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Le parc de Villa Soldati, à Buenos Aires, où vivent près d’un millier d’immigrés.AP/Natacha Pisarenko
Le parc de Villa Soldati, à Buenos Aires, où vivent près d’un millier d’immigrés.AP/Natacha Pisarenko

Après cinq jours d’émeutes particulièrement violentes, la police argentine est finalement intervenue, samedi 11 décembre, pour mettre un terme aux affrontements autour d’un parc de Villa Soldati, quartier pauvre du sud de Buenos Aires, où près d’un millier de sans-abri étrangers étaient attaqués par la population locale. Au moins trois hommes, tous des immigrés, ont été tués et de nombreux autres blessés.

Les incidents ont éclaté mardi après l’occupation du parc par des sans-abri, souvent originaires de Bolivie, du Paraguay et du Pérou, qui réclamaient « des logements dignes ». Quatre soirées de suite, ces personnes livrées à elles-mêmes avaient été attaquées par des groupes armés des quartiers environnants, qui refusent la présence des sans-abri. « Ils nous ont crié : dehors les Boliviens ! Retournez dans votre pays ! Ils ont tué mon mari comme un chien », a raconté en pleurs la veuve de Juan Quispe, un Bolivien froidement abattu par balle jeudi. Les deux autres victimes sont un Paraguayen et un autre Bolivien.

La violence était telle que même les ambulances ne pouvaient pas approcher du parc pour retirer les personnes blessées. Dès leur arrivée, les médecins étaient pris pour cible par la population, parfois avec des armes. Les émeutier sont allés jusqu’à extraire un jeune homme blessé par balle d’une ambulance pour le passer à tabac. Le jeune homme a été donné pour mort dans un premier temps, mais la police n’a pas souhaité confirmer son décès par la suite.

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Le Bolivien Juan Quispe, tué par balle, est enterré par ses camarades, samedi 11 décembre.AP/Natacha Pisarenko
Le Bolivien Juan Quispe, tué par balle, est enterré par ses camarades, samedi 11 décembre.AP/Natacha Pisarenko

La police fédérale a sécurisé le parc samedi soir, sur demande du gouvernement, après cinq jours de flottement. Dans la nuit de samedi, le parc de 230 hectares ressemblait à un camp de réfugiés. Les sans-abri recevaient de la nourriture et semblaient enfin protégés. Dans un premier temps, le gouvernement argentin avait refusé de dépêcher la police sur place, estimant que c’était la responsabilité du maire de Buenos Aires, Mauricio Macri.

M. Macri a accusé le gouvernement de jouer le pourrissement. Mais le maire de la capitale argentine ne s’est pas privé de jeter de l’huile sur le feu, dénonçant « une immigration laxiste qui mêle des honnêtes gens à des organisations mafieuses et des narcotrafiquants ». Des organisations de défense des immigrés ont porté plainte contre lui pour « incitation à la haine raciale ». L’Organisation internationale pour les migrations a déploré « des expressions xénophobes ».

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La mairie de Buenos Aires prise pour cible par des manifestants, vendredi 10 décembre. Sur le mur on peut lire : « Macri, occupe toi des morts ».AFP/DANIEL GARCIA
La mairie de Buenos Aires prise pour cible par des manifestants, vendredi 10 décembre. Sur le mur on peut lire : « Macri, occupe toi des morts ».AFP/DANIEL GARCIA

Reste que ces scènes de violences, de panique et de chasse à l’homme, diffusées en boucle par les télévisions argentines, ont choqué un pays dont la Constitution s’adresse à « tous les citoyens du monde qui souhaitent habiter le sol argentin ».