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 Témoignage d’une réfugiée de la jungle de Calais

Baby est une habitante de la jungle de Calais, elle est âgée de 29 ans et vient d’Ethiopie. Avocate et combattante des droits des femmes, elle a quitté son pays il y a deux ans pour arriver en Europe. Sa destination : l’Angleterre, pays dont elle maîtrise la langue et dans lequel elle espère pouvoir jouir de ses droits de femme. Elle habite à Calais, dans la jungle, depuis quatre mois. Elle se bat depuis pour rassembler les femmes qui y vivent et rétablir la vérité : celle des conditions de vie, de la répression policière et du barrage médiatique qu’ils et elles subissent. Baby dénonce l’inertie des gouvernements européens et la posture humanitaire derrière laquelle ils se cachent. Manger, se laver, autant de besoins nécessaires auxquels répondent les associations présentes. Des nécessités désormais altérées par de nouvelles priorités. Obtenir des papiers, des logements et la liberté de circulation « Si la France n’a pas besoin de nous, si elle ne veut pas de nous, très bien. Qu’elle ouvre la frontière et nous laisse passer. » Une logique pragmatique plutôt qu’une logique d’enjeux diplomatiques.
Baby s’efforce donc de rassembler et d’organiser la lutte politique des femmes à l’intérieur du bidonville. Tous les jours, toutes et tous essaient de franchir la frontière. Malgré les forces de l’ordre, les mort.e.s « des sœurs et frères qui meurent chaque jour », ils. elles s’acharnent. Passer la frontière et lutter. Impressions de tracts, rassemblements, manifestations… autant d’actions que les habitant.e.s de la jungle tentent de filmer, photographier et collecter pour sensibiliser la presse européenne. « Puisque les journalistes ne viennent plus à notre rencontre, ou en sont empêché(e)s par la police, nous avons pris l’habitude de témoigner de la dureté de notre existence à l’intérieur de la Jungle, ainsi que des violences policières que nous subissons. » Dénoncer les discours officiels qui déculpabilisent les acteurs du drame de Calais et pointer du doigt les mécaniques meurtrières de la police française qui pourchasse sans relâche les habitant.e.s de la jungle. Celles qui les poussent à se mettre en danger pour tenter d’échapper aux politiques d’expulsions françaises.

Ses revendications sont claires : jouir de ses droits de femme, avoir le droit de franchir n’importe quelle frontière pour y accéder, mettre fin à la dynamique d’expulsion qui n’est ni plus ni moins qu’un arrêt de mort consenti par les autorités européennes.

 L’État condamné à agir dans la « jungle » de Calais

02/11/2015, par Julia Pascual

C’est un demi-camouflet pour l’État. Lundi 2 novembre, le tribunal administratif de Lille s’est prononcé sur le référé-liberté déposé il y a une semaine par le Secours catholique, Médecins du monde et six demandeurs d’asile. A travers cette démarche contentieuse exceptionnelle, les requérants exigeaient du juge qu’il impose des mesures d’urgence pour enrayer la situation dans laquelle survivent 6 000 migrants au cœur du bidonville de Calais.

Ils ont partiellement obtenu gain de cause : l’État a quarante-huit heures pour procéder au recensement des «  mineurs isolés en situation de détresse » et se rapprocher du département du Pas-de-Calais « en vue de leur placement ». Il a également huit jours pour créer dix points d’eau supplémentaires alors que la « jungle » n’en compte que trois ; mettre en place cinquante latrines ; instaurer un système de collecte des ordures et des bennes supplémentaires ; procéder au nettoyage du site et dégager un accès au camp pour les services d’urgence.

« Le démantèlement de la jungle reste en suspens »

À chaque jour de retard, la préfecture s’acquittera d’une astreinte de 100 euros. Dans son ordonnance, le juge des référés rappelle qu’il « appartient aux autorités publiques de veiller à ce que les droits les plus élémentaires [des] personnes, constitutifs de libertés fondamentales, soient garantis ». En revanche, il n’a pas accédé aux demandes des requérants concernant la réquisition de bâtiments inoccupés pour faire droit à l’hébergement d’urgence des migrants. De même, il a estimé qu’il n’y avait pas de « carence » de l’État en matière d’accès au droit d’asile. Enfin, en matière d’accès à la santé, le tribunal a pris en compte les annonces faites ces derniers jours par l’État, qui prévoient la montée en charge de l’offre médicale sur le campement.

« C’est une forme de victoire », réagissait lundi soir Jean-François Corty, de Médecins du monde. Pour Patrice Spinosi, l’avocat des requérants, « l’accès au soin et le démantèlement de la jungle restent en suspens. Le juge prend acte des engagements de l’administration sur ces points mais ils sont loin d’être suffisants pour les associations ». Au Secours catholique, Laurent Giovannoni annonce : « On va demander un rendez-vous au ministère de l’intérieur pour connaître très concrètement les modalités de mise en œuvre des engagements et des injonctions. En fonction de cela, on se réserve la possibilité de revenir devant le juge avec d’autres procédures. »
[source : Le Monde]

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 Dispersion et rétention des migrants : le juge en première ligne.

Communiqué de presse du Syndicat de la magistrature suite à une décision d’un Juge des libertés et de la détention de Nîmes, ordonnant la mise en liberté de 46 migrants transférés de Calais. (29 octobre 2015)

Une fois de plus, le ministre de l’intérieur s’est lancé dans une vaste opération de dispersion des migrants rassemblés dans la région de Calais dont la présence, décidément trop visible, signe l’implosion d’un dispositif d’asile conçu pour dissuader au lieu d’accueillir. Refusant de prendre la mesure de la catastrophe humanitaire qui s’y joue et d’y concentrer les moyens nécessaires pour assumer un élémentaire devoir de protection, il consacre toute son énergie à un objectif à courte vue : « désengorger » les camps de fortune et autres jungles où une politique migratoire absurde conduit les migrants comme dans une nasse.

C’est donc à grand renfort d’avions et d’autobus spécialement affrétés qu’ils sont disséminés aux quatre coins de l’hexagone, par groupes d’une cinquantaine et par vagues successives, dans des centres de rétention administrative faisant office d’exutoires temporaires. D’autant plus temporaires que le ministre sait pertinemment que, pour la très grande majorité d’entre eux, ils ne peuvent être expulsés, soit qu’ils relèvent manifestement du statut de réfugiés soit qu’ils viennent d’un pays dont la situation intérieure interdit de les y renvoyer.

Dans ce contexte, la décision d’un juge des libertés et de la détention de libérer d’office 46 de ces migrants transférés vers le centre de rétention administrative de Nîmes agit comme un puissant révélateur.

Révélateur d’une politique à ce point absurde qu’elle conduit l’administration à commettre des détournements de pouvoir manifestes : comment interpréter autrement l’usage qu’elle fait de la procédure d’éloignement de ces étrangers qu’implique leur placement en rétention administrative, alors même qu’elle n’a d’autre but, en les dispersant brutalement, que de les dissuader de poursuivre leur route ?

Révélateur d’une gestion cynique de ce qu’il est convenu d’appeler la crise migratoire qui conduit un gouvernement, pour tenter de donner du crédit à sa politique et à la communication qui l’entoure, à déplacer des femmes et des hommes par centaines, comme des pions, au prix de leur liberté comme de leur dignité.

Révélateur des obstacles auxquels se heurtent celles et ceux qui, pour rétablir ces personnes dans leurs droits fondamentaux, rappellent les exigences de l’État de droit, puisqu’aussi bien le juge qui a rendu cette décision n’a pu le faire qu’en résistant aux pressions inadmissibles d’une hiérarchie judiciaire décidément prompte à se rallier aux objectifs du gouvernement.

Révélateur, enfin, du pouvoir exorbitant conféré à l’administration par les dispositions qui accordent au préfet un délai de cinq jours avant de demander au juge des libertés de valider et prolonger la rétention administrative d’un étranger en attente d’éloignement. En affirmant la faculté pour le juge de se saisir d’office avant l’expiration de ce délai lorsque le préfet use de ce pouvoir à des fins détournées, cette décision y apporte un contrepoids nécessaire. Mais elle illustre surtout l’absolue nécessité, pour restituer au juge judiciaire sa fonction constitutionnelle de gardien de la liberté individuelle, de ramener ce délai à 48 heures, comme le prévoit le projet de loi relatif au droit des étrangers en discussion au Parlement.

Le Syndicat de la magistrature réclame instamment que cessent ces opérations de dispersion qui, en les impliquant dans des procédures d’éloignement engagées à des fins manifestement détournées, instrumentalisent les juges des libertés et de la détention.

Il exhorte le gouvernement à adopter la voie plus responsable et respectueuse de l’État de droit consistant à assumer en actes son obligation de pourvoir aux besoins élémentaires des migrants qu’il empêche de circuler librement.
[source : Syndicat de la Magistrature]

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 « Jungle » de Calais : le défenseur des droits étrille les pouvoirs publics

6 octobre 2015, par Sylvain Mouillard

Jacques Toubon dénonce « les atteintes aux droits fondamentaux des exilés à la frontière franco-britannique » et recommande la suspension du règlement de Dublin.

C’est une série de recommandations en forme de réquisitoire contre la politique menée par les pouvoirs publics dans la « jungle » de Calais. Jacques Toubon, le défenseur des droits, publie ce mardi un rapport sur « les atteintes aux droits fondamentaux des exilés à la frontière franco-britannique ». S’il reconnaît qu’elles « émaillent la chronique de l’actualité depuis une vingtaine d’années », Toubon rappelle « l’ardente nécessité de trouver de nouvelles réponses » pour « accueillir ces hommes, ces femmes et ces enfants dans le respect effectif des droits fondamentaux que la France s’honore de leur reconnaître ».

Hébergement, santé, protection des plus vulnérables, comportement des forces de l’ordre… le défenseur des droits dresse un panorama déplorable de la situation. Il souligne le caractère « inconditionnel » du droit à l’hébergement, manifestement violé pour les quelque 4 000 personnes qui vivent dans le bidonville. Selon lui, la « situation d’entre-deux [campement illégal toléré mais non pris en charge par l’État, ndlr] » n’est « pas satisfaisante » car elle « n’offre aucune perspective de résolution des problèmes ». Jacques Toubon fustige aussi la théorie de « l’appel d’air ». En cherchant à ne pas rendre « attractives » les conditions de vie des migrants et en assurant « l’étanchéité » de la frontière avec le Royaume-Uni, les pouvoirs publics, écrit-il, sont source « d’atteinte à l’intégrité physique » des exilés.

« Harcèlement » policier

Il demande notamment d’accorder « des moyens financiers et matériels supplémentaires » au centre d’accueil Jules Ferry, ouvert en mars 2015, et qui distribue 2 500 repas quotidiennement. Par ailleurs, ce centre ne compte qu’une centaine de places pour les plus vulnérables. Jacques Toubon souhaite le triplement des places d’hébergement allouées aux femmes et à leurs enfants. Par ailleurs, le défenseur des droits évoque longuement la « persistance des faits de harcèlement » policier, « l’usage du gaz lacrymogène étant même devenu « fréquent » ». Il déplore le peu de réaction du procureur de la République pour faire la lumière sur ces actes.

Sa dernière recommandation s’éloigne du strict domaine humanitaire. Il appelle en effet à suspendre de manière temporaire le règlement de Dublin III, qui prévoit qu’un migrant doit en priorité demander l’asile dans son pays de « première entrée » au sein de l’Union Européenne (la Grèce ou l’Italie très souvent).
[source : Libération]

Le communiqué de Human Rights Watch (20/01/2015)