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Philippe El Shennawy est encore vivant. Il aura fini par interrompre au bout de trente quatre jours sa grève de la faim de cet été, « grève de la vie » disait-il, et il aura survécu aussi à sa tentative de suicide, il y a deux semaines, lorsqu’il a appris que la justice lui refusait toute libération avant trois ans. Justice. Un bien sinistre mot à la lumière de tels arrêts.

Philippe El Shennawy n’est pas mort, mais il est privé de vie. Cela fait 37 ans maintenant qu’il est dans les griffes de cette justice.

Drôle d’invention que ces peines sans fin qu’on voit infligées, et que la régression judiciaire sarkozyste aura quasiment légalisées. Des peines hors de toute mesure. Au lieu du sage principe de confusion des peines, voilà systématisée leur multiplication... Quant à la règle qui voudrait que les sanctions soient proportionnées aux actes reprochés, la voilà bel et bien pulvérisée.

Mais le plus impressionnant dans le cas de Philippe El Shennawy, c’est la manifeste inhumanité des juridictions capables d’énoncer de telles sanctions avec son dossier sous les yeux, trente-sept ans d’horreur pour des actes qui auraient pu tout aussi bien ne lui valoir pas plus d’une poignée d’années d’incarcération – déjà beaucoup. Parmi les si nombreuses années qui lui sont infligées, quatorze ans parce qu’il avait enfreint une interdiction de séjour à Paris… pour venir voir son fils.

Pire encore : sa personne. Au bout de trente-sept années de galère dont trente-quatre d’incarcération, sous cloche, on finit par connaître un individu. Même de l’extérieur, même sans l’avoir jamais vu, et sans beaucoup plus d’informations que ci-dessous. [Voir aussi l’article de Paris s’éveille du 9 juin.] Il n’est pas difficile de se faire une opinion : Philippe El Shennawy est un type plutôt pas mal. Et c’est à lui qu’il faudrait infliger 54 années de prison, aux termes d’un arrêt précédent de la chambre d’instruction de la cour d’appel de Versailles, qui aura eu la clémence de réduire de cinq ans le délai infini qui pouvait le maintenir enfermé jusqu’en 2036, à 83 ans, pour ne le relâcher qu’en 2032, à 78 ans. Après 37 ans, ne lui resteraient ainsi que 7 203 jours à tirer...

Monstrueuse “justice”. La confusion des peines, c’est pour les chiens, s’il faut en croire la cour de Versailles. Mais de manière générale, il s’agit là de la simple appréciation d’une situation. Même après tant d’années, l’administration pénale en serait incapable. Ou bien faut-il comprendre entre les lignes de ces arrêts, qui ne prennent même pas la peine de se motiver d’ailleurs, que l’on inflige cette peine sans fin à Philippe El Shennawy parce que c’est un homme insuffisamment brisé ?

Il semble en fait que ce soit devenu jurisprudence constante, que la justice s’acharne sur ceux qui ne rampent pas. Pire qu’une loi non écrite, un sentiment partagé des juges et des législateurs. L’esprit des lois en vigueur, comme l’esprit de leur application, ce n’est pas de réparer des dommages, mais, plus encore que de punir, d’exercer une vengeance haineuse. Ainsi, on aura bien concédé de renoncer à la peine de mort, mais cela aura été aussitôt pour lui substituer ces peines de vie, où les surenchères gratuites conduisent à une situation aussi folle que celle de Philippe El Shennawy.

Le droit, c’est au contraire l’espace de la mesure et de la raison, qui ne peut se déployer que s’il est rigoureusement animé par l’intelligence du cœur. C’est pourquoi il y a des juges et des tribunaux, simplement pour permettre à celle-ci de faire son office. Lorsqu’un législateur délirant fait valoir qu’au contraire il puisse y avoir de telles choses que des peines automatiques, il suggère déjà que la peur ait libre cours, et que la raison soit devenue sans objet. Les tribunaux seraient devenus comme des ustensiles désuets, qui seraient presqu’encombrants s’il n’avait été si facile de les mettre à genoux, au service non plus de la justice mais d’une terrifiante machine qui ne sait plus raison garder.

Le droit de grâce auquel fait appel Philippe El Shennawy aujourd’hui recèle la même idée que la justice d’une manière générale. Toute chose peut être examinée par une conscience, et lorsque l’ensemble du système défaille – parce qu’il cède à la démagogie et à la peur –, il revient à la plus haute autorité, au premier des magistrats, d’user de sa position privilégiée au-dessus des contingences pour garantir qu’il reste de l’humanité et que celle-ci ait le dernier mot.

Grâce pour Philippe El Shennawy.

Paris s’éveille

Après plus de 30 ans de prison, Philippe El Shennawy demande la grâce présidentielle

23.12.2012

Philippe El Shennawy, un détenu de 58 ans qui a passé plus de 30 ans en prison et n’est pas libérable avant 2032, a déposé une demande de grâce présidentielle auprès de François Hollande, pour « mettre un terme à cette torture mentale et physique », a-t-il annoncé dimanche au JDD.

Incarcéré à la centrale de Poissy (Yvelines), M. El Shennawy a déposé le 14 décembre une demande de grâce, au lendemain d’une tentative de suicide motivée, selon le Journal du Dimanche, par la décision récente de la justice de ne pas lui accorder de libération conditionnelle avant trois ans.

Pour lui, cette décision « signe son arrêt de mort ». Sa tentative de suicide « est un acte de désespoir, mais pas de désespéré (...) C’est aussi et surtout un cri de révolte », a-t-il expliqué au JDD, affirmant être « toujours debout » même si « psychiquement, il en va tout autrement ».

Une grâce présidentielle viendrait « mettre un terme à cette torture mentale et physique qui dure depuis 37 ans », a-t-il estimé, espérant une « décision définitive qui ait du sens au regard de ce que j’ai fait, du châtiment qui m’a été infligé et de ce que je suis ». « Le président de la République prendra sa décision en toute connaissance de cause et en toute conscience après l’avis de la Chancellerie. Il jugera peut-être que j’ai le droit à une vie réelle au sein de la société ou que je n’ai pas assez payé ma dette », a-t-il déclaré.

« Malheureusement, pour moi comme pour beaucoup d’autres, il ne s’agit pas d’acharnement mais tout simplement de la “logique judiciaire” qui dans les faits ne tient aucun compte de l’humain », a-t-il déploré.

Philippe El Shennawy a passé au cours des 37 dernières années moins de trois ans en liberté, multipliant les condamnations pour braquages et évasion. Condamné à perpétuité en 1977 pour un vol à main armée avec prise d’otage, il a bénéficié d’une libération conditionnelle en 1991 avant d’être réincarcéré pour avoir violé une interdiction de séjour à Paris pour rencontrer son fils. L’homme s’est évadé deux fois, à l’occasion d’une permission puis d’un séjour en unité pour malades difficiles, multipliant les infractions lors de ces cavales. Cet été, il avait engagé une grève de la faim pendant 34 jours.

[Source : lemonde.fr]


Interview de Maître Julien DUBS avocat de... par LaurentJacqua

[Source : le blog de Laurent Jacqua]

Philippe El Shennawy : dernier jour d’un condamné

le 14.12.2012,

Neuf heures du matin, c’est l’heure où les décisions de justice commencent à tomber dans les greffes des prisons. Philippe El Shennawy a attendu ce moment toute la nuit dans sa cellule, à la maison centrale de Poissy (Yvelines).

Il connaît par coeur la manière dont les choses se passent en détention : cela fait trente-sept ans qu’il y vit. Il déteste en parler. Il ne veut raconter que des choses du dehors. Mozart. La Callas. Les ordinateurs, sa passion. Un gin tonic à la terrasse d’un café. Il a mis toutes ses forces dans une procédure compliquée qui va lui permettre – espère-t-il – de sortir bientôt en liberté conditionnelle. Il n’a jamais tué personne. Il a 58 ans. Il pense tenir sa dernière chance d’une vie en liberté. Il a déjà annoncé qu’il se tuerait si ces démarches n’aboutissaient pas, ou duraient trop longtemps.

Tout le monde le sait, son avocate, les juges, l’administration pénitentiaire, la presse, la chancellerie. Ce mercredi 12 décembre 2012, le prisonnier va au greffe chercher sa décision, d’un pas posé, habillé avec élégance. El Shennawy redoute par-dessus tout la pitié.

Ce jour-là, il lui est impossible de ne pas penser à Taleb Hadjadj. A vrai dire, El Shennawy y pense presque chaque jour. Ils ont été arrêtés ensemble pour « l’affaire de la rue de Breteuil », en 1975, 6 millions de francs raflés à une banque avec prise d’otage, une des premières en France.

Le fameux commissaire Broussard, qui vient de créer la brigade de répression du banditisme, y voit l’occasion de sa première action d’éclat. Il n’y a pas de victime, heureusement, mais la course-poursuite vire au grotesque pour les policiers : les voleurs se volatilisent avec les millions, toujours pas retrouvés à ce jour.

Devant la cour d’Assises de Paris, en 1977, El Shennawy et Hadjadj comparaissent côte à côte, inséparables, beaux, drôles, avec leurs lunettes de soleil. Ils font des coups, dont ils parlent joyeusement, le cambriolage en maillot de bain d’un bureau de poste à Bandol (Var), par exemple, l’argent caché dans leur serviette éponge. Ils ont 20 ans.

Pour la rue de Breteuil, ils vont être acquittés, ils en sont sûrs : El Shennawy a un alibi, il était au consulat d’Egypte ce jour-là. Ils prennent perpétuité. Le commissaire Broussard, qui ne tient pas à voir l’affaire lui échapper une seconde fois, les a accablés dans sa déposition.

Etiquetés « détenus particulièrement surveillés », El Shennawy et Hadjadj sont trimballés de prison en prison, parfois plus de six fois par an « pour des raisons de sécurité ». C’est toujours la même scène, une escouade de surveillants leur saute dessus par surprise, les capture comme des animaux pour les amener en fourgon à l’autre bout de la France. Ils apprennent à marcher en public les fers au pied. Dans ces moments-là, El Shennawy ne pense qu’à une chose : continuer à regarder les autres dans les yeux.

Ils sont seuls en cellule, avec le droit de rien, ni travail ni vie collective. Ils refusent les fouilles intégrales, pour laquelle la France est aujourd’hui régulièrement condamnée devant les tribunaux. La plupart de leur temps se passe au cachot disciplinaire. Ils lisent Balzac et Kant. Ne portent que du parfum Hermès, parce que c’est le dieu des voleurs. Le philosophe Michel Foucault, très engagé dans la cause des prisons, correspond avec eux.

En vérité, Taleb Hadjadj supporte mal la détention. Au bout de cinq ans, en 1980, il se suicide au quartier disciplinaire de Saint-Maur. « Tout a eu lieu dans le silence d’une nuit ordinaire, raconte un de ses voisins de cellule. Comme les passages à tabac, la mort de Taleb s’est inscrite dans la routine. Chaque surveillant faisait son boulot, je pense qu’on n’essaya même pas de le ranimer. » Au petit matin, le même voisin entend « le bruit plaintif du chariot utilisé habituellement pour servir la soupe. On y mit le corps de Taleb. Plus tard, ce qui se trouvait dans sa cellule fut placé devant sa porte, sur une serpillière ».

Certains surveillants aiment railler El Shennawy sur la mort d’Hadjadj. « On va te mettre dans la cellule où ton copain est mort. Ça te donnera des idées », lui annonce un gardien, pendant un transfert à Saint-Maur (Indre). La différence entre les deux inséparables, c’est que El Shennawy veut vivre. C’est même ce qui le caractérise.

Trente ans plus tard, en cet automne 2012, il est debout au parloir de Poissy, ravi parce qu’une infirmière vient de lui dire qu’il ne paraissait pas son âge. C’est un jour d’euphorie, il y a même un rayon de soleil. Il se dit que sa « procédure de la dernière chance » va aboutir. « Je vais sortir. Je n’ai jamais perdu l’espoir, c’est ce qui m’a fait tenir. » Il parle du livre qu’il écrira, dehors, sur Taleb, « pour qu’il ne soit pas mort pour rien ». Dans le parloir à côté, un couple fait l’amour avec tapage. Un gardien arrive. Le détenu l’engueule. « Tu viens voir le cul de ma femme ? » El Shennawy continue comme s’il était dans le bar d’un grand hôtel : « Pendant tout ce temps, je ne me suis jamais senti détenu. »

En fait, El Shennawy a quelque fois connu la liberté durant ces trente-sept ans : près de quarante mois, morcelés en de lointaines occasions, toujours manquées. Il y a cette liberté conditionnelle balayée pour un week-end à Paris en 1991, alors qu’il y était interdit de séjour. Ou la permission de deux jours, dont il ne rentre pas, en 2002. Il est déjà à plus de vingt-cinq ans de détention. Quand il est rattrapé, il ne donne pas de raison.

A qui expliquer qu’il n’arrive plus, physiquement, à retourner en prison ? Il y a aussi, en 2004, l’évasion de l’hôpital psychiatrique de Montfavet (Vaucluse), où il a été placé pendant une de ses grèves de la faim pour un ordinateur confisqué. Là-bas, comme il refuse de manger, on l’attache sur un lit. On le nourrit par une sonde de médicaments et de bouillie. Ça dure des jours et des semaines. Il finit par accepter une assiette, avec ce sentiment d’avoir plié, pour la première fois. Il prend trente kilos. Ne se lève plus.

Quand il s’évade, un infirmier le voit se « traîner dehors comme un animal à bout ». Pas question pour lui de se présenter dans cet état devant Martine, la femme de sa vie. Sa cavale se passe en heures de sport, désintoxication, un ou deux braquages à quelques milliers d’euros pour vivre. Redevenir lui-même l’obsède. Le jour de la Saint-Valentin, il débarque chez Martine avec des fleurs. C’est là qu’il est arrêté. Dans le langage de l’administration pénitentiaire, tout cela s’appelle « gâcher ses chances ». Pour Montfavet, il est condamné à une période de sûreté de seize ans, c’est-à-dire sans libération possible avant 2018. Ces sanctions-là portent un nom, les peines d’élimination.

Cet été, El Shennawy a décidé de se laisser mourir de faim. Le directeur de Poissy, très investi, s’inquiète. Il commence par lui enlever son étiquette de « détenu particulièrement surveillé », qu’il trimballait depuis l’affaire de la rue de Breteuil, puis pousse sa candidature pour un boulot dont il rêve, dans l’informatique. Une requête en relèvement de sa période de sûreté est entamée en urgence : la fameuse démarche de la dernière chance. D’autres détenus l’ont décrochée. Nouvelle garde des sceaux, Christiane Taubira multiplie les déclarations contre le tout-carcéral. Les voyants semblent au vert. El Shennawy arrête sa grève de la faim.

L’expert psychiatre ne le trouve ni dangereux ni fou, plutôt d’une intelligence supérieure, peut-être énervant dans sa manière de « toiser les autres du regard », qui exaspère la plupart des surveillants. Son rapport conclut qu’aucun « suivi médical n’est nécessaire en cas de sortie » et ces derniers mots résonnent comme le bruit des clés aux oreilles d’El Shennawy. L’association Ban public lui a promis un emploi – dans l’informatique –, critère décisif pour une conditionnelle.

Désormais, son avocate recommande le silence : la médiatisation incommode les juges, les met sous pression. Même à El Shennawy, on conseille d’arrêter de répéter partout qu’il se tuera si l’attente excède une année. « On va croire que vous faites du chantage », lui dit un cadre de la pénitentiaire à Poissy. El Shennawy proteste : mais il faut toujours dire ce qu’on pense, non ? Et le cadre, éberlué, regarde soudain le prisonnier : « Vous êtes vraiment fleur bleue, vous. »

En novembre, l’audience se passe sans heurt. Avec Martine, ils parlent interminablement du résultat, attendu le 12 décembre. Quel sens cela aurait-il de le maintenir en détention quelques années de plus alors qu’il a fait trente-sept ans ? El Shennawy a déjà plusieurs baccalauréats, deux CAP, une maîtrise d’histoire sur le haut Moyen-Age. A presque 60 ans, on l’a à nouveau inscrit, en pâtisserie cette fois. Pas tellement pour son CV à lui, plutôt celui de la pénitentiaire. Comme il réussit tous les diplômes, il fait grimper les statistiques.

Ces derniers jours, El Shennawy ne quittait plus sa cellule. Il avait commencé à distribuer ses habits, répétant qu’il n’en aurait plus besoin, quoi qu’il arrive. La veille, du jugement, il s’était coupé les cheveux, seul devant sa glace.

Il doit être plus de 9 heures, le 12 décembre, au greffe de Poissy, quand un surveillant explique à El Shennawy que la décision n’est pas encore arrivée. Son avocate est en déplacement. Il revient au greffe en fin de matinée. Puis à nouveau en début d’après-midi. Un gardien, qui l’aime bien, finit par lui glisser : « Ils te laissent encore trois ans dedans. » Quand El Shennawy reçoit la notification, il dit : « Je signe mon arrêt de mort. »

Sur son compte de prisonnier, il reste 3 euros. Il achète du crédit-téléphone pour dire adieu à Martine. « Il n’y a qu’une seule manière de donner un sens à tout cela. Ceux qui m’aiment comprendront. » El Shennawy a pris une douche très très chaude. Dans sa cellule, il a mis Mozart, s’est récité à nouveau la lettre laissée par Taleb trente ans plus tôt : « Il me reste entre quatorze et dix-huit ans à faire. Toutes ces années à vivre quand au bout de cinq ans je n’en peux plus. Je n’ai pas assez de courage ou de lâcheté pour résister. » Il est bientôt 23 heures Au petit jour, il est évacué en ambulance.

[Source : Le Monde]

Processus d’une condamnation à mort annoncée

Phillipe El Shennawy, Président d’honneur de Ban Public, est impliqué dans le projet que nous portons, afin d’empêcher l’ombre de gagner.

Notre rôle est celui de construire et non pas d’opposer, pour qu’à nos côtés, la lumière puisse triompher.

Nous nous battons pour dénoncer ce processus de destruction, de condamnations aussi folles niant l’idée que l’homme ne serait pas en capacité d’être perfectible.

Nous pensons que l’accompagnement vers un processus de sortie d’un prisonnier longue peine doit se faire avec des conditions optimales. Notre accompagnement va dans ce sens. La justice doit avoir l’ouverture et l’humanité nécessaire à prendre la distance suffisante pour ne pas laisser la peur dominer ses décisions.

Phillipe El Shennawy, incarcéré depuis 37 ans, est un homme debout, emplit de convictions et qui est préparé à un futur serein. Ses qualités d’homme font de lui un maillon fort dans cette chaine d’union qui devrait réunir les Hommes et que parfois tout oppose.

Il est de ces hommes qui font de leur chemin de vie parfois chaotique, non pas un chaos, mais une rivière, de celles qui façonnent des chemins plutôt que des impasses.

Nous croyons en sa force et sa capacité à surmonter ces épreuves, c’est ainsi qu’il a notre soutien plein et entier.

Sa force, son énergie, ne seraient rien sans le combat, l’accompagnement à ses côtés de son épouse Martine, qui, chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde que la vie offre, le suit pas à pas depuis 37 ans.

Quelle femme serait aussi belle, aussi forte aussi rebelle à ne jamais plier face à l’adversité de la vie, quel modèle de femme serait son équivalent ? La seule qui nous vienne à l’esprit est Louise Michel…

Nous pensons aussi à son fils unique, âgé aujourd’hui de 30 ans. Quel sentiment pour lui de voir son père continuer à subir ce long calvaire loin de « l’Humanité » ? Qui se pose la question de cette famille détruite mais si belle car digne dans la douleur. Qui entend ce cri du fond de l’âme et qui ne plie pas à cette souffrance ?

Quelle justice pour quelle Humanité ? Une peine qui se substitue à la vindicte ?

Pourquoi alors le condamner à mort ?

Pourquoi avoir tué l’espoir d’une libération anticipée ?

Pourquoi, alors qu’une libération sous condition est la continuation de la peine à l’extérieur et que de ce fait l’Etat conserve le droit de contrôler, ne pas avoir mis fin à cette longue descente aux enfers ?

La réponse est claire, pour nous militant(e)s de Ban Public : cette sentence est clairement le processus établi depuis bien longtemps, qu’il faut par tout moyen éliminer les âmes rebelles. Ni un gouvernement de droite, ni un gouvernement de gauche n’est en capacité d’assumer les aménagements de peine, prétextant que « l’opinion publique » serait réticente à ce processus de paix sociale.

Les Droits de l’Homme ? C’est un concept qui permet d’afficher des effets d’annonce…

Le résultat est qu’en France, notre pays Républicain et Laïc, le pardon n’est pas inscrit dans le code pénal, mais dans les Livres des croyants…

Le Président de la République s’aura-t-il entendre la demande de grâce déposée ? Saura-t-il engager aussi les réformes nécessaires à imaginer, un projet humain excluant toute forme de vengeance à l’égard des fils et filles « perdu(e)s » de la République ?

L’Humanité commande la raison, la distance et le risque, l’Humanité, c’est accepter l’humilité de ces engagements et de ces décisions.

A notre ami Philippe, nous disons : reste tel que tu es et reste debout.

[Source : Ban Public]