RENNES

Deux défenseurs des sans-papiers poursuivis


Publié le: 2 octobre 2008

Le ministère de l’Intérieur juge des tracts diffamatoires. Ils évoquaient le « comportement xénophobe et les contrôles au faciès de la police aux frontières »...

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C’est une première en France. Jamais encore la justice n’avait poursuivi des militants d’un collectif de soutien aux personnes sans papiers. À Rennes, un homme d’une cinquantaine d’années, sans emploi, et une femme du même âge, retraitée de l’Éducation nationale, devront comparaître devant le tribunal correctionnel, le 19 septembre. Les magistrats ont retenu deux chefs de prévention : injures publiques envers la police aux frontières et diffamation.

Les écrits incriminés concernent trois tracts et deux affiches dans lesquels les militants du collectif qualifiaient les policiers de « bras armés de la xénophobie d’État ». Les quelques lignes, dignes d’une farce de potache ironique, parlaient aussi de « police au faciès ». C’en était trop pour le ministère de l’Intérieur, qui a déposé plainte auprès du parquet de Rennes.

« LA PRIME AU MÉRITE... »

Les militants ne comprennent pas « pourquoi seulement deux personnes doivent rendre des comptes à la justice, alors que les actions ont été pensées et réalisées par tous ». Le collectif ne désarme pas pour autant et appelle à la mobilisation. « Les formes de notre liberté d’expression et d’opinion contre les politiques d’immigration sont le principal objet des poursuites », peut-on lire dans un tract, diffusé hier.

Alliance, un syndicat de policiers classé pro- Sarkozy, approuve la procédure retenue à l’encontre des deux militants. « Il y a des limites à ne pas dépasser, juge un responsable. On se trompe de cible. Les policiers ne font que leur travail.  » Unsa-Police, majoritaire et proche de la gauche, n’est pas tout à fait d’accord : « Nous soutenons les collègues, mais la prime au mérite et la pression de la hiérarchie poussent à faire du chiffre.  »

En juin, la polémique avait fait rage dans les rangs de la gauche, indignée par les poursuites contre le collectif. Jean-Louis Tourenne, président socialiste du conseil général, a appris, hier, la convocation pour le 19 septembre : « Je suis choqué des suites données à cette histoire, déclare-t-il. J’espère que les juges auront plus de sérénité. »

[Source : ouest-france.fr]