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Le Conseil constitutionnel, comme le Parti socialiste ou l’AFP rivalisent de zèle pour… omettre d’évoquer l’article 113 de la Loppsi qu’on s’égosille à dénoncer devant eux sans qu’ils prennent la peine de faire mine d’entendre.

L’État milicien qui vient aura ainsi bénéficié d’un consensus comparable à celui qui porta au pouvoir… Philippe Pétain en 1940. Droite et gauche confondues, tous se réjouissent avec le ministère de l’Intérieur de pouvoir disposer demain de “moyens renforcés”.

Le Conseil constitutionnel aura censuré 13 articles sur 142 pour faire croire que subsiste un État de droit à l’heure où celui-ci est en passe d’être pur et simplement aboli.

Pendant ce temps, l’État milicien libyen procède à l’élimination de son opposition sous nos yeux, de même que l’État milicien égyptien se ressaisit et sera parvenu à chasser les révolutionnaires de la désormais mythique place Tahir.

Paris s’éveille

Ci-dessous un texte de l’ami François, du Mai-Paris :

Ce qui est incompréhensible c’est cet « oubli », plus exactement le boycott, par quasiment tous les journalistes de presse ou d’agences (exception faite de Rue89) et des médias, du pire des articles que comporte cette loi, le 113 (ex 37-quater) qui met en place un système proche des milices de Vichy ou bien des collabos des partis uniques dans les pays de l’Est avant la chute du mur de Berlin en 1989.

Souvenez-vous des déchirements en Allemagne réunifiée lorsque, la RDA tombée, les archives de la STASI ouvertes, les uns apprirent être espionnés par d’autres, ça ils le savaient, mais qui étaient des amis ou des voisins !

C’est ce que permet cet article, par exemple (à partir de 17 ans) dans les coordinations étudiantes, ou bien dans les syndicats ou ailleurs : partout où voudra s’immiscer « l’ordre et la sécurité » par la médiation au nom de la Nation.

Il suffira qu’il y ait des rancœurs, des chantages ou des besoins d’argent (fréquents avec le chômage actuel) pour qu’ils s’y mettent contre leurs collègues de classe, etc... et même dans les partis : rien ne l’empêche !

De simples citoyens de 18 à 65 ans, pourront participer, en tant que « réservistes volontaires » dans la « réserve civile de la police nationale », à des « missions de soutien aux forces de sécurité intérieure ». Les retraités de la police, devront être à disposition 5 ans encore à partir de leur retraite pour « répondre aux appels individuels ou collectifs du ministère de l’intérieur en cas de menaces ou de troubles graves à l’ordre public ou d’évènements exceptionnels, dans la limite de 90 jours par an ».

Ils peuvent, depuis ce jeudi 11 mars 2011, assurer « des missions de police judiciaire », des « missions de soutien » ou des « missions de spécialiste correspondant à leur qualification professionnelle ».

Un second volet concerne le « service volontaire citoyen de la police et de la gendarmerie nationale ». Les seules différences dans ce « service volontaire » d’avec le statut de la « réserve civile » sont l’âge d’admission 17 ans (avec l’accord parental) et leur mission qui est de « renforcer le lien entre la Nation et les forces de sécurité intérieure » dans le rôle principal de « médiateurs » pour la police et la gendarmerie. Dans tous les cas, ils sont rémunérés même si le mot « volontaires » est mis en avant.

En gros, d’un côté on utilisera des citoyens réservistes rameutés, à l’occasion, pour des répressions pour que d’autres citoyens « volontaires » médient avec « pédagogie » et disent aux con-citoyens qu’il serait déraisonnable d’envisager une revanche sur une action faite au nom de la « Nation » lors de leur petite mission d’interim.

Ce qui est machiavélique, c’est cette conception de citoyens, intérimaires de la répression, combinée conceptuellement, dans le même article, en tant que 1er et 2nd volet, avec ceux qui devront la justifier. En résumé le bâton, et la vaseline, chère à la CFDT.

Les réservistes pourront donc avoir qualité d’auxiliaires de police judiciaire, ce qui les autorise, a priori, à porter des armes. Mais cette possibilité devra être confirmée ou infirmée par un décret du Conseil d’État, l’imprécision de la loi concernant le pénal étant prohibée par la Cour européenne des Droits de l’Homme.

Ce qui est clair, c’est que le Conseil constitutionnel, dernier recours interne, a pris ce risque de complaisance aussi bien vis à vis de la “Droite populaire” (groupe proche du FN incrusté dans l’UMP et qui se vante même sur son site des articles répressifs qu’elle a introduits) que vis à vis du PS, pour lequel Delphine Batho a beau faire des déclarations triomphantes, ne trompe qu’elle-même, elle qui a laissé passer ces milices comme une lettre à la poste lors des débats à la Commission des Lois de l’Assemblée nationale. Le PS « n’a rien contre ». Les seuls à s’y être opposés furent Patrick Braouezec (ex-PC) et Noël Mamère (Vert).

Delphine Batho a même tenté de nous (coordination antiloppsi2) convaincre au téléphone, dur comme fer et du ton cassant d’une matrone, qu’il n’y avait pas dans cet article de possibilité d’être auxiliaire de police judiciaire alors que c’est écrit en toutes lettres au milieu du paragraphe 4.3.

Soyons magnanimes : il est tout à fait possible qu’elle n’ait pas eu connaissance de cet article tout au long du processus parlementaire pour lequel elle était chargée, au nom du PS, à l’Assemblée nationale.

Mais qu’elle se rassure, Eric Ciotti, son compère de l’UMP, a pris les devants pour corriger cet oubli et a déclaré, qu’effectivement, il souhaitait le port d’armes pour ces auxiliaires de police judiciaire,

Il faut enfin incriminer le journaliste de l’AFP, ou bien sa rédaction au siège, qui était présent vendredi 11 mars place du Palais Royal à la conférence de presse de 17h à laquelle il avait été invité (comme plus de 200 autres et qui ne sont pas venus : il en est ainsi depuis le mois de décembre 2010) par la coordination antiloppsi2. Il rapporta bien les dires sur le succès contre le 32-ter-A pour le logement précaire ou roulant, sur la sauvegarde du statut des personnes mineures, mais rien sur ce 37-quater ou bien le 4 (espionnage par la police, sans contrôle par le juge des libertés, de nos ordinateurs avec un Cheval de Troie) … ainsi que d’autres articles qui subsistaient et pourtant tous amplement évoqués.

Non, il s’est contenté d’un vague « certains droits et libertés des citoyens restent en danger ». On voit là l’adresse, l’élégance même de la méthode : des mots sans aucune information. Fortiches à l’Agence France Presse ! Et c’est d’ailleurs déjà la seconde fois que cela se produit à propos du 37 quater.

La mairie de Toulon employait, même avant la validation de cette loi, de simples citoyens pour en surveiller d’autres. Bertrand Delanoë, employait (peut-être encore ?) d’anciens policiers dans son service social.

On nous dira, vous voyez l’avenir en noir ou peut-être bien en brun.

Mais nous ne faisons que constater les faits, sans les travestir une seule seconde. Il est vrai que nous ne les oblitérons pas. Et ces faits nous obligent à conclure que sous la houlette bienveillante du Conseil constitutionnel (qui a concédé la censure de quelques articles en conservant les pires), il y a eu alliance entre l’UMP et le PS, alliance entre le nationalisme échevelé de la Droite populaire et ses auxiliaires godillots de l’UMP avec les Socialistes et l’idée de « l’ordre juste » de Ségolène Royal.

Nous pouvons témoigner que le PS n’a pas voulu introduire dans sa requête avec le PC, à l’Assemblée ou au Sénat, une « interrogation » sur cet article que nous leur avions pourtant faite connaître. Nous témoignons aussi que le PS n’a pas souhaité avoir la collaboration des Verts pour cette requête alors qu’il en a coutume.

Nous mêmes avions également déposé un mémoire sur la LOPPSI-2 en général et le 37-quater (l’actuel 113) au Conseil constitutionnel le Jeudi 3 mars. Toutes les parties ont choisi de l’ignorer et toutes ont persisté jusqu’au dernier moment.

Si nous disions espérer que l’Histoire ne se répétera pas, on pourrait encore nous traiter d’inconscients ou d’irréalistes puisque le Front National est présentement crédité de passer 1er (23 %) au 1er tour. Que faut-il donc que nous en concluions ? Que tous jouent le même jeu et ce avec la bienveillance de 99% des journalistes (étaient présents Télé-Bocal, l’AFP et TF1) ? Allons, c’est impensable, n’est-ce pas ?

Le Perfectionnement dans la LOPPSI-2 se trouve également dans le travestissement des mots. Le mot vidéo-surveillance, comme la confiance, devient vidéo-protection : inversion de la réalité et du sens, une des armes pour une société tendant vers ce que décrivait le film Farenheit 451, où on finissait par brûler les livres sur simple dénonciation.

François

pour le Mai-Paris