors que les responsabilités étrangères soient également désignées. Mais il est probable que les douanes tunisiennes n’ont pu agir qu’avec l’aval de leur propre hiérarchie.

On conçoit que celle-ci puisse se révéler un reste du régime de Ben Ali. Et il faut la sanctionner, pour ce qu’on pourrait appeler alors le dernier crime de l’autocratie. Mais il est possible que de nouvelles autorités tunisiennes soient également compromises. Auquel cas, c’est d’autant plus important de faire toute la lumière sur ce massacre de migrants.

De même, il est extrêmement important pour l’Europe d’établir toutes les responsabilités imputées dans l’éperonnage du 11 janvier.

C’est le procès de Frontex qu’il faut faire. Et si la commission d’enquête tunisienne a voulu enterrer cette affaire, c’est à l’Europe de mettre en œuvre une commission d’enquête, pour examiner jusqu’où peut conduire la politique hystérique de certains de ses États qui font du racisme un cheval de bataille.

Et si ce n’étaient les instances européennes ou les États concernés, ce serait aux citoyens eux-mêmes que reviendrait d’organiser une commission d’enquête afin de faire toute la vérité sur cet acte de guerre contre des civils, plus que désarmés – aux limites extrêmes de la fragilisation.

Une telle commission d’enquête citoyenne pourrait être tunisienne, comme italienne, ou française. Elle pourrait aussi incorporer des citoyens de tous ces pays, et y compris de l’Europe entière. Une telle démarche pourrait conduire à intenter des procédures pour demander justice, que ce soit au nom de l’intérêt général à empêcher de tels crimes d’État, ou au nom des familles des victimes et des rescapés.

Paris s’éveille

Résultats de la commission d’enquête sur le naufrage du 11 février 2011 en Méditerranée

La commission d’enquête tunisienne mise en place après le naufrage du 11 février 2011 vient de rendre son avis sur ce qui est qualifié d’ « incident ». « Incident » qui, rappelons-le, a occasionné 5 morts et 30 disparus, et dans lequel des survivants avaient mis en cause les gardes côtes tunisiens. [Pour rappel ]

Vous pouvez lire ci-dessous leurs conclusions qui disculpent totalement les gardes côtes...

Incident au large de Kerkennah : la commission d’enquête indépendante conclut ses travaux

Composée d’un conseiller du tribunal administratif et de représentants du ministère du Transport et de l’Équipement et du ministère de la Défense nationale, la commission s’est attelé a faire la lumière sur l’incident survenu entre la frégate « Horria 302 » de l’armée nationale et l’embarcation « Raïes Ali 2 », lors d’une tentative de sauvetage d’immigrés clandestins en pleine mer.

Le ministère de la Défense nationale relève, dans un communiqué, que la commission a écouté les différentes parties concernées, accompli les inspections nécessaire sur le terrain, étudié les rapports présentés à cet effet et analysé les circonstances de l’accident.

À la fin de ses travaux, la commission a conclu ce qui suit :

1 - Absence d’un timonier qualifié à bord de l’embarcation « Raïes Ali 2 »

2 - Utilisation d’une embarcation inadaptée et non-autorisée pour le transport des personnes, alors qu’il y avait à bord, ce jour-là, un nombre dépassant de loin sa capacité ce qui a été une menace pour la sécurité des personnes à bord.

3 - Absence des équipements de sécurité nécessaires pour toutes les personnes à bord de l’embarcation

4 - Le grand nombre des personnes transportées a voilé la visibilité de celui qui était à la barre ce qui a été la cause directe de l’accident

5 - Le décès des cinq personnes est dû à la noyade, selon les certificats médicaux.

La commission estime que les causes possibles de l’accident sont les suivantes :

1 - La non-exécution des sommations adressées par la frégate « Horria 2 » à l’embarcation « Raïes Ali 2 », et le refus de s’arrêter, ce qui a obligé la frégate à se rapprocher davantage de l’embarcation

2 - La non-application par le timonier de l’embarcation des règles de pilotage et de manœuvres en mer, en changeant brusquement la direction vers la droite, lorsque la frégate était sur sa droite à une distance très proche, ce qui a causé le tamponnage, malgré la tentative de la frégate d’éviter l’accident, en renversant la direction de la navigation pour l’arrêter. Dans le cas contraire, les pertes humaines auraient été plus importantes

3 - L’embarcation a sombré une heure 23 minutes après l’accident, à cause des infiltrations de l’eau de mer.

La commission a conclu qu’il n’y a pas d’intention de l’équipage de la frégate « Horria 302 » d’éperonner l’embarcation « Raïes Ali 2 » qui assume la plus grande part de responsabilité dans l’accident.

[Source : listerétention]