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Une semaine après une première réunion tenue à l’initiative du Quotidien des sans-papiers, les Collectifs de sans-papiers d’Île-de-France se sont à nouveau retrouvé le samedi 2 août au CICP, 21 ter Rue Voltaire, dans le XIe arrondissement.

Les Collectifs présents à cette rencontre étaient :

CSP 95, Coordination 75 (CSP 11e, CSP 18e, CSP 19e), ALIF (CSP 18e A, CSP AI 19e, 94 pour l’intégration), Coordination 93, CSP des Ulis.

D’autres personnes ont également pris part à cette réunion à titre individuel, donc ne représentant aucun collectif, association ou syndicat.

La rencontre qui a débuté vers 19 heures portait essentiellement sur deux points :

• la poursuite de la réflexion sur l’unification du mouvement des sans-papiers, afin que tous les collectifs parlent d’une même voie

• la préparation d’une manifestation unitaire pour marquer le douzième anniversaire de l’occupation de l’église Saint-Bernard, le 23 août, et d’en faire un premier jalon vers l’unité de tous les sans-papiers.

Après la définition des règles du débat par les modérateurs du Quotidien des sans-papiers, le coordinateur de la Coordination 75, qui occupe la Bourse du travail depuis trois mois, était le premier à intervenir. Sissoko a d’abord salué cette dynamique d’unité qui anime les sans-papiers. Il a ensuite émis une première proposition au nom de sa coordination. Celle-ci consiste à combattre l’article 40 relatif à l’engagement du patron dans le cadre de la procédure de régularisation par le biais du travail.

Selon Sissoko et ses camarades de la CSP 75 (les deux Diallo, Dramé, Djibril…) qui rebondiront plus tard sur le même point, l’engagement du patron constitue un véritable blocage dans cette procédure. C’est pourquoi ils exigent purement et simplement l’abrogation de ce dispositif. Ils soutiennent que le fait de fournir des preuves de travail (bulletins de paie, contrat) doit suffire pour obtenir une régularisation dans le cadre de cette procédure. Pour donner un exemple des difficultés que la CSP 75 rencontre dans ce processus, Sissoko informe que sur les 1300 demandes de régularisation par le biais du travail en leur possession, seulement 12 ont bénéficié d’un engagement patronal.

Sa deuxième proposition a porté sur la banderole unitaire de la manif du 23 août : il propose le slogan « abrogation de l’engagement du patron »

Le coordinateur de ALIF, Gassama, a aussi exprimé la nécessité des sans-papiers de s’unir pour un résultat plus efficace. Concernant l’article 40, il soutient que celui-ci a bouleversé la situation des sans-papiers. Par contre, il a estimé qu’au lieu de demander son abrogation, il fallait plutôt exiger ce que les préfectures régularisent tout sans-papiers détenteur d’une promesse d’embauche.

Le représentant du Collectif des sans-papiers des Ulis, qui représente en même temps une section CNT de l’Essone, a également fait part des difficultés qu’ils rencontrent dans le cadre de la régularisation de sept sans-papiers grévistes dans une usine de métallurgie. En attirant l’attention des sans-papiers sur le caractère provisoire (un an) de la carte de séjour salarié, il demande à ce que l’on dénonce plutôt l’arbitraire qui prévaut dans ce type de régularisation. Pour cela, il a appelé à une mobilisation générale pour faire reculer le pouvoir politique, afin que cesse l’oppression des sans-papiers.

Moustapha Sy parlant au nom du CSP 18e A, collectif membre de ALIF, a, lui, appelé à une autre forme de lutte, en remplaçant les manifs par autre chose. Il a aussi déclaré que tous les sans-papiers doivent être mis dans le même sac, donc pas de distinctions entre travailleurs ou pas.

Mamoudou Diallo, de la CSP75, interviendra dans la foulée pour appeler les participants à faire des propositions concernant la banderole. Il souligne aussi que la circulaire de janvier 2008 relative à la régularisation par le biais du travail n’est pas assez explicite sur le renouvellement du titre de séjour. Mais, défend-il, même si ce type de régularisation n’est pas l’idéal il faut quand même continuer la mobilisation. Il est temps que les sans-papiers forment quelque chose ensemble, il faut partir de la manif pour l’anniversaire de Saint-Bernard pour construire quelque chose de nouveau.

Le représentant de la Coordination 93 estime qu’eux ne sont pas concernés par la régularisation par le travail, car la plupart travaillent au noir et ont du mal à avoir un contrat.

Mendy (ALIF) a ensuite pris la parole pour expliquer que si ALIF ne s’est pas engagé sur cette voie du travail c’est parce qu’elle contient beaucoup de pièges. Il estime qu’avant de s’engager sur la régularisation par le travail, il ne fallait pas accepter les conditions de la circulaire dès le départ. Il réitère la position d’ALIF sur son refus de cautionner l’abrogation de l’article 40.

Sur l’appel à l’unité des collectifs de sans-papiers, il s’est montré sceptique, estimant que ce n’est pas la première fois qu’on en parle, et qu’à chaque fois ça ne reste qu’un discours théorique. Son camarade Diallo Thierno rebondira plus tard sur son propos en ajoutant qu’avant de parler d’unité, il aurait fallu, au préalable, définir sur quelle base les collectifs vont se retrouver, car tous n’ont pas la même approche de la lutte.

Pierre-Jean, un soutien, pense aussi que pour qu’il y ait unité il faut d’abord une revendication commune. Convaincu que la carte de séjour provisoire d’un an est une façon de mettre les sans-papiers à la merci des patrons, il dit ne pas comprendre pourquoi on persiste sur cette régularisation par le biais du travail. Il a rappelé que les sans-papiers ont toujours exigé la régularisation de tous avec une carte de 10 ans. Il a aussi fustigé l’attitude des sans-papiers, qui ont l’impression qu’ils ne peuvent pas prendre leur mouvement en charge sans les organisations de soutien.

Un sans-papier présent à titre individuel proposera une « régularisation globale de tous les sans-papiers » comme slogan de la manif du 23 août.

Un autre pense qu’il ne faut pas cracher sur la régularisation par le travail, même si elle ne permet pas de sortir de la précarité.

Gassama, de ALIF, revient pour rejeter la proposition de la CSP75 sur le slogan de la manif du 23 août. Par contre il appelle à préparer des actions communes pour la rentré.

Amina, une femme soutien, appellera, quant à elle, à impliquer les femmes sans-papiers dans la lutte.

Pour concilier les différentes sensibilités, Moustapha proposera le slogan suivant :

« Abrogation de toutes les lois discriminatoires – Régularisation de tous les sans-papiers sans conditions – Laissez-nous vivre ! »

Un long débat suivra ensuite sur le point de départ de la manif. La CSP 75 propose de partir de la Bourse du travail, parce que c’est devenu un symbole de la lutte ; alors que ALIF propose plutôt la Place de la République. Les représentants de cette coordination ont avancé une question de principe pour justifier leur proposition : partir de la Bourse de travail serait synonyme de cautionnement de l’occupation initiée par le 75, occupation que ALIF ne soutient pas.

Après de longs échanges entre les deux parties, chacune campant sur sa position, un consensus a finalement été trouvé : la CSP 75 partira de la Bourse du travail et passera ensuite par la Place de la République où les attendront ALIF et les collectifs qui partiront de ce point. Le Quotidien des sans-papiers demande à la Coordination 75 de préciser dans son appel que ALIF les attend à la Place de la République. La même précision a été demandée à ALIF.

Sur proposition du 75, deux commissions ont été installées en vue la manif du 23 :

• une commission d’organisation

• une commission presse et information.

Les préparatifs se poursuivront dans les commissions. Rendez-vous est pris pour le 7 août à 18 heures.

L’ensemble des collectifs se retrouveront le samedi 9 août, pour coordonner les travaux et poursuivre les débats.

La séance est levée à 22h30.